POLITIQUE
14/02/2019 12:01 EST | Actualisé 15/02/2019 07:20 EST

Le projet de loi pour la maternelle 4 ans pour tous a été déposé

À l'heure actuelle, ces classes ne peuvent être ouvertes qu'en milieu défavorisé.

MachineHeadz via Getty Images

QUÉBEC - Promesse phare de la Coalition avenir Québec lors de la dernière campagne électorale, le projet de loi visant le déploiement de la maternelle à 4 ans pour tous a été déposé dans la controverse jeudi par le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge.

Contesté de toutes parts, ce projet de loi vise à modifier la loi actuelle pour permettre que des classes pour enfants de 4 ans soient ouvertes ailleurs que dans des milieux défavorisés. Plusieurs commissions scolaires ont déjà fait savoir au gouvernement que les écoles sur leurs territoires manquent de locaux et de personnel.

"Il rate la cible, s'est insurgée la vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Line Camerlain, après un débat houleux en Chambre, où le projet de loi a été taillé en pièces par les partis d'opposition. Le gouvernement caquiste, en s'entêtant à vouloir rendre la maternelle universelle, ne s'attaque pas aux vraies priorités en éducation."

Québec devrait plutôt favoriser une meilleure transition entre la petite enfance et l'école, abolir la modulation des tarifs en garderies et ajouter des ressources spécialisées en petite enfance, soutient le syndicat.

Signe de l'importance qu'il accorde au dossier, c'est le premier ministre François Legault lui-même qui a défendu le projet de loi en Chambre, puis en conférence de presse à l'école primaire Sans-Frontière de Québec.

Selon lui, ses détracteurs font preuve de "résistance au changement". Avec la maternelle à 4 ans, "c'est certain que l'équipe de professionnels qu'on peut se donner, (...) des orthophonistes, orthopédagogues, psychologues, travailleurs sociaux, c'est certain qu'on peut partager une plus grosse équipe quand on a toute une école primaire que quand on a juste un Centre de la petite enfance (CPE), juste une garderie, donc moins d'élèves. Il me se semble que c'est comme l'évidence", a-t-il insisté.

Son gouvernement investira à terme entre "400 et 700 millions $" par année - environ le double de ce qu'avait prévu la CAQ dans son cadre financier en campagne électorale - pour faire fonctionner les maternelles à 4 ans. D'ici cinq ans, tous les enfants auront d'ailleurs le "droit" à ces classes, bien qu'elles ne soient pas obligatoires.

Le déploiement de la maternelle à 4 ans se fera graduellement et commencera véritablement en 2020-2021. D'ici là, Québec promet de débloquer d'importantes sommes pour la construction et la rénovation d'écoles, car il estime que la moitié des écoles sont en mauvais état.

Par ailleurs, le chef du gouvernement reconnaît que la mesure fera perdre aux CPE "une partie de leur clientèle". Mais "qui doit-on défendre? On doit d'abord défendre les enfants", a-t-il tranché, après avoir fait allusion au "stress" qu'il a lui-même vécu comme parent lorsque ses garçons étaient petits.

Selon les chiffres du gouvernement, à l'heure actuelle, 27 pour cent des enfants qui entrent à l'école ont des problèmes d'apprentissage.

"Si les enfants ont des difficultés d'apprentissage, ça se peut que ça soit mieux un enseignant, qui a fait quatre années d'université, avec une équipe de spécialistes, mais actuellement, les parents n'ont pas cette chance-là", a renchéri M. Legault.

Ces parents, promet-il, auront bientôt le choix "entre une garderie avec deux tiers d'employés qui sont des techniciens de garde, ou une maternelle à 4 ans, avec des enseignants et toute l'équipe de spécialistes de l'école primaire".

Des propos jugés "méprisants" par la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ), qui demande à présent des excuses. "Pour justifier son projet d'étendre à la grandeur du Québec les maternelles à 4 ans, le premier ministre a tenté d'abaisser les intervenantes qui oeuvrent auprès des enfants en mettant en doute leurs compétences. C'est inadmissible, méprisant et indigne des fonctions qu'il occupe", a dénoncé sa présidente, Valérie Grenon, par voie de communiqué.

"Aveuglement idéologique"

Les partis d'opposition n'ont guère été plus tendres envers le gouvernement caquiste, jeudi. La porte-parole libérale en matière d'éducation, Marwah Rizqy, l'accuse de faire de l'"aveuglement idéologique" pour "sauver le siège du premier ministre" en voulant créer des classes de maternelle à 4 ans "mur à mur partout au Québec".

"La CAQ va déposer un projet de loi pour sauver le siège du premier ministre, parce qu'on se rappelle qu'en campagne électorale il avait dit qu'il démissionnerait s'il n'était pas en mesure de mettre des maternelles à 4 ans mur à mur, partout au Québec", a-t-elle déclaré en mêlée de presse.

À lire aussi sur le HuffPost Québec:

En septembre dernier, M. Legault avait affirmé lors du débat des chefs à Radio-Canada qu'il serait prêt à donner sa démission advenant un échec. "Je ferais de la politique seulement pour la maternelle à 4 ans", avait-il dit, main sur le coeur.

Pour sa part, le Parti québécois dénonce un projet "ni souhaité ni souhaitable ni réalisable". Il exhorte le gouvernement à développer plutôt le réseau des CPE.

"Pourquoi cet entêtement, cette obsession de la CAQ pour ce projet, alors qu'on a un réseau qui est en place, et qui ne demande qu'à être mieux accompagné, mieux développé?" a déclaré la députée péquiste Véronique Hivon.

Québec solidaire croit que le gouvernement Legault ne cherche qu'à "cocher une promesse électorale" plutôt qu'à favoriser la réussite éducative des enfants.

Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Alain Fortier, a affirmé dans un communiqué vouloir "participer activement" aux consultations publiques sur le projet de loi.

"Ce projet (...) impose au réseau scolaire des défis, notamment en matière de besoin d'espace, de main-d'oeuvre et de transport scolaire", a-t-il déclaré.