POLITIQUE
13/02/2019 18:09 EST | Actualisé 13/02/2019 18:55 EST

SNC-Lavalin: l'opposition échoue à faire comparaître neuf témoins en comité

Dont la ministre démissionnaire Jody Wilson-Raybould.

Les députés conservateurs Lisa Raitt et Pierre Paul-Hus.
PC/Adrian Wyld
Les députés conservateurs Lisa Raitt et Pierre Paul-Hus.

OTTAWA — L'opposition accuse les libéraux de chercher à balayer sous le tapis les allégations d'ingérence politique dans le dossier SNC-Lavalin.

C'est que les libéraux ont usé de leur majorité en comité, mercredi, afin de bloquer une motion visant à faire comparaître neuf témoins, dont l'ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould.

Les conservateurs et les néo-démocrates avaient réclamé la tenue d'une réunion d'urgence du comité permanent de la justice et des droits de la personne, pour la faire adopter.

Leur démarche a échoué, les libéraux ayant forcé l'adoption d'une motion de leur cru.

Celle-ci prévoit la comparution de trois témoins — mais pas la ministre démissionnaire, ce qui a fait sourciller les élus assis de l'autre côté de la table.

Arguant qu'il s'agissait là d'un «remarquable manque de curiosité», le néo-démocrate Nathan Cullen a tenté de bonifier la liste en ajoutant, entre autres, le nom de Jody Wilson-Raybould.

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Les conservateurs se sont ralliés à sa suggestion, tout comme le bloquiste Rhéal Fortin, qui était présent à titre d'observateur.

«On ne peut pas étudier les allégations d'ingérence politique sans entendre la plus importante personne là-dedans, celle qui aurait été victime des dites ingérences», a-t-il argué.

Les libéraux n'ont cependant pas bronché, et l'amendement de Nathan Cullen a été battu.

«Chasse aux sorcières»

La rencontre du comité, qui a duré environ trois heures, a donné lieu à quelques prises de bec, chacun se reprochant mutuellement d'exploiter l'enjeu à des fins partisanes.

Le député libéral Randy Boissonnault a accusé les conservateurs de se livrer à une «chasse aux sorcières».

Sa remarque a piqué le conservateur Pierre Paul-Hus au vif. «Je voudrais lui mentionner que la vérité est au-dessus de toute partisanerie», a-t-il répliqué.

L'élu a tourné au ridicule la portion de la motion libérale visant à étudier la relation de travail unissant le procureur général du Canada et le bureau du premier ministre, notamment.

On n'a pas besoin d'un cours de droit, et je pense que c'est de prendre les membres de ce comité de la justice pour des imbéciles lorsqu'on fait ça.Pierre Paul-Hus

À maintes reprises, les conservateurs ont accusé les libéraux de vouloir museler l'ex-ministre Wilson-Raybould.

Ils ont aussi soutenu que cette résistance libérale en comité était télécommandée par le bureau du premier ministre, et que le refus d'avaliser leur motion équivalait à un «cover up».

Les libéraux ont nié toute tentative d'ingérence du bureau de Justin Trudeau dans leur travail.

Ils ont aussi plaidé que le commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mario Dion, avait déjà accepté de déclencher une enquête, et que le comité n'était pas outillé pour mener un tel exercice.

La prochaine rencontre du comité, qui se tiendra à huis clos, est prévue mardi prochain.

Démission-choc

Les élus fédéraux, qui sont en relâche parlementaire, ont convergé mercredi à Ottawa au lendemain de la démission fracassante de Jody Wilson-Raybould.

Celle-ci a provoqué un coup de tonnerre en annonçant mardi qu'elle claquait la porte du cabinet de Justin Trudeau, où elle détenait depuis peu le portefeuille des Anciens Combattants.

Son départ est survenu après que le Globe and Mail eut rapporté que le premier ministre et son entourage auraient exercé des pressions sur elle pour éviter un procès à SNC-Lavalin.

Dans sa lettre de démission, Mme Wilson-Raybould se dit «consciente que plusieurs Canadiens souhaitent (qu'elle) discute d'enjeux qui ont été dans les médias cette dernière semaine».

EN VIDÉO: La ministre Wilson-Raybould démissionne. L'article se poursuit sous cette vidéo.

La semaine dernière, elle était demeurée muette, invoquant le secret professionnel.

Elle a depuis signalé qu'elle a retenu les services de Thomas Cromwell, juge à la retraite de la Cour suprême, pour déterminer ce qu'elle pouvait «légalement discuter dans cette affaire».

L'ancienne ministre, qui demeure jusqu'à nouvel ordre députée de Vancouver-Granville, avait informé Justin Trudeau de sa démission lundi soir.

Le premier ministre a contre-attaqué dès le lendemain, en marge d'une annonce à Winnipeg.

Il s'est dit «déçu» et «surpris» de cette défection, et il a par le fait même remis en question sa version des faits.

«Si elle avait l'impression que le gouvernement n'avait pas (...) respecté toutes les normes, c'était sa responsabilité de venir m'en parler à l'automne, ce qu'elle n'a pas fait», a-t-il lancé.

Il a maintenu la même version des faits en s'adressant aux journalistes lors d'un passage à Sudbury, en Ontario, mercredi.

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Liste des témoins que les conservateurs et les néo-démocrates voulaient entendre en comité:

  1. Jody Wilson-Raybould, ex-ministre
  2. David Lametti, ministre de la Justice et procureur général
  3. Michael Wernick, greffier du Conseil privé
  4. Kathleen Roussel, directrice des poursuites pénales
  5. Katie Telford, chef de cabinet du premier ministre
  6. Gerald Butts, secrétaire principal du premier ministre
  7. Mathieu Bouchard, conseiller principal du premier ministre
  8. Elder Marques, conseiller principal du premier ministre
  9. Jessica Prince, chef de cabinet de l'ex-ministre des Anciens Combattants

Liste des témoins officiellement convoqués en vertu de l'adoption de la motion libérale:

  1. David Lametti, ministre de la Justice et procureur général
  2. Michael Wernick, greffier du Conseil privé
  3. Nathalie Drouin, sous-ministre de la Justice