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11/02/2019 12:06 EST | Actualisé 12/02/2019 15:13 EST

SPVM: une arrestation devant des enfants devient virale

Un homme affirme avoir été séparé de sa fille dans un cas d'erreur sur l'identité.

Une vidéo de l'arrestation d'un père soulève des questions sur la façon dont des policiers montréalais sont intervenus en présence de jeunes enfants. Le SPVM analyse présentement l'intervention.

La vidéo de l'intervention a été publiée dimanche soir. L'homme en question, Khalil Abouabdelmajid, affirme avoir été séparé de sa fille par des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lorsqu'il est allé la rejoindre au Zoha Café après un spectacle pour enfants.

Selon M. Abouabdelmajid, qui utilise aussi le nom d'artiste Khalil De Bambara, les policiers étaient à la recherche d'un homme qui aurait frappé une fillette de 4 ans. Or, sa fille à lui en a 9.

Arrêtés devant une fête d'enfants

L'homme affirme que sa fille a paniqué lorsque les policiers l'ont tirée par le bras pour la séparer de lui. Ils voulaient les séparer pour leur poser des questions.

Une amie qui venait les chercher, Jennifer Grout, serait alors arrivée en disant aux policiers qu'ils se trompaient de personne. Selon M. Abouabdelmajid, les policiers l'ont jetée par terre et ruée de coups.

L'affaire se serait déroulée alors qu'une fête d'enfants avait lieu au Zoha Café. La propriétaire de l'établissement, Fatma Ferkous, confirme la version des faits de M. Abouabdelmajid.

Capture d'écran - Facebook
Khalil De Bambara a été arrêté par le Service de police de la Ville de Montréal dans une affaire d'erreur sur l'identité. Fatma Ferkous estime que le comportement des agents du SPVM était questionnable.

«Pendant tout ce cirque, il y a actuellement une fille de 4 ans qui se fait frapper par un parent et la police vient faire le show en accusant la première gamine qu'ils voient passer dans la rue», dénonce-t-elle.

M. Abouabdelmajid et Mme Grout ont été libérés sans accusations. La vidéo qu'il a publiée le soir même a vue par plus de 56 000 personnes et partagée plus de 750 fois.

M. Abouabdelmajid n'était pas immédiatement disponible pour une entrevue lundi. Contacté par le HuffPost Québec, il dit devoir amener sa fille dans un CLSC pour voir un psychologue.

«Que dois-je faire? Zayane ne fait que vomir et elle tremble depuis qu'on est rentrés à la maison», écrit-il sur son profil Facebook.

Mardi, M. Abouabdelmajid a récidivé en publiant une vidéo du début de l'intervention, filmée par une caméra de sécurité du Zoha Café.

«Terrifiée» d'être embarquée sans son enfant

Jennifer Grout, une résidente de l'État de New York qui rend visite à Khalil Abouabdelmajid, a accepté de livrer sa version des faits au HuffPost.

«J'ai tenté de leur dire que j'avais amené sa fille et la mienne à un spectacle pour enfants. Elle venait de rentrer au café pour aller aux toilettes en attendant son père, c'était impossible que ce soit elle qui avait été frappée», dit-elle.

«Ils ne m'écoutaient pas. Le ton a monté et tout d'un coup j'ai senti que deux hommes me tiraient vers l'arrière. Je me suis défaite de leur emprise et je leur ai dit de ne pas me toucher. Alors j'ai senti quelqu'un me prendre et me plaquer contre une voiture, puis me jeter par terre.»- Jennifer Grout

La fille de Mme Grout dormait alors dans la voiture.

«Je leur hurlais que ma fille était dans ma voiture. J'étais terrifiée qu'ils m'amènent au poste et que personne ne saurait qu'elle était là», dit-elle.

Après lui avoir mis les menottes et l'avoir jetée par terre à nouveau, les policiers lui auraient alors permis de retourner dans sa voiture.

Elle conserve des marques des menottes, ainsi qu'une ecchymose sur le visage.

Courtoisie - Jennifer Grout
Jennifer Grout conserver des marques de son arrestation le 10 février 2019. Elle dit s'être faite violemment plaquée au sol pendant que son ami Khalil De Bambara se faisait arrêter dans une affaire d'erreur sur l'identité.

Mme Grout affirme que l'affaire a sérieusement ébranlé sa confiance à l'égard des policiers.

«Je ne me sens plus en sécurité avec la police. Ils m'ont blessée plus que quiconque. Qu'est-ce qui se passera si un civil fait ça? Est-ce que j'appellerai la police sachant qu'ils pourraient faire la même chose?», lance-t-elle.

Profilage racial?

Mme Grout estime que M. Abouabdelmajid a été ciblé parce qu'il est musulman.

«Avec la description du manteau du suspect et l'âge des filles, ça ne fonctionne tout simplement pas. [...] Je crois que c'était absolument du profilage racial», dit-elle.

M. Abouabdelmajid affirme que les policiers ont ri du nom à consonnance étrangère de sa fille.

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Le SPVM a essuyé un flot de critiques pour des cas de profilage racial. Le plan d'action présenté par le corps policier pour contrer le phénomène a été plutôt mal reçu. Le SPVM fait d'ailleurs face à une poursuite de 4 M$ lancée par la Ligue des Noirs du Québec.

L'affaire sous analyse

Le SPVM affirme avoir pris connaissance de l'affaire.

«Certains éléments sont toujours à valider pour connaître l'ensemble des faits entourant cette intervention policière. Pour le moment, le dossier est pris en charge par le gestionnaire du poste de quartier concerné. Par conséquent, il ne nous sera pas possible de commenter ce dossier afin de ne pas nuire à son processus d'analyse», affirme par courriel un relationniste du SPVM.

Rappelons que le SPVM s'est prononcé contre l'achat de caméras corporelles qui pourraient filmer les interventions de ses agents. Le service de police n'était pas satisfait des résultats du projet pilote.

La mairesse Valérie Plante s'est rangée aux arguments du SPVM. Le parti d'opposition Ensemble Montréal réclame pour sa part que les caméras fassent partie de l'équipement policier.

Une version précédente du texte référait à M. Abouabdelmajid uniquement par son nom d'artiste, Khalil De Bambara. Son véritable nom de famille a été ajouté pour éviter la confusion.