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10/02/2019 21:20 EST | Actualisé 10/02/2019 21:30 EST

«Tout le monde en parle»: le témoignage bouleversant de Nathalie Simard

«J’ai eu des pensées suicidaires, mais c’est ma fille qui m’a gardée en vie...»

Karine Dufour via Radio-Canada

Nathalie Simard était de passage sur le plateau de Tout le monde en parle, ce dimanche 10 février, pour parler de Je veux vivre.

Ce nouveau projet est composé de son premier disque de chansons originales proposé en près de vingt ans, et d'un livre regroupant 23 témoignages d'hommes et de femmes sur la violence conjugale, les drames familiaux, l'intimidation et autres formes de violence.

Des thèmes qu'elle compte aborder par la suite sur scène dans une série de spectacles-conférences.

«Les chansons sont écrites depuis sept ans, mais le timing n'étais pas là, a-t-elle expliqué. J'ai été invitée dans un colloque pour soutenir les victimes de violence conjugale et sexuelle par Sylvie Morin, la directrice de la maison d'hébergement La bouée. Elle voulait faire un projet pour sensibiliser à toutes les formes de violence, parce qu'il faut que ça arrête.»

Nathalie Simard voit évidemment d'un bon oeil tout ce qui fut accompli à cet égard au cours des deux dernières années, notamment grâce au mouvement #MeToo.

«Ce sont de tristes nouvelles, mais enfin les femmes et les hommes se lèvent debout pour dire que c'est tolérance zéro, que c'est assez.»

Il est temps que la honte change de camp. Je ne suis plus une victime, je suis une survivante.Nathalie Simard

Nathalie Simard a ensuite confirmé à Guy A. Lepage qu'elle avait longtemps eu l'impression de survivre plutôt que de vivre, et ce, même après avoir pris son courage à deux mains pour dénoncer son agresseur, Guy Cloutier.

«J'ai été en mode survie très longtemps. Dénoncer, c'est une chose, mais après la dénonciation, on ne sait jamais à quoi s'attendre.

J'ai passé à travers toutes sortes de tempêtes. Il y a eu beaucoup d'acharnement, Il y a quinze ans, quand j'ai dénoncé Guy Cloutier, j'avais l'impression que les gens n'étaient pas prêts à entendre ça. On m'a mise sur la sellette en me jugeant, en me traitant de tous les noms [...] La victime est jugée alors que ça devrait être le contraire.»

L'artiste se considère néanmoins très chanceuse de figurer parmi les trois cas de violence sexuelle déclarés sur mille qui se soldent par une condamnation, rendant hommage aux policiers et au Procureur de la Couronne qui ont permis de faire progresser son dossier extrêmement rapidement.

«C'est un des crimes les plus difficiles à prouver. Les victimes attendent plusieurs années avant de dénoncer [...] Quand tu réalises que tu n'es pas toute seule qui a vécu ça, c'est là que la honte, la culpabilité et la peur embarquent.»

Nathalie Simard a expliqué que le sentiment de se faire agresser par une personne de pouvoir était similaire à celui de se faire surprendre par un coup de poing sur la gueule, tout en soulignant les conséquences de tels actes.

«Vivre des crimes sexuels lorsque tu es enfant, que tu es toute petite, ça brise une bonne partie de ta vie, a-t-elle confié. C'est difficile de grandir avec la peur, la honte et la culpabilité [...] C'est difficile par la suite de s'épanouir sainement, de faire les bons choix.»

Karine Dufour via Radio-Canada

La femme, qui célèbre cette année ses quarante ans de carrière, est aussi revenue sur le froid qui l'a séparée de son frère René pendant plusieurs années.

«J'aime tellement mon frère, et je suis tellement fière de lui, a-t-elle déclaré d'emblée. Ce n'était pas de l'agressivité, c'était juste de prendre le temps chacun pour soi. Il y avait un grand respect dans tout ça. Puis la beauté, bien c'est aujourd'hui, c'est demain, c'est tout ce qui s'en vient.»

Nathalie Simard considère également que son parcours aurait sans doute été beaucoup plus sombre si sa fille n'avait pas été là.

«J'ai eu des pensées suicidaires, mais c'est ma fille qui m'a gardée en vie, a-t-elle avoué.

J'ai dénoncé, parce que je voulais démontrer une image de force. Je l'ai fait pour elle, pour pouvoir paver un chemin beaucoup plus sain pour sa vie à elle et, un jour, pour ses futurs petits-enfants.»

Elle a conclu en disant être choyée d'avoir pu compter sur autant de gens autour d'elle, aussi bien sa fille, ses amis et les membres du public, pour passer à travers toutes ces épreuves.

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