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09/02/2019 09:32 EST | Actualisé 09/02/2019 15:21 EST

Un gilet jaune perd quatre doigts lors d'incidents à Paris

Il a été évacué par les pompiers, un bandage au bout de l'avant-bras.

ZAKARIA ABDELKAFI via Getty Images

Plus de 50 000 "gilets jaunes" ont manifesté samedi en France pour le 13e weekend consécutif, selon le ministère de l'Intérieur, des rassemblements à nouveau marqués par des violences notamment à Paris où un manifestant a eu quatre doigts arrachés devant l'Assemblée nationale.

Après trois mois de contestation ininterrompue contre la politique économique et sociale du président Emmanuel Macron, un total de 51 400 personnes se sont mobilisées samedi dans tout le pays, dont 4 000 à Paris, selon le ministère.

Ils étaient 58 600, dont 10 500 à Paris la semaine précédente, selon le ministère, dont les chiffres sont contestés par les "gilets jaunes". Un décompte parisien fait par le cabinet Occurence pour plusieurs médias, dont l'AFP, avait recensé samedi dernier 13 800 "gilets jaunes" dans la capitale.

Ce mouvement inédit, né sur les réseaux sociaux de la contestation d'une nouvelle taxe dite "écologique", a essaimé depuis mi-novembre dans toute la France et poussé le gouvernement à des mesures sociales et au lancement d'un grand débat national.

Dans la capitale, des incidents ont éclaté à l'arrivée du cortège devant l'Assemblée nationale, où un manifestant a eu "quatre doigts arrachés", selon la Préfecture de police.

La cause de la blessure reste incertaine. Mais, selon un témoin interrogé par l'AFP, il s'agit d'une "grenade de désencerclement", lancée par les forces de l'ordre, alors que des manifestants tentaient d'enfoncer les palissades protégeant l'Assemblée.

Les manifestants ont à plusieurs reprises protesté contre la dangerosité de l'arsenal utilisé par les forces de l'ordre, notamment les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense (LBD) mis en cause dans plusieurs blessures graves.

Des incidents ont eu lieu sur le parcours de la manifestation, qui est arrivée vers 16H30 près de la Tour Eiffel, dans une ambiance très tendue.

Du mobilier urbain et des distributeurs de banques ont été cassés, une dizaine de véhicules a été incendiée, principalement des voitures de luxe, mais aussi une voiture de la mission antiterroriste militaire Sentinelle.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a dénoncé sur Twitter des "attaques intolérables" et exprimé son "indignation et dégoût".

À 18H45, la préfecture de police comptait 36 interpellations à Paris. Il y avait 16 personnes en garde à 17H00, selon le parquet de Paris.

À Toulouse (sud) comme à Bordeaux (sud-ouest), des villes où la mobilisation a été très forte et marquée par des heurts plusieurs samedis d'affilée, des milliers de "gilets jaunes" ont manifesté.

"C'est bien beau le grand débat, mais nous, on veut du concret, moins de taxes, plus de pouvoir d'achat. On sera là tous les samedis de l'année s'il le faut", disait Bernard, un logisticien de 56 ans à Lyon (sud-est), où plusieurs milliers étaient dans les rues.

À Dijon, autre place forte du mouvement, le cortège s'est élancé aux cris de "Macron démission". Emmanuel Macron "ne parle pas, il fait un monologue", a déclaré Nadine, 55 ans, qui ne croit pas au grand débat.

Au moins 2 000 personnes ont défilé à Lorient (ouest). Sur un gilet jaune était écrit : "produits alimentaires +8 à 10%, retraites et pensions -3,5%. On en a marre". "Macron démission, Castaner en prison", ont scandé des manifestants.

Pour Eric, 40 ans, infographiste et maraîcher, "la revendication que je soutiens le plus, c'est le RIC (référendum d'initiative citoyenne). Il faut redonner le pouvoir de décider aux gens, comme en Suisse".

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, dont la proposition de loi "anticasseurs" a été adoptée par l'Assemblée au prix de sévères remous dans la majorité, a été particulièrement visé par les manifestants. Controversée, cette loi, qui doit retourner au Sénat, prévoit des interdictions administratives de manifester, sous peine de six mois d'emprisonnement et 7.500 euros d'amende.

Ils étaient 1 700 à manifester à Caen, 1 500 à Marseille, autant à Montpellier, 1 800 à Metz, entre 1 500 et 2 000 à Lille. Huit policiers ont été légèrement blessés par des jets de projectiles à Saint-Etienne (sud-est).

Le gouvernement a annoncé fin décembre 10 milliards d'euros de mesures sociales et fiscales et organisé un grand débat national sans réussir à apaiser ce mouvement très fragmenté, sans leader incontesté.

Très présent dans son grand débat, le président Macron a vu sa cote de popularité remonter. Mais selon un sondage diffusé jeudi, 64% des Français continuent de "soutenir" le mouvement des "gilets jaunes".

Le numéro deux du gouvernement italien, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles, a provoqué une crise diplomatique entre la France et l'Italie en rencontrant mardi des représentants des "gilets jaunes".

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