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08/02/2019 16:16 EST | Actualisé 08/02/2019 16:16 EST

Une «culture de la sexualisation» encore bien présente dans l'armée

Le processus de traitement des plaintes ne sert toujours pas très bien les victimes d'agression sexuelle, selon une ancienne juge de la Cour suprême.

L'ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps
Richard Drew/PC/AP
L'ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps

L'armée canadienne met bien du temps à sortir de sa «culture de la sexualisation», estime l'ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps, qui avait rédigé en 2015 un rapport sur l'inconduite sexuelle au sein des Forces.

Témoignant devant le comité de la défense de la Chambre des communes, Mme Deschamps a soutenu vendredi que le processus de traitement des plaintes dans l'armée ne sert toujours pas très bien les victimes d'agression sexuelle.

Dans son rapport publié il y a quatre ans maintenant, Mme Deschamps concluait qu'il existait au sein des Forces «une culture sous-jacente de la sexualisation» (...) hostile aux femmes et aux LGTBQ, et propice aux incidents graves que sont le harcèlement sexuel et l'agression sexuelle».

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Après la publication de ce rapport d'enquête externe, le chef d'état-major de la défense, le général Jonathan Vance, avait lancé une vaste campagne, baptisée «Opération Honour», visant à éliminer le harcèlement et les agressions sexuelles au sein des Forces.

Mme Deschamps n'est pas impressionnée par les mesures mises en place depuis. Elle a estimé vendredi que les membres de l'état-major ont essayé d'accomplir trop de choses à l'interne, alors qu'ils devraient compter davantage sur des personnes qui ne sont pas aussi imprégnées de la culture militaire.

En présentant ses conclusions, il y a quatre ans, Mme Deschamps avait insisté sur la nécessité d'une stratégie globale pour changer cette «culture de sexualisation», qui s'étendait selon elle des simples soldats jusqu'aux officiers supérieurs. Quatre ans plus tard, Mme Deschamps soutient qu'elle n'a pas vu la couleur de cette «stratégie globale».

Le «devoir de signaler»

L'ex-juge se montrait aussi critique face au «devoir de signaler», qui oblige les militaires à signaler tout comportement criminel, ce qui déclenche une enquête formelle. Or, ces signalements peuvent signifier que des inconduites sont étalées au grand jour, contre la volonté des victimes, ce qui pourrait en faire reculer certaines.

Dans un rapport publié l'automne dernier, le vérificateur général était tout aussi critique: il concluait que cette politique augmentait le nombre de cas signalés par des tiers, indépendamment de la volonté de la victime. Or, cette divulgation par un tiers découragerait certaines victimes à dénoncer, concluait le vérificateur général.

Mme Deschamps souligne la nécessité pour les militaires d'adopter une approche axée d'abord et avant tout sur la victime, en lui apportant davantage de soutien, avant de sanctionner les criminels.

Le général Vance déclarait le mois dernier, en entrevue avec La Presse canadienne, que l'armée ne songeait pas à supprimer le «devoir de signaler». Mais il indiquait que le Centre d'intervention sur l'inconduite sexuelle de l'armée permettrait aux victimes de bénéficier de l'appui de travailleurs sociaux, qui les soutiendront du moment où elles portent plainte jusqu'à la fin des procédures.