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08/02/2019 08:30 EST | Actualisé 08/02/2019 11:43 EST

La peine d'Alexandre Bissonnette prononcée aujourd'hui

Le tireur de la mosquée de Québec pourrait être condamné à passer 150 ans de prison.

Mathieu Bélanger/La Presse canadienne
Photo d'archives d'Alexandre Bissonnette.

En lisant son jugement sur la peine qui sera infligée au tireur de la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, le juge François Huot de la Cour supérieure a parlé de son risque de récidive et ses possibilités de réhabilitation, telles que décrites par les experts. Ses conclusions auront un impact sur la durée de la peine de prison qu'il devra purger avant de demander une libération conditionnelle, un nombre d'années pouvant aller de 25 à 150 ans.

Il rappelle l'omniprésence de problèmes de santé mentale chez le jeune homme de 29 ans: des troubles anxieux, des symptômes de panique, et la dépression.

Dès 2006, Bissonnette pense au suicide, souligne le magistrat. Puis, il tente de se pendre dans un cabanon de nuit, manque son coup, mais décidera ensuite de tuer d'autres personnes avant de s'enlever la vie.

À propos de ses volontés meurtrières, Bissonnette dira: "c'est comme si dans les derniers instants de ma vie, j'allais être Dieu".

C'est alors que germe l'idée de tuer des terroristes d'abord: ils seraient une cible plus acceptable pour mettre son plan à exécution. Il pense à la mosquée et se dit qu'en y tuant un "terroriste", il sauverait ainsi plusieurs innocents.

Un expert entendu en cour lors des observations sur la peine a conclut que Bissonnette représente un "risque modéré" de commettre un autre crime violent, mais qu'une récidive pourrait être grave.

Il ajoutera qu'il n'est pas illusoire de croire qu'il est possible de maîtriser le risque de récidive pour qu'après l'homme puisse retourner vivre dans la société.

Mais le magistrat n'a aucunement tenté de minimiser l'horreur de la tuerie.

Une date inscrite en lettres de sang

D'entrée de jeu, il a déclaré que la date du 29 janvier 2017 a été inscrite en lettres de sang dans histoire de la ville de Québec, de celle de la province et du pays.

Il a semé la destruction dans ce lieu de prière, alors que les membres de la communauté musulmane vivaient pourtant en paix à Québec, a-t-il poursuivi.

Le juge Huot a débuté, peu après 9 h 30 vendredi, la lecture de sa décision de 246 pages sur la peine qui sera imposée à Bissonnette, dans une salle de cour du palais de justice de Québec. Il a souligné qu'il lira des extraits seulement.

Dans le box des accusés, Alexandre Bissonnette, le teint pâle et amaigri, les mains menottées, écoute le juge sans regarder, les yeux au sol. Ses parents sont dans la salle, non loin de lui.

Il a demandé la permission de s'asseoir. Prostré, le corps voûté, il entend le juge évoquer la douleur de ceux qui ont perdu un père, un époux, un fils ou un frère. Bissonnette a alors levé les yeux et regardé fixement le juge, qui a rappelé les propos d'une personne qui a témoigné lors des observations sur la peine: "J'espère que justice sera rendue et que la sentence reflétera le crime commis". Puis, le juge Huot a cité l'épouse d'une victime: "il n'y a pas de mots assez forts pour décrire la peine qui nous a foudroyés ce jour-là ". Son attaque a laissé six veuves et 17 orphelins, souligne le magistrat.

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Vendredi matin, le juge a parlé de ses gestes comme d'une "attaque gratuite, sournoise et meurtrière". Plus tard, il utilisera le mot "crapuleux".

Toutes les 250 places de la salle de cour sont occupées par des gens qui veulent entendre de vive voix le prononcé de la sentence. Une section entière est réservée aux membres de la communauté musulmane.

Des femmes pleurent doucement lorsque les victimes sont évoquées. D'autres ont éclaté en sanglots et ont dû quitter la salle.

Une obsession pour les tueries de masse

Le juge Huot décrit méthodiquement les crimes, avec une chronologie précise. Il a souligné que selon plusieurs témoins, Bissonnette a agi avec détermination, avec professionnalisme et avec haine.

Il rappelle que l'homme de 29 ans a soutenu avoir procédé de la sorte pour supposément sauver des citoyens contre ceux qu'il identifie comme "des terroristes" et que ses actions lui apparaissaient justifiées à ce moment. Il s'inquiète de la présence de musulmans à l'Université Laval où il étudie, et cela le rend anxieux.

Le magistrat relate aussi son obsession pour les tueries de masse et toutes les recherches qu'il faisait sur l'internet à ce sujet. Qu'il lisait beaucoup sur les tueurs en série et qu'ils sont "ses idoles ". Le juge Huot a alors ajouté que Bissonnette "pourrait toujours être fasciné par des tueurs de masse".

Il a aussi lu une section de son jugement où il décrit l'intimidation vécue par Bissonnette, un élève doué mais qui était l'objet de mépris et qui n'avait pas tendance à se défendre. "Alexandre n'est pas un monstre", avait témoigné l'une de ses enseignantes, qui a demandé au tribunal de lui imposer une peine qui lui laisse espoir de réhabilitation.

Bissonnette a fait son carnage le 29 janvier 2017, il y a un peu plus de deux ans.

Il a été arrêté peu après la tuerie, et accusé de six chefs de meurtre au premier degré et de six chefs de tentative de meurtre. Il a plaidé coupable en mars 2018 à tous ces chefs d'accusation.

Comme il s'agit de meurtre prémédité, la peine est automatiquement la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.

Mais le juge pourrait lui imposer une période plus longue d'inadmissibilité à la libération, soit 25 ans par personne tuée, pour un total de 150 ans.

C'est ce que la Couronne réclame, alors que les avocats de Bissonnette ont plaidé que cette durée serait l'équivalent de la "peine de mort par incarcération".

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