POLITIQUE
07/02/2019 12:12 EST | Actualisé 08/02/2019 07:46 EST

SNC-Lavalin: Justin Trudeau nie que son bureau a fait pression sur Jody Wilson-Raybould

Le premier ministre du Canada a nié ces allégations.

Photo d'archives de Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould.
La Presse canadienne/Sean Kilpatrick
Photo d'archives de Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould.

OTTAWA — Justin Trudeau nie fermement que son bureau a ordonné à l'ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, d'intervenir afin d'éviter à SNC-Lavalin un procès pour fraude et corruption.

"Les allégations dans le reportage de ce matin sont fausses. Ni moi, ni mon bureau, n'avons demandé au procureur général actuel ou antérieur de prendre quelque décision que ce soit dans cet enjeu", a-t-il tranché en marge d'une annonce en Ontario, jeudi.

Il n'a pas dérogé de cette réponse, et a répété le terme "ordonné" ("direct", en anglais), lorsqu'on lui a demandé s'il était prêt à aller jusqu'à nier catégoriquement que son bureau avait tenté d'influencer d'une quelconque manière l'ancienne ministre de la Justice.

Le quotidien The Globe and Mail a rapporté que l'entourage du premier ministre aurait tenté d'exercer des pressions sur elle afin qu'elle tente de convaincre le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC) de conclure un accord de poursuite suspendue avec l'entreprise.

Mais la ministre Wilson-Raybould aurait refusé d'accéder à cette demande, ce qui aurait déplu au bureau de Justin Trudeau. Et selon l'opposition, il est clair que le premier ministre l'a punie pour cet affront en lui retirant son ministère.

Les allégations dans le reportage de ce matin sont fausses.Justin Trudeau

En janvier dernier, celle qui aura été la première Autochtone à se retrouver à la barre du prestigieux et important ministère de la Justice du Canada a perdu du galon dans le cabinet, étant mutée aux Anciens combattants. Sa rétrogradation avait causé une certaine surprise.

À la lumière des informations publiées dans le Globe and Mail, le premier ministre "semble avoir mis à la porte sa ministre de la Justice pour avoir refusé de se soumettre à ses demandes", a avancé le chef conservateur Andrew Scheer en point de presse.

"Il l'a rétrogradée (...) parce qu'elle a désobéi aux ordres des amis du Parti libéral du Canada, qui sont des grosses compagnies qui sont coupables de fraude et de corruption. Voilà le vrai visage du Parti libéral", a pesté le néo-démocrate Alexandre Boulerice.

Et ni l'un ni l'autre ne croient Justin Trudeau.

"On a entendu le premier ministre utiliser les lignes tellement préparées, clairement, par des avocats", a argué Andrew Scheer quelques heures avant de faire passer un mauvais quart d'heure aux libéraux pendant la période des questions.

En l'absence du premier ministre, c'est le nouveau titulaire du ministère de la Justice, David Lametti, qui a pris les questions. Il a été fort sollicité, mais ses réponses _ il a répété ce que son patron avait dit plus tôt du côté de l'Ontario _ ont paru laisser l'opposition sur sa faim.

Au bureau de la ministre Wilson-Raybould, on n'a pas souhaité réagir à ces informations. Elle n'a "aucun commentaire à émettre sur cette histoire", a écrit en matinée son attaché de presse, Alex Wellstead.

Le jour du remaniement ministériel, à Rideau Hall, la Britanno-Colombienne, une ancienne procureure de la Couronne, avait affirmé qu'elle ne considérait pas son nouveau poste moins prestigieux que le précédent.

En revanche, sur son site internet de députée, elle avait publié ce même jour une déclaration pour défendre son bilan et faire un inventaire de ses réalisations et des dossiers qu'elle a pilotés _ une démarche hautement inhabituelle.

La déclaration comportait par ailleurs des propos lourds de sous-entendus.

"Le rôle du procureur général du Canada vient avec des responsabilités uniques en matière de respect de la primauté du droit. (...) C'est un pilier de notre démocratie que notre système de justice doit être à l'abri de toute perception d'ingérence politique (...)", a-t-elle écrit.

"Il a donc toujours été clair pour moi que le procureur général du Canada doit être non partisan, plus transparent quant aux principes qui régissent la prise de décision, et en ce sens, toujours être prêt à dire la vérité aux personnes en position de pouvoir", a ajouté la ministre.

La firme SNC-Lavalin est accusée de fraude et de corruption par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Selon la police fédérale, elle aurait notamment versé 47,7 millions $ entre 2001 et 2011 à des titulaires de charges publiques en Libye dans le but de les influencer.

Patrick Doyle / Reuters
Jody Wilson-Raybould est maintenant ministre des Anciens Combattants.

    Les accusations ont été déposées en 2015, et la société québécoise s'est ensuite mise à faire du lobbying auprès d'Ottawa afin que le gouvernement fédéral se dote d'un régime d'accords de poursuite suspendue, ce qui fut fait.

    Les accords de poursuite suspendue permettent de suspendre des poursuites pénales contre des entreprises. En échange, celles-ci admettent les faits, puis acceptent de "payer une pénalité financière importante et coopérer avec les autorités", selon un site gouvernemental.

    Le SPPC a toutefois décrété en octobre 2018 que SNC-Lavalin ne pouvait s'en prévaloir - et si la société était déclarée coupable de fraude et de corruption, elle pourrait être écartée des appels d'offres fédéraux pour une période pouvant s'étirer jusqu'à 10 ans.

    L'entreprise n'a pas souhaité commenter l'article paru jeudi dans le Globe and Mail, a signalé la directrice des communications externes, Daniela Pizzuto.

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