POLITIQUE
07/02/2019 19:07 EST | Actualisé 07/02/2019 19:07 EST

On tente de comprendre le «Tinder de l’immigration» de la CAQ

Décortiquons le projet de loi sur l'immigration de Simon Jolin-Barrette.

Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, estime que ce projet de loi est la «pierre angulaire» du plan de la CAQ en immigration.
La Presse canadienne
Simon Jolin-Barrette, ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, estime que ce projet de loi est la «pierre angulaire» du plan de la CAQ en immigration.

QUÉBEC - On pensait que la Coalition avenir Québec allait sortir son «test de valeurs» de son chapeau dès la première semaine de la rentrée parlementaire, mais ce n'est pas tout à fait le cas.

Le ministre Simon Jolin-Barrette a déposé sa «Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes».

Vous n'y comprenez pas grand-chose à la première lecture? Eh bien, vous n'êtes pas les seuls. On a donc tenté de décortiquer cette réforme qui constitue la «pierre angulaire» du plan de la CAQ en immigration.

«C'est comme le Tinder de l'immigration...»

Oui, le ministre Jolin-Barrette a bel et bien prononcé ces mots. Plus sérieusement, il souhaite mieux «arrimer les immigrants aux besoins du marché du travail» au lieu de respecter le principe du «premier arrivé, premier servi».

Le ministre du Travail, Jean Boulet, a entrepris de recenser les besoins spécifiques en main-d'oeuvre à travers la province. Le profil des immigrants devra donc correspondre aux emplois affichés. S'il y a un match, tant mieux. Comme Tinder, finalement.

À terme, l'idée est de mettre un portail en ligne pour les employeurs afin de recruter de potentiels candidats à l'immigration. La CAQ espère aussi réduire les délais de 36 mois à... 6 mois.

18 000 personnes swipées à gauche

Quelque 18 139 dossiers, qui s'empilaient sur les bureaux des fonctionnaires parfois depuis 2005, seront tout simplement annulés. Le gouvernement souhaite faire table rase et rembourser ces demandes. Cette mesure coûtera environ 19 millions de dollars.

Le ministre Jolin-Barrette justifie cette décision en disant que, de toute manière, une bonne part de ces dossiers étaient bloqués ou ne correspondaient tout simplement pas aux besoins du marché du travail.

La porte-parole libérale en matière d'économie et d'immigration, Dominique Anglade, est d'avis que ce projet de loi est «très inhumain» et que la décision d'annuler ces demandes va entacher l'image du Québec à l'international. Son homologue péquiste, Catherine Fournier, parle d'un «grave manque de considération».

La Presse canadienne
Dominique Anglade, critique libérale en immigration

Pas de test des valeurs (pour l'instant)

Contrairement à ce que certains peuvent croire, le gouvernement n'a pas annoncé la création d'un test des valeurs québécoises. Il a cependant jeté les assises légales qui lui permettront d'imposer le test des valeurs par voie de règlement une fois le projet de loi adopté.

La CAQ a promis en campagne électorale d'instaurer des tests de français et de valeurs, dans une période de trois ans, afin d'obtenir un certificat de résidence permanente. Un échec résulterait en une expulsion du Québec.

Selon Andrés Fontecilla, de Québec solidaire, le ministre Jolin-Barrette essaie de «noyer le poisson» afin de faire passer son test de valeurs. Il s'inquiète de voir cette exigence ajoutée à la suite de l'adoption de la loi, sans consultation avec les autres parlementaires.

D'autres négos avec Ottawa à prévoir

Le ministre Jolin-Barrette s'inspire grandement de l'ancienne ministre libérale de l'Immigration, Monique Gagnon-Tremblay, du temps du gouvernement Bourassa. Il l'a citée à au moins neuf reprises dans sa conférence de presse d'une heure, jeudi.

En fait, il veut réintroduire une ancienne disposition de l'Accord Canada-Québec en 1993 qui avait été abandonnée par le gouvernement Couillard en 2016. Elle permettrait au Québec d'imposer ses conditions pour l'obtention de la résidence permanente - comme la connaissance du français et des valeurs québécoises.

Dominique Anglade, critique libérale en immigration, dit que la disposition enlevée en 2016 était «obsolète» et très peu utilisée.

M. Jolin-Barrette reconnait par ailleurs que le fédéral devra modifier sa réglementation, de manière à «réhabiliter le pouvoir du Québec». Tout cela fera l'objet de d'autres discussions avec Ottawa... en plus de la réduction des seuils d'immigration.