POLITIQUE
05/02/2019 15:47 EST | Actualisé 05/02/2019 15:47 EST

Synagogue à Outremont: le maire déplore le climat de méfiance, de conflit et d'illégalité

Les tensions entre les juifs hassidiques et d'autres citoyens marquent encore le climat politique, entre autres à cause d'une synagogue.

THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz
Photo d'archives.

Le maire d'Outremont, Philippe Tomlinson, dénonce le climat toxique qui divise les membres de la communauté juive hassidique et certains autres résidents du secteur. La question des synagogues hante encore cet arrondissement de Montréal.

«Malheureusement à Outremont, depuis plusieurs années, on vit dans un cercle de méfiance, qui tombe dans le conflit, ce qui mène parfois à l'illégalité. Il faut ouvrir un dialogue, il faut se parler. Il faut trouver des solutions, des terrains d'entente sur toutes sortes de problèmes qui peuvent survenir quand on parle de bon voisinage», affirme M. Tomlinson en entrevue au HuffPost Québec.

Le maire d'arrondissement était invité par le HuffPost à commenter l'assemblée houleuse du conseil d'arrondissement la veille. De nombreux citoyens sont mécontents qu'il permette la construction d'une synagogue sur l'avenue Bernard, un peu plus de deux ans après la tenue d'un référendum pour interdire les nouveaux lieux de culte sur cette artère.

«Mauvais voisins»

Selon M. Tomlinson, des problèmes de «mauvais voisins» ont fait boule de neige jusqu'à ce que la situation soit complètement envenimée. Il estime que les citoyens doivent tenter de «repartir sur de nouvelles bases».

Olivier Robichaud
Philippe Tomlinson, maire de l'arrondissement d'Outremont, lors d'une annonce sur les sols contaminés en mars 2018.

Le promoteur derrière le projet de synagogue sur l'avenue Bernard, Michael Rosenberg, est justement accusé par plusieurs d'avoir participé au climat conflictuel en intentant des poursuites au criminel et au civil contre un résident qui dénonçait ses agissements. M. Rosenberg les a toutes perdues.

L'arrondissement est aussi intervenu en 2017 pour mettre fin à des travaux entamés illégalement dans l'édifice en question.

«Vous savez, ce n'est pas notre choix de travailler avec ce monsieur-là en particulier. Il y a un promoteur qui nous présente un projet. Maintenant, nous on ne choisit pas les gens avec qui on fait affaire, qui ont des projets dans l'arrondissement. On se base sur la valeur du projet, on vérifie si les choses ont été faites en bonne et due forme et on avance à partir de ça», affirme M. Tomlinson.

Lieux de culte et commerces ne font pas bon ménage

M. Tomlinson signera néanmoins une entente hors cour avec M. Rosenberg pour lui permettre de construire sa synagogue, moyennant une promesse de garder trois locaux commerciaux en façade de l'édifice.

Le maire d'arrondissement, membre de Projet Montréal, estime pourtant que les artères commerciales ne sont pas les endroits appropriés pour les lieux de culte.

«Notre position est qu'on préfère ne pas avoir de nouveaux lieux de culte sur les artères commerciales. Ça ne va pas ensemble à Outremont.»- Philippe Tomlinson

M. Tomlinson dit souhaiter que des études démontrent objectivement l'impact réel des temples, églises et mosquées sur la vitalité des commerces.

Avis juridiques opposés

Philippe Tomlinson dit se baser sur l'avis des services juridiques de la Ville de Montréal, qui indiquent que l'arrondissement serait à risque de perdre la bataille judiciaire qui l'oppose à Michael Rosenberg.

Or, selon le conseiller d'opposition Jean-Marc Corbeil, un avis extérieur commandé en 2016 indiquerait le contraire.

M. Tomlinson réplique que cet avis était «complaisant» à l'égard de l'arrondissement.

«Le contentieux nous dit que le deuxième avis juridique était à la limite un peu complaisant parce que [le cabinet d'avocats] n'avait pas revu l'ensemble des documents reliés au dossier. [...] Des fois, on peut arriver avec des avis qui ne sont pas basés sur l'ensemble des détails. C'est ce qui est arrivé dans ce cas-ci», dit-il.

L'entente hors cour avec le promoteur de la synagogue devra être entérinée par un juge le 19 février. M. Tomlinson promet d'organiser une séance d'information pour le public concernant cette entente. La date de la séance reste à déterminer.