POLITIQUE
04/02/2019 17:50 EST | Actualisé 04/02/2019 19:48 EST

Venezuela: l'armée doit lâcher Maduro, tranche le Groupe de Lima

Chrystia Freeland insiste pour que la transition vers la démocratie s'effectue de façon pacifique.

PC/Paul Chiasson

OTTAWA — Le Canada et le Groupe de Lima demandent aux Forces armées du Venezuela de larguer Nicolas Maduro et de prêter allégeance à son opposant, Juan Guaido.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a insisté lundi sur le fait que la transition vers la démocratie devait s'effectuer de façon pacifique, sans usage de la force.

Et la diplomate en chef a réfuté l'idée qu'en y allant de cet appel à l'armée vénézuélienne, les pays occidentaux fomentaient un coup d'État militaire.

"Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité", a martelé la ministre Freeland.

Car Juan Guaido "tire sa légitimité de l'Assemblée nationale", qui est la dernière institution constituée de représentants élus par le peuple du Venezuela, a-t-elle fait valoir.

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Peu avant d'offrir ces explications en conférence de presse de la rencontre du groupe de Lima, qui se tenait à Ottawa, elle avait été brièvement interrompue par des manifestants.

"Ne touchez pas au Venezuela!", a scandé un petit groupe qui a fait irruption dans la salle en brandissant une banderole.

La ministre des Affaires étrangères a été contrainte de suspendre sa déclaration, le temps que les manifestants soient escortés vers la sortie.

Selon Ben Rowswell, qui a été ambassadeur du Canada à Caracas entre 2014 et 2017, l'appel envoyé aux Forces armées du Venezuela pourrait bien être entendu, car "la grande majorité" des soldats "souffrent eux-mêmes de la crise humanitaire au pays".

Et les hauts gradés, eux?

"Ils ont besoin de faire des calculs d'intérêt personnels _ plusieurs d'entre eux sont devenus des millionnaires, des milliardaires même", et en voyant les Vénézuéliens descendre dans les rues, "plusieurs généraux commencent à faire le calcul" que le règne Maduro achève, a exposé en entrevue celui qui dirige maintenant le Conseil international du Canada (CIC) .

"Tous les signes d'un coup d'État"

La prise de position anti-Maduro du gouvernement Trudeau a inspiré des critiques à certains groupes, dont le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).

"Compte tenu de l'histoire de l'implication américaine dans la région, les actions de M. Guaido présentent tous les signes d'un coup d'État", a récemment déclaré le regroupement syndical par voie de communiqué.

"Nous mettons en garde le premier ministre Justin Trudeau contre tout rôle dans l'instauration d'un changement de régime dans un pays étranger", a poursuivi le SCFP.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, avait déclaré par voie de communiqué qu'il réprouvait la posture adoptée par Ottawa.

"Le Canada ne devrait pas suivre l'exemple de la politique étrangère des États-Unis, particulièrement son long historique d'ingérence au service de ses propres intérêts dans la région", avait-il déclaré le 24 janvier dernier.

Sa porte-parole en matière d'affaires étrangères, Hélène Laverdière, a semblé vouloir corriger le tir, arguant lundi lors d'une mêlée de presse que le gouvernement libéral avait été trop prompt à afficher son soutien à Juan Guaido.

Pas d'intervention militaire...

Il n'est d'ailleurs pas question que le gouvernement canadien ou le groupe de Lima cautionne une intervention militaire pour renverser le régime du président socialiste Nicolas Maduro.

"Je peux confirmer que le Canada exclut cette option", a tranché lundi la ministre Freeland.

Le président des États-Unis, Donald Trump, avait affirmé que le déploiement de troupes américaines était "certainement une option".

En affichant aussi clairement ses couleurs, le Canada y va d'un "rejet explicite de l'approche américaine envers le Venezuela, et donc une sorte de déclaration d'indépendance du Canada dans notre politique étrangère dans la région", expose Ben Rowswell au téléphone depuis Toronto.

Par ailleurs, à son avis, le scénario de voir débarquer dans les rues de Caracas "des voitures blindées américaines (...) est loin de la réalité en ce moment".

... mais de l'aide humanitaire

À l'ouverture de la réunion du groupe de Lima, Justin Trudeau a annoncé que le gouvernement canadien verserait 53 millions $ pour venir en aide aux Vénézuéliens affectés par la crise politique et sociale qui secoue leur pays.

"Les Vénézuéliens peuvent compter sur notre appui alors qu'ils tentent de reprendre possession de leur pays et (de) rétablir leur démocratie", a-t-il déclaré.

"Aujourd'hui, le Canada répond présent et annonce 53 millions $ pour répondre aux besoins les plus pressants des Vénézuéliens sur le terrain, incluant les près de trois millions de réfugiés", a signalé le premier ministre.

L'essentiel des fonds ira aux pays voisins comme le Pérou et la Colombie qui doivent composer avec cette migration.

Une enveloppe, plus mince celle-là, est prévue pour des organisations non gouvernementales établies au Venezuela.

Aucune aide financière directe n'ira toutefois au gouvernement vénézuélien, peu importe qui en tient les rênes.

Car "il faut un environnement beaucoup plus stable" pour que l'on "transfère des fonds directement à un gouvernement", a exposé en mêlée de presse la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

Caracas admis dans le groupe

Cette réunion dans la capitale canadienne survient alors que les manifestations se multiplient au Venezuela pour chasser Nicolas Maduro, et alors que plusieurs pays européens viennent officiellement d'endosser Juan Guaido.

Une vidéo de ce dernier a été diffusée en ouverture de la rencontre. Il a invité ses alliés occidentaux à poursuivre la bataille contre l'"usurpation" de la démocratie dans son pays.

"Malheureusement, nous sommes toujours sous une dictature au Venezuela en ce moment. C'est la raison pour laquelle il faut augmenter la pression", a affirmé celui qui est président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, que contrôle l'opposition.

La prochaine rencontre du bloc de pays anti-Maduro se tiendra en Colombie.

Le groupe pourrait s'agrandir, car ce dernier a accepté "avec grand plaisir la requête du président par intérim d'intégrer le gouvernement légitime du Venezuela (...)".

Ce forum multilatéral a été créé le 8 août 2017 pour coordonner les efforts des pays et exercer une pression internationale sur le régime de Nicolas Maduro.

La crise politique qui fait rage au Venezuela a des répercussions ailleurs; des pays comme le Pérou, le Brésil et la Colombie font face à un afflux de réfugiés.

Les États-Unis ne font pas partie du regroupement. Ils ont cependant eux aussi dénoncé Nicolas Maduro et reconnu Juan Guaido.

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