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04/02/2019 19:29 EST | Actualisé 04/02/2019 19:31 EST

Meurtre «par compassion»: Cadotte témoigne du jour de la mort de sa femme

Il raconte comment il en est venu à mettre fin aux jours de sa conjointe atteinte d'Alzheimer.

PC/Paul Chiasson
Michel Cadotte.

MONTRÉAL — Le Montréalais Michel Cadotte, qui subit un procès pour le meurtre de sa femme a raconté aux jurés, lundi, qu'il l'avait étouffée avec un oreiller parce qu'il n'en pouvait plus de la voir souffrir de la maladie d'Alzheimer.

Le témoignage de Michel Cadotte a porté sur la journée du 20 février 2017, lorsque Jocelyne Lizotte, âgée de 60 ans, a été retrouvée morte dans son lit d'un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

M. Cadotte a relaté qu'il était fâché et attristé lorsqu'il est arrivé ce matin-là pour voir sa conjointe. Elle était sur une chaise gériatrique sans appuie-tête, son cou était tordu et son corps, penché d'un côté.

Il dit avoir pleuré une bonne partie de la visite, et s'est souvenu avoir eu du mal à lui donner son repas composé d'aliments liquides.

Lorsqu'elle s'est endormie, M. Cadotte a placé sa femme sur son lit. Il affirme avoir eu du mal à installer un oreiller sous la tête de Mme Lizotte.

Après plusieurs tentatives — il dit ne pas pouvoir expliquer pourquoi —, il a placé l'oreiller sur son visage et l'a étouffée. M. Cadotte s'est justifié en disant qu'elle «souffrait trop» et qu'il ne «voulait plus la voir souffrir».

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Lorsqu'il a retiré l'oreiller, a-t-il soutenu, les yeux de sa femme étaient ouverts et elle avait l'air sereine. Il ne l'avait pas vue ainsi depuis des années, a-t-il dit en larmes.

Il a ensuite fermé ses yeux et a passé quelques minutes avec elle avant de descendre pour aller fumer une cigarette, a-t-il raconté.

M. Cadotte affirme avoir pensé à tenter de la réanimer — il avait une formation en premiers soins — mais il ne l'a pas fait. Il disait croire qu'elle était mieux maintenant, et qu'elle «ne souffrait plus».

L'homme âgé de 57 ans a souligné qu'il n'était pas en forme lorsqu'il est arrivé au CHSLD ce jour-là. Des frictions avec ses propres enfants l'avaient amené à couper les liens avec eux, et il avait passé la fin de semaine à boire de la tequila et de la bière. Il avait aussi des problèmes de santé qui l'empêchaient d'aller voir sa femme régulièrement.

Michel Cadotte est accusé du meurtre de Jocelyne Lizotte. Sa femme était atteinte de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé, qui l'empêchait de prendre soin d'elle-même et qui lui faisait perdre le contact avec la réalité.

Les avocats de la défense de M. Cadotte tentent de mettre en lumière son état d'esprit au moment de sa mort, qui selon eux, ne concorde pas avec l'accusation de meurtre non prémédité qui pèse contre leur client.

Un an avant sa mort, Michel Cadotte avait tenté d'obtenir l'aide médicale à mourir pour sa femme, mais elle n'était pas admissible puisqu'elle n'était pas en fin de vie et qu'elle ne pouvait consentir.

Lors du procès, les jurés ont entendu que M. Cadotte avait admis à l'infirmière-chef et à plusieurs proches qu'il avait tué sa femme.

M. Cadotte a dit que la seule autre fois qu'il avait pensé enlever la vie de sa femme, c'était quand elle était soignée à l'hôpital Royal Victoria de Montréal pendant quelques mois. Il trouvait qu'elle n'était pas bien traitée.

Même lorsqu'il a fait la requête pour l'aide médicale à mourir, c'était difficile, a-t-il témoigné, mais il voulait simplement qu'elle arrête de souffrir.

Il a déclaré aux jurés que la mère de sa femme avait aussi souffert d'Alzheimer, et que Mme Lizotte lui avait dit qu'elle préférait mourir que d'être dans un centre de soins de longue durée. Pendant deux ans, il dit avoir résisté à la recommandation d'un médecin qui lui disait de placer sa femme.

L'avocate de M. Cadotte, Elfriede Duclervil, a rappelé que même les enfants de Mme Lizotte avaient cessé d'aller la voir, tout comme sa soeur, qui ne pouvait pas supporter de la voir dans cette condition.

L'avocate a demandé à M. Cadotte pourquoi il n'avait pas fait de même. Il a répondu qu'il n'aurait pas pu, puisque c'était sa femme, et qu'il l'aimait.