DIVERTISSEMENT
01/02/2019 07:46 EST | Actualisé 01/02/2019 08:20 EST

Leïla Donabelle Kaze, un nouveau visage de plus en plus familier

«J’ai la chance de travailler des personnages qui ont mon physique et mon casting, mais qui ne sont pas définis comme étant noirs...»

Pierre Crépô

Elle personnifie Valérie dans M'entends-tu?, Shanel-Magali dans L'âge adulte, Sophia Louis dans Les Invisibles. Elle est aussi de la distribution d'Une autre histoire et on la verra dans Les fourchettes en avril prochain. À 26 ans et tout juste sortie du Conservatoire de théâtre de Québec, Leïla Donabelle Kaze profite de chaque moment proposé par ce milieu qui lui ouvre les bras. Rencontre avec un nouveau visage qui est de plus en plus familier.

Une passion progressive

La comédienne l'avoue d'emblée, elle a d'abord tenté le théâtre, parce que cela «avait l'air le fun et pas trop compliqué», sans même s'imaginer vouloir en faire une carrière. Rapidement, elle se rend compte que l'exercice est beaucoup plus difficile qu'elle le croyait et, surtout, qu'elle s'y sent à sa place. Elle tente sa chance aux auditions des écoles de théâtre sans trop d'attente, puis elle est acceptée lors de ce premier essai au Conservatoire de Québec.

«C'est lors de ma deuxième année que j'ai compris que je voulais faire cela dans la vie, que je ne me voyais pas faire autre chose, dit-elle. C'est une chose qui fait peur, car on se dit : ''Qu'est-ce que je vais faire si ça ne marche pas, quelles sont les autres options?''»

D'autres options, la comédienne n'a pas à se casser la tête pour en dénicher depuis sa sortie du Conservatoire et son retour à Montréal en 2017, elle qui participe à «plein de projets et qui est un peu sur un nuage depuis sa sortie de l'école».

«J'ai la chance de croiser des gens dans ma vie qui écrivent des textes qui me font faire «wow»! Je n'ai pas l'impression de devoir tant faire ma place que cela, car mon parcours semble se faire naturellement, ajoute-t-elle. Je me sens privilégiée et je compte bien en profiter. »

Pierre Crêpo
Leila Donabelle Kaze

Elle avoue que les premières auditions de fiction furent plutôt intimidantes pour elle, qui a plutôt été formée en théâtre au Conservatoire de Québec.

«J'ai dû suivre des cours de jeu à la caméra en sortant de l'école pour m'habituer à jouer pour la caméra plutôt qu'au théâtre. Soudainement, les gens qui te passent en auditions sont des réalisateurs et des auteurs que tu aimes et avec qui tu souhaiterais travailler. Le stress était au plafond, mais je me suis habituée à tout cela au fur et à mesure, j'ai fait confiance au texte, montré l'amour que j'ai pour mes personnages et le fun que j'ai. L'aisance est venue avec le temps et en décrochant des rôles.»

Originaire du Burundi, Leïla Donabelle Kaze a immigré au Canada en 2001, à l'âge de sept ans. Outre le fait d'être souvent la seule personne de race noire dans un groupe ou une audition, elle affirme que «dans le métier, le fait d'être une personne racisée n'est pas une chose qu'elle remarque».

«Je pense plutôt qu'on est entre humains, entre nous, dit-elle. Les personnages que je me fais offrir ne sont pas des personnages qui sont définis comme étant noirs. J'ai la chance de travailler des personnages qui ont mon physique et mon casting oui, mais ça s'arrête là. Ensuite, je continue de travailler un personnage qui pourrait être monsieur et madame Tout-le-Monde. Ça, je trouve que c'est une évolution si on compare à lorsque je regardais la télévision et que les seules personnes racisées étaient, par exemple, des infirmières ou des personnes qui correspondaient à un cliché qui est moins réel aujourd'hui.»

«Je suis vraiment choyée de travailler avec les auteurs d'aujourd'hui qui écrivent des trucs sans dire : ''Oui, mais elle est noire donc il faudrait une demi-heure pour expliquer d'où elle vient''. Non, on est rendu ailleurs et cela fait que les gens qui voient cela à la télévision vont simplement penser de la même façon.»

Pierre Crêpo
Leila Donabelle Kaze

Jouer avec les grands

Ayant la chance de côtoyer des acteurs bien établis sur le plateau de la série Les Invisibles, la comédienne, qui affirme vouloir et avoir besoin de tout faire - du théâtre, de la télé - rêve de travailler avec de grands noms du show business québécois tels Guy Nadon, Janine Sutto (c'était son vœu le plus cher avant que celle-ci ne s'éteigne), Marc Labrèche, Anne Dorval et Théodore Pellerin.

Car ce sont les rencontres qui l'allument le plus de son métier. «Travailler avec autant de personnes différentes, des réalisateurs, des auteurs, des collègues acteurs. Ce sont ces rencontres qui font que je continue d'évoluer là-dedans. Il y a des moments où je me dis que je suis vraiment chanceuse d'avoir, par exemple, passé une journée de tournage avec France Castel et Louise Marleau.»

Elle caresse aussi le rêve de jouer un rôle plus physique qui lui demanderait de s'entraîner et de faire ses cascades. «Lorsque je serai plus mature, peut-être lorsque j'aurai 40 ou 50 ans, j'aimerais aussi interpréter des rôles vraiment dramatiques, des grandes femmes de tête.»

En plus de ses divers projets à la télévision, on verra prochainement la comédienne dans la pièce Je me soulève au Théâtre Le Trident, à Québec.

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