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31/01/2019 13:44 EST | Actualisé 31/01/2019 13:44 EST

Malgré les allégations d'inconduites sexuelles, le chef d'orchestre Charles Dutoit dirigera un concert à Paris

«C'est un coup de poignard au regard de la défense des violences faites aux femmes...»

ullstein bild via Getty Images

Le chef d'orchestre suisse Charles Dutoit, visé par plusieurs accusations publiques de harcèlement sexuel, dirigera un concert de l'Orchestre National de France dimanche à Paris, un «coup de poignard» pour une de ses victimes présumées.

Fin 2017, l'Orchestre symphonique de Montréal au Canada (OSM) avait ouvert une enquête interne à la suite de plaintes pour harcèlement sexuel contre son ex-directeur artistique (1977-2002), une enquête refermée un an plus tard sans avoir apporté de preuves concluantes contre le chef d'orchestre.

L'intéressé avait qualifié les accusations de «choquantes».

M. Dutoit, 82 ans, a été invité pour diriger La Damnation de Faust de Berlioz à la Philharmonie de Paris, en remplacement du Français Emmanuel Krivine, souffrant, selon Radio France, qui organise le concert.

Contactée par l'AFP, Radio France a expliqué que cette oeuvre complexe nécessitait «un chef expérimenté».

«Sur l'ensemble des chefs contactés, Charles Dutoit était à même de porter la réussite artistique de ce concert tout en étant disponible dans ces courts délais», a indiqué la radio, précisant que la décision a été prise «après consultation des musiciens de l'Orchestre National de France, du Choeur de Radio France et du quatuor de solistes».

La soprano Anne-Sophie Schmidt, une des accusatrices de M. Dutoit, s'est indignée de cette invitation «déplorable».

«J'apprends avec un certain écoeurement que M. Dutoit vient d'être engagé (...) alors même que huit artistes dans le monde ont eu le courage de le dénoncer pour harcèlement sexuel», écrit-elle sur Facebook.

«C'est un coup de poignard au regard de la défense des violences faites aux femmes (...) d'engager un homme qui n'est pas digne de confiance et qui échappera à la justice grâce à la prescription des faits», a-t-elle ajouté.

Il y a un an, elle avait affirmé au Journal de Montréal avoir été agressée en 1995. «Il m'a poussée contre le mur et m'a embrassée de force. Je me suis débattue», avait-elle raconté, affirmant connaître «plein de collègues à qui il est arrivé ce genre de choses et qui n'osent pas s'exprimer».

À la suite des accusations, au moins cinq grands orchestres philharmoniques avaient décidé de mettre fin à leur collaboration avec le maestro suisse.

M. Dutoit avait quitté son poste à l'OSM en 2002 après avoir été accusé par plusieurs musiciens d'être un «tyran» capable de «cruauté mentale», selon La Presse Canadienne.

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