POLITIQUE
27/01/2019 11:56 EST | Actualisé 27/01/2019 11:56 EST

Le PLC promet de garder le cap sur les «vrais enjeux» à l'approche des élections

Le défi au Québec à neuf mois des élections sera de rester connecté aux besoins de la population en évitant la division, expliquent des stratèges.

La Presse canadienne
Le premier ministre Justin Trudeau salue des militants avant de prendre la parole au Congrès du PLCQ à Québec, le 25 janvier 2019.

QUÉBEC - S'il y a une seule leçon à tirer pour le Parti libéral du Canada (PLC) de l'élection québécoise, selon Sylvie Paradis, coprésidente de la campagne 2019, section Québec, c'est qu'il faut rester connectés sur les «vrais enjeux qui touchent la population».

«Le défi qui guette la politique, peu importe, le niveau, c'est la déconnexion. C'est d'être loin et de s'isoler des gens», précise Mme Paradis, en entrevue avec le HuffPost Québec.

Plus tôt ce mois-ci, le premier ministre Justin Trudeau a sillonné le Canada d'un océan à l'autre afin d'aller à la rencontre des électeurs lors d'assemblées publiques. C'est un exercice annuel qui donne parfois lieu à des débats houleux.

À Saint-Hyacinthe, il y a quelques jours, des «gilets jaunes» et des membres de La Meute l'ont mitraillé de questions sur le Pacte des migrations de l'ONU, les réfugiés sur le chemin Roxham, l'accueil de la jeune Rahaf Mohammed, le Parti islamique de l'Ontario. Le premier ministre a été hué et s'est fait crier après à quelques reprises, mais a su garder son calme.

La Presse Canadienne
Un homme portant un gilet jaune a interpellé Justin Trudeau sur l'immigration à Saint-Hyacinthe, le 18 janvier 2019.

Même si des imprévus sont à prévoir, ces assemblées publiques sont des «exercices nécessaires», fait valoir Mme Paradis. «Je pense que ce qu'on veut, c'est cultiver la proximité et il y a une leçon là pour tous les politiciens.»

De passage à Québec pour le congrès québécois du PLC, le premier ministre Trudeau a martelé des thèmes consensuels qui vont dominer leur discours dans les prochains mois: l'économie et la lutte aux changements climatiques.

«Ici et ailleurs dans le monde, des fossés se creusent, a-t-il dit. Le coût de la vie augmente, mais pas toujours les salaires. Les heures de travail sont de plus en plus longues, mais les opportunités, elles, semblent plus rares. Pendant ce temps-là, notre climat se dérègle. Les conflits s'aggravent. Les gens s'inquiètent d'un avenir qui semble toujours plus incertain.»

Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme, qui agira comme coprésident de la campagne électorale pour le Québec en compagnie de sa collègue Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national, croit que ces thèmes sauront parler aux Québécois.

«Sur le fond, les Québécois sont en diapason avec le Parti libéral du Canada, claironne le ministre. Et l'inverse est vrai aussi, lorsqu'on parle d'économie, lorsqu'on parle de création d'emplois, de culture, d'environnement, de développement régional...»

Et qu'en est-il des dossiers sur l'immigration et de la laïcité, où le nouveau gouvernement Legault au Québec et le gouvernement Trudeau n'ont pas grand-chose en commun?

«Nous, on cherche toujours les consensus. Vous savez, on peut en trouver beaucoup avec le gouvernement Legault!», fait valoir le ministre Rodriguez, qui rappelle que la Coalition avenir Québec n'a pas le monopole sur les positions politiques des Québécois.

«On est élus aussi par des Québécois. On veut faire avancer le Québec ensemble, donc il y a plein de choses sur lesquelles on peut s'entendre», dit-il.

La politique positive ne veut pas dire qu'il faut ignorer nos problèmes ou prétendre qu'on a toutes les réponses.Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Le message de la prochaine élection est clair, explique Cameron Ahmad, responsable des communications du premier ministre. «Qui va proposer des solutions concrètes aux vraies préoccupations des gens? Qui va amener un plan économique? Qui va lutter contre les changements climatiques? Qui va investir dans les infrastructures et les familles canadiennes avec un plan concret?»

Toutes les semaines, les médias parlent des difficultés qu'a la population à joindre les deux bouts, relève Mme Paradis. Juste cette semaine, un nouveau sondage révélait que près de la moitié des Canadiens étaient à 200$ du gouffre financier.

«Les gens sont très inquiets dans la classe moyenne, analyse la spécialiste du comportement électoral. Le coût de la vie augmente rapidement que l'augmentation du revenu des gens. Donc il y a un espace pour travailler au niveau économique qui est extrêmement important.»

Prôner l'unité plutôt que la division

Dans un contexte politique de plus en plus divisé, c'est le côté rassembleur et positif du premier ministre Trudeau que les libéraux veulent mettre de l'avant à l'approche des élections, explique M. Ahmad, son responsable des communications.

«Il essaie toujours le plus possible de souligner les choses qui nous rassemblent, ajoute M. Ahmad. Évidemment, quand il est question d'intolérance, de haine, de personnes qui cherchent à diviser la société, il faut le souligner aussi. Mais la vaste majorité des gens essaient de trouver des façons de mieux se comprendre, de mieux se connaître. C'est là-dessus qu'il va se pencher.»

Cela ne l'empêche pas de varloper ses adversaires conservateurs aussitôt que l'occasion s'y prête.

La Presse canadienne
Le premier ministre Justin Trudeau prend la parole à l'investiture de son ministre Jean-Yves Duclos à Québec, le 25 janvier 2019.

M. Trudeau accuse le parti de l'opposition d'Andrew Scheer de vouloir «exploiter les inquiétudes des gens» pour des gains électoraux et de trouver des boucs émissaires plutôt que des vraies solutions aux problèmes de société.

«La politique positive ne veut pas dire qu'il faut ignorer nos problèmes ou prétendre qu'on a toutes les réponses, a justifié M. Trudeau devant ses militants, vendredi. Mais ça veut dire qu'on se tient debout pour quelque chose, et non contre. C'est de parler aux autres Canadiens du Canada en lequel on croit et non celui qu'on craint.»

La pré-campagne au Québec est donc bel et bien lancée. Mais avant d'en arriver là, le parti doit faire son bout de chemin.

L'heure est au recrutement des candidats et à l'élaboration de la plateforme électorale. M. Rodriguez promet une campagne axée sur le terrain afin de se rapprocher de ces «vrais enjeux» qui touchent la population.

Même si les libéraux fédéraux se disent «confiants» en 2019, il ne prennent rien pour acquis: «On va offrir aux Québécois le meilleur de nous-mêmes, puis ce sera aux gens de décider», conclut M. Rodriguez.