POLITIQUE
25/01/2019 07:48 EST | Actualisé 25/01/2019 07:53 EST

Ce que l’assemblée publique de Justin Trudeau à Saint-Hyacinthe peut nous dicter sur l’élection à venir

La Meute et les «gilets jaunes» vont-ils accaparer l'attention au Québec?

Vous n'avez pas pris le temps d'écouter en direct les quelque deux heures qu'a duré l'assemblée publique du premier ministre Justin Trudeau vendredi dernier?

C'est bien correct. Nous non plus, d'ailleurs. Après tout, c'était un vendredi soir.

Le HuffPost Québec a donc pris le temps de noter les éléments importants à retenir de cette assemblée où des citoyens frustrés ont fait part de leurs doléances au premier ministre.

Même s'il s'agissait d'une seule assemblée, de nombreux thèmes se sont dégagés. Du respect des frontières au rapport d'impôt unique, en passant par les compensations promises aux producteurs laitiers, M. Trudeau a été questionné de tous bords, tous côtés.

Voici donc quelques observations qui pourraient s'avérer pertinentes à l'approche de l'élection fédérale du 21 octobre 2019.

Beaucoup de frustration sur l'immigration

Pacte des migrations de l'ONU, réfugiés sur le chemin Roxham, l'accueil de la jeune Rahaf Mohammed, Parti islamique de l'Ontario... côté immigration et intégration, tout y est passé dans cette assemblée où les différents thèmes se mélangeaient allègrement.

Mais M. Trudeau a pris des notes après le rassemblement libéral à Saint-Jean-sur-Richelieu, l'été dernier. En réponse à une dame qui lui demandait quand il allait rembourser le Québec pour ses «immigrants illégaux», le premier ministre lui a rétorqué que «cette intolérance par rapport aux immigrants n'a pas sa place ici».

La Presse Canadienne
Le premier ministre Justin Trudeau entouré de membres de La Meute et de gilets jaunes lors de son assemblée publique à Saint-Hyacinthe, le 18 janvier 2019.

Cette fois, il a su garder son calme devant les nombreux citoyens fâchés. En réponse à un homme qui lui posait une question sur «l'intégration des trucs qui rentrent icitte», il a dit:

«Malheureusement, on est dans une situation où il y a beaucoup d'informations fausses qui circulent sur l'Internet (et par le biais de) différents politiciens. De pouvoir avoir des discussions basées sur des faits, c'est très important pour une société diverse comme la nôtre.»

Au lieu de minimiser les craintes des gens présents à l'assemblée, il a dit comprendre cette «inquiétude» avec ces vagues de nouveaux arrivants.

Idem pour les frontières: «Je comprends vos préoccupations, a-t-il exprimé. La responsabilité de tout gouvernement est d'assurer la protection des citoyens, la protection de nos communautés et d'assurer l'intégrité de nos frontières.»

Le premier ministre a ajouté qu'il est de la «responsabilité» du Canada d'accueillir ces gens qui fuient la guerre, la violence, et la persécution. Le Canada est en train d'analyser les dossiers et s'ils ne correspondent pas à ces critères de réfugiés, ils seront renvoyés dans leur pays d'origine, a-t-il dit.

La Meute n'est jamais bien loin

Plusieurs membres de La Meute étaient présents à l'assemblée de M. Trudeau. L'un des leaders, Sylvain «Maikan» Brouillette, s'est bel et bien présenté comme tel et a posé une question sur la collaboration entre partis, comme on l'a vu dans le dossier du tribunal spécialisé pour les violences sexuelles au provincial.

«Avez-vous l'intention de travailler avec les partis de l'opposition pour représenter plus les Canadiens, avoir une meilleure démocratie pour tous les Canadiens?» a demandé M. Brouillette, qui ne portait pas un chandail avec une patte de loup à l'instar de plusieurs de ses comparses.

À VOIR: l'intégrale de l'assemblée publique de Trudeau à Saint-Hyacinthe (l'article se poursuit après la vidéo)

«Très bonne question», a répondu M. Trudeau, qui traitait son groupe de «nonos qui se promènent avec des pattes de chien sur le t-shirt» un an plus tôt à la commémoration de l'attentat à la mosquée de Québec.

Sur le groupe public de La Meute, une «Louve» explique que le groupe a organisé cette «mission» en peu de temps. Elle se réjouit d'avoir pu poser sa question sur la décision du fédéral «de signer le Pacte de l'ONU sans consulter l'opinion du peuple canadien».

«Ce Pacte sur l'immigration, c'est un Pacte qui, en aucun cas, limite le Canada dans sa souveraineté de déterminer comment et qui on va accepter comme immigrants. Il y a énormément de faussetés qui se propagent sur ce Pacte», a déploré M. Trudeau, sous les hauts cris d'une partie de la salle.

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Les cris se sont poursuivis même lorsqu'il parlait du petit Alan Kurdi, trois ans, échoué sur une plage en Turquie. L'image de l'enfant syrien avait hanté les esprits lors de la campagne électorale de 2015 et les libéraux ont pris l'engagement de faire venir 25 000 réfugiés dans les mois après l'élection.

C'est à ce moment que la «Louve» dit en avoir eu assez d'entendre des «mensonges» et a rejoint les autres membres de La Meute à l'extérieur «avec drapeaux et pancartes». Elle dit vouloir montrer au premier ministre que le groupe sera bien présent dans la campagne électorale cette année.

...les gilets jaunes non plus

Le phénomène dont on entend parler en France s'est déplacé jusqu'au Québec. L'un d'entre eux, fâché de devoir attendre son tour avant de poser une question, s'est énervé et a dû être transporté par la sécurité.

La Presse canadienne
Un homme portant un gilet jaune a interpellé Justin Trudeau sur l'immigration à Saint-Hyacinthe, le 18 janvier 2019.

Voici ce qu'on a pu déceler de ce bref échange:

  • «J'm'en vas, j'm'en vas! Je voulais parler d'immigration, ostie...»
  • «Mais monsieur, vous avez juste à attendre...»
  • «Je voulais savoir pourquoi vous utilisez notre argent pour...»
  • «Je pense que vous pouvez voir que je faisais le tour, j'arrivais à monsieur...»

Des comparses en gilets jaunes l'ont suivi à l'extérieur. Le mouvement est encore bien embryonnaire dans la province, alors ce sera à surveiller dans les prochains mois pour voir s'il prendra de l'ampleur.

L'impôt unique au Québec, pas de sitôt

Nous ne disposons pas d'une boule de cristal, mais la réponse de M. Trudeau laisse présager qu'il ne pliera pas facilement à la demande du premier ministre du Québec, François Legault, d'instaurer un rapport d'impôt unique.

«Vous, qu'en pensez-vous?» a demandé un enseignant à la retraite au premier ministre canadien.

«Il y a beaucoup de provinces, monsieur, qui ont un rapport d'impôt unique. Vous pouvez l'avoir... si c'est un rapport unique fédéral», a lancé M. Trudeau.

Ce n'est pas aussi simple que certains voudraient prétendre que ce l'est.Justin Trudeau, premier ministre du Canada

«Ah! C'est ça», a rajouté M. Trudeau devant l'air ébahi de l'homme en question. (Notons que même Sylvain «Maikan» Brouillette de La Meute a ri à ce moment-ci.)

Ottawa entrevoit quelques pépins avec cette demande de Québec. D'abord, des milliers d'emplois d'administrateurs d'impôts à Québec, Jonquière et Shawinigan, entre autres, dépendent du système actuel.

Ensuite, c'est Ottawa qui détient la clé des accords internationaux, des rapports et des collaborations avec d'autres pays pour lutter contre les paradis fiscaux.

«Ce n'est pas aussi simple que certains voudraient prétendre que ce l'est et c'est pour ça que j'ai dit à M. Legault: parlons-en», a terminé M. Trudeau.

La réconciliation est un «processus»

Le premier ministre Trudeau a de grandes ambitions pour la réconciliation avec les peuples autochtones du Canada. Mais les arrestations dans un camp contre le pipeline Coastal Gaslink en Colombie-Britannique, entre autres, ont quelque peu assombri le portrait.

Au moins deux personnes l'ont questionné à ce sujet - dont la militante Marlene Hale, qui parlait au nom des chefs héréditaires de la nation Wet'suwet'en.

M. Trudeau l'admet: ce qui s'est passé à ce camp était une «erreur».

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«La façon dont ça a été géré n'était pas la bonne. Moi, j'ai des questions, il y a bien des gens qui ont des questions et on va chercher à répondre à ces questions-là», a-t-il ajouté.

Même s'il continue de dire qu'il faut acheminer les ressources naturelles à bon port, il faudra «apprendre comment le faire de la bonne façon, en respectant la science, en respectant les peuples autochtones.»

«On est dans un processus de réconciliation, a conclu M. Trudeau. On n'est pas arrivés là encore. C'est mieux que ce l'était il y a trois ans, c'est mieux que ce l'était il y a 10 ans, c'est mieux que ce l'était il y a 50 ans.»

«On va faire de notre mieux, mais des fois on fait des erreurs. Ça n'a pas été une situation idéale ou positive à Wet'suwet'en dans les dernières semaines, je suis d'accord.»

Trudeau tient toujours à la réforme du mode de scrutin

Il s'agissait de l'une de promesses phares des libéraux pendant la campagne électorale de 2015 et une citoyenne n'a pas manqué de le rappeler au premier ministre.

«Vous nous avez promis quelque chose de plus juste, de plus équitable, de plus représentatif, qui reflète vraiment le choix des citoyens dans l'urne et qui ne fait pas des situations aberrantes où 39% des Canadiens choisissent un premier ministre qui gouverne de façon majoritaire avec un chèque en blanc.»

«À quoi ça sert de faire des promesses si elles sont brisées?» a-t-elle demandé.

La Presse canadienne
Le premier ministre Justin Trudeau en était à sa quatrième assemblée publique à Saint-Hyacinthe, le 18 janvier 2019.

M. Trudeau a expliqué que son gouvernement a tenu des consultations pendant un an afin de voir s'il y avait un «consensus». Il a finalement abandonné cette réforme, sous prétexte qu'il n'y en avait pas.

«Moi, je veux toujours qu'on change notre système électoral pour un système qui sera meilleur pour les Canadiens, mais ça ne devrait pas être un premier ministre avec une majorité qui décide ce sera quoi et ce sera comment on le fait.»

«Ça n'a pas été une décision facile, parce que c'était une décision qui m'importait de façon personnelle», a-t-il admis.

«Mais entre faire quelque chose pour cocher une case sur une plateforme électorale et qui pourrait faire du mal profond et permanent au Canada, j'ai choisi d'accepter les critiques et la déception de bien des personnes qui voulaient absolument que j'aille de l'avant avec cette promesse-là.»

Leçon de cette histoire: M. Trudeau tient toujours à changer le mode de scrutin. Va-t-il blâmer les autres pour cette promesse brisée? Fort certainement.

Les producteurs laitiers réclament de l'aide

Bien sûr, Saint-Hyacinthe regroupe de nombreux agriculteurs dans la région. Il est donc normal que le sujet des brèches dans la gestion de l'offre soit venu sur la table, lors de l'assemblée publique.

«On essaie d'être positifs. C'est difficile. Personnellement, je n'investis plus. Je ne veux pas un autre programme d'investissement. Là, il va falloir que j'aie un coup de main pour les pertes qu'on n'est pas capables d'estimer», a plaidé une productrice laitière au bord des larmes.

Elle demande une compensation «pleine et entière» pour chaque producteur qui va être touché par les accords commerciaux signés par le Canada.

M. Trudeau a convenu que les producteurs laitiers, comme la dame en question, ont dû faire face à des brèches lors de la signature de l'entente avec l'Union européenne, le Partenariat transpacifique et le nouvel ALÉNA.

Je peux vous dire qu'on ne demandera plus rien.Justin Trudeau, premier ministre du Canada

«On a demandé trois fois d'en donner un peu plus», reconnaît M. Trudeau.

Il a par la suite promis à la dame de prendre ses informations afin qu'elle voie ce qui se fait à l'heure actuelle sur ce dossier et qu'elle devienne «optimiste».

Il y est ensuite allé d'une promesse qui risque de le hanter à l'avenir:

«Je peux vous dire qu'on ne demandera plus rien. Les accords qu'on est en train de négocier maintenant et les accords qu'on va négocier à l'avenir n'impliqueront plus les producteurs laitiers. Ça, c'est une promesse que je peux vous donner aujourd'hui.»

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