POLITIQUE
24/01/2019 18:06 EST | Actualisé 25/01/2019 13:14 EST

Royalmount: les commissaires recommandent de mettre le projet sur la glace

Plusieurs experts et organismes réclament que le gouvernement adopte un décret pour stopper le méga-centre commercial.

HuffPost Quebec

Montréal semble avoir choisi son camp dans le dossier du méga-centre commercial Royalmount. La Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation recommande que la métropole négocie un temps de pause avec le promoteur. Quitte à l'imposer unilatéralement.

La commission étudie le projet Royalmount depuis la fin du mois de décembre. Elle n'a pas de pouvoir décisionnel, mais est elle composée majoritairement de membres de l'administration Plante.

Jeudi, elle rendu ses recommandations: le projet Royalmount, tel que présenté, n'est pas acceptable.

Capture d'écran - Ville de Montréal
Richard Ryan, conseiller municipal de Projet Montréal et président de la Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation.

Pause négociée... ou forcée

Les commissaires ont émis 13 recommandations, dont la principale est de négocier un temps d'arrêt avec le promoteur afin de revoir le projet de fond en comble. Les élus souhaitent pouvoir planifier l'ensemble du secteur de l'autoroute Décarie avant de permettre un projet d'une telle ampleur.

À défaut d'une entente négociée, les commissaires recommandent à la Ville de Montréal et à l'agglomération d'utiliser des moyens légaux pour arrêter le projet. Ils demandent aussi au gouvernement du Québec de déclarer que le secteur est une «zone d'intervention spéciale», s'il n'y a pas d'entente.Un tel décret gouvernemental aurait effet d'empêcher toute nouvelle construction qui ne respecte pas de nouvelles règles d'aménagement dictées par Québec.

Lors de la consultation publique, l'option du décret a été réclamée par divers observateurs, notamment Québec solidaire, l'organisme Vivre en ville et le Conseil régional de l'environnement de Montréal.

La ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, a toutefois écarté cette idée.

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Chantal Rouleau

Carbonleo veut construire maintenant

Le promoteur du projet, Carbonleo, n'a pas l'intention de prendre quelque pause que ce soit.

«Un temps d'arrêt de l'ensemble du projet n'est pas nécessaire alors qu'il respecte toutes les lois, tous les règlements et toute la planification en vigueur. Pour Carbonleo, l'imposition de nouvelles exigences se ferait au détriment de la compétitivité de Montréal alors que le développement immobilier et commercial se poursuit à un rythme effréné à l'extérieur de l'île et que l'on souhaite attirer davantage d'investissements étrangers au Québec», lit-on dans un communiqué émis par l'entreprise.

Les commissaires soulignent que la décision d'une ville comprenant 1% de la population l'agglomération, soit Ville Mont-Royal où les terrains sont situés, a pu donner lieu au développement d'un projet dont les impacts se feront ressentir dans l'ensemble du Grand Montréal.

Ils ajoutent que, de façon générale, le projet «manque d'acceptabilité sociale».

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Besoin de planification

La Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation fait sienne les observations de nombreux intervenants concernant le besoin d'une planification d'ensemble pour ce secteur de l'autoroute Décarie. En plus du projet Royalmount, six autres projets importants longent l'autoroute. Sans parler du redéveloppement de l'hippodrome, un peu à l'est.

Le volet résidentiel ajouté par Carbonleo en cours de processus — sans aucune étude d'impacts — rebrasse notamment les cartes. Situé sur le territoire de la Ville de Montréal, ce volet nécessiterait des modifications au schéma d'aménagement de la métropole.

La semaine dernière, lors de la dernière journée de consultation, le promoteur et Ville Mont-Royal ont sorti un lapin de leur chapeau en promettant une navette électrique gratuite vers le Réseau express métropolitain (REM). La porte-parole en environnement de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a répliqué qu'ils faisaient preuve d'improvisation.

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Carbonleo promet de relier le projet Royalmount à la station Mont-Royal du Réseau express métropolitain à l'aide d'une navette électrique à grande fréquence.

Par ailleurs, la commission recommande plusieurs modifications importantes au projet de Carbonleo. Elle demande de revoir de fond en comble l'emplacement des bureaux, des commerces, des hôtels, etc. et d'installer les résidences en plein coeur du projet plutôt qu'en périphérie. Elle recommande aussi d'inclure moins de stationnement et de revoir les superficies prévues pour les divers usages.

L'entreprise se dit prête à collaborer avec les élus pour revoir le projet, mais sans temps d'arrêt.

Montréal contre la banlieue

Le projet Royalmount semble opposer la Ville de Montréal aux municipalités de banlieue. Jeudi, les commissaires issus du parti d'opposition Ensemble Montréal ont appuyé ceux de l'administration pour faire adopter les recommandations. Les deux commissaires issus des villes de banlieue, Robert Coutu et Alex Bottausci, s'y sont opposés. Un rapport minoritaire sera déposé à la fin du mois.

«On a l'impression que l'agglomération empiète sur les compétences des villes liées, affirme le maire de Montréal-Est, Robert Coutu. Et puis, c'est quoi un temps d'arrêt? Une pause café? Une semaine, un mois, un an? On ne sait pas.»

Capture d'écran - Ville de Montréal
Robert Coutu, maire de Montréal-Est, s'inquiète de l'ingérence de Montréal dans les compétences des villes liées dans le dossier Royalmount.

Alex Bottausci, conseiller municipal à Dollard-des-Ormeaux, ajoute qu'il a demandé des avis légaux pour valider que Montréal a bel et bien des pouvoirs légaux à sa disposition pour bloquer le projet. Il affirme n'avoir reçu aucune réponse.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, fera part de ses intentions vendredi matin.

Une version précédente de ce texte indiquait que Robert Coutu était maire de Montréal-Ouest. Il est plutôt maire de Montréal-Est.