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24/01/2019 15:09 EST | Actualisé 24/01/2019 15:18 EST

La clinique d'irréductibles Gaulois dans Pointe-Saint-Charles

Cette clinique communautaire administrée par des citoyens est toujours debout après 50 ans de réformes et de fusions dans le milieu de la santé.

Courtoisie
La Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles

Au milieu d'une forêt de de CSSS, de CIUSSS et autres acronymes, la Clinique communautaire Pointe-Saint-Charles est le seul arbre de son espèce à tenir toujours debout.

Elle offre tous les services et les soins qu'un CLSC dispense, mais elle mène aussi des luttes dans le quartier et travaille beaucoup en prévention. Et surtout, ce qui fait sa marque: elle est gérée par des gens du quartier. Encore aujourd'hui, son conseil d'administration est composé entièrement de gens résidant dans Pointe-Saint-Charles.

La clinique fêtait jeudi matin ses 50 ans en compagnie de la fondatrice de Québec solidaire Françoise David, marraine de l'événement, qui qualifie cet organisme de santé d'«extraordinaire».

Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles
Richard Massé, ancien PDG de l'Institut national de santé publique, et Françoise David, co-fondatrice de Québec solidaire, les parrain et marraine du 50e anniversaire de la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles

«Elle a résisté à toutes les réformes de la santé pour rester un organisme à but non lucratif (OBNL) contrôlé par les citoyens et le personnel, insiste l'ancienne députée de Gouin, qui a travaillé longtemps dans le milieu communautaire. Et chaque fois qu'on a voulu lui enlever son statut, les gens du quartier ont résisté. Aucun ministre de la Santé n'en est venu à bout.»

Envers et contre tous

  • La Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles a été créée en 1968 par des étudiants en médecine, en soins infirmiers et en sociologie de l'Université McGill, qui déploraient le manque de services et de soins dans le quartier.
  • En 1970, la clinique est officiellement enregistrée comme organisme à but non lucratif. Les résidents du quartier pouvaient y recevoir des services médicaux, sociaux et communautaires gratuitement. Il s'agissait aussi d'une clinique où l ́on s'attaquait aussi aux causes sociales des mauvaises conditions de santé.
  • En 1974, les Centres locaux de services communautaires (CLSC) ont fait leur apparition au Québec. La Clinique a été reconnue comme organisme communautaire autonome qui accepte de répondre au mandat de CLSC et qui est financé en conséquence.
  • En 1991, la clinique devait faire un choix, en raison du projet de loi 120 : soit elle conservait sa charte d'organisme communautaire «privé» et perdait alors son permis de CLSC, soit elle devenait un CLSC public et renonçait à sa charte et à son mode de fonctionnement communautaire. Une large mobilisation citoyenne s'en est suivie, et le ministre de la Santé a finalement reculé: le projet de loi 120 a été amendé pour protéger le statut particulier de la Clinique. Des scénarios similaires se sont produits en 2004 et en 2015, lors de grosses réformes du système de santé.

Une des missions de cette clinique est de défendre le droit à la santé. C'est d'ailleurs elle qui est à l'origine du combat qu'a fini par mener l'ancien ministre Gaétan Barrette contre les frais accessoires, ajoute Françoise David. L'accès aux soins dentaires est son actuel cheval de bataille.

Quel est son secret?

Comment se fait-il que la Clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles soit la seule de son espèce au Québec, la seule à avoir résisté, contre vents et marées, aux réformes?

Son secret, en un mot: la solidarité, dit Françoise David. «Pour avoir connu les gens du quartier de Pointe-Saint-Charles, c'est vraiment un village gaulois, enclavé entre le fleuve et les autoroutes. Et leur potion magique, c'est la solidarité. C'est tout un quartier qui se mobilise quand vient le temps d'obtenir des services.»