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22/01/2019 15:06 EST | Actualisé 22/01/2019 15:11 EST

Il pourrait devenir le premier camionneur paraplégique au Québec, mais dit être retardé par la SAAQ

Simon Desmeules se retrouve dans un imbroglio administratif entre le centre de formation et la SAAQ.

Simon Desmeules (Facebook/Simon Desmeules)
Facebook/Simon Desmeules
Simon Desmeules (Facebook/Simon Desmeules)

Simon Desmeules rêve de devenir le premier camionneur paraplégique du Québec. Son principal obstacle? Non, ce n'est pas son handicap, mais plutôt la bureaucratie de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ), qu'il accuse de lui «mettre des bâtons dans les roues».

Le jeune homme de 29 ans de Salaberry-de-Valleyfield a reçu en 2017 une autorisation médicale de la SAAQ pour s'inscrire à l'école du Centre de formation du transport routier (CFTR) à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais il se retrouve maintenant dans un flou administratif.

«Une simple signature d'un fonctionnaire de la SAAQ pour permettre de faire des modifications sur un camion adapté et le tour est joué», explique celui qui étudie au CFTR depuis l'automne.

Au CFTR, on souligne que non seulement le camion de Simon a été choisi, mais que les appels d'offres sont acceptés pour l'ajout d'équipements - notamment un élévateur permettant de transporter la personne dans son fauteuil roulant au siège du conducteur et un levier fixé sous le volant permettant d'actionner le frein ou l'accélérateur au moyen des mains. À cela s'ajoute une transmission automatique, pour des modifications totalisant quelque 15 000$.

«Nous allons défrayer les coûts de ces équipements additionnels. Nous avons modifié notre programme pour s'adapter à Simon, mais nous voulons être certains que la SAAQ endosse nos démarches», mentionne le directeur-adjoint du CFTR, Carlos Ficorilli.

Quelque peu découragé d'être confiné à la maison lors des journées de pratique, Simon Desmeules a réalisé une vidéo sur sa page Facebook pour exprimer sa déception, voire sa frustration.

«Le processus est bloqué présentement parce qu'un fonctionnaire a pris deux semaines de congé à la CSST (CNESST) pour s'être coupé avec une feuille de papier. Ou il a déclaré 42 heures de travail lui donnant droit à une dépression saisonnière. Je rigole, mais c'est loin d'être drôle», a-t-il dénoncé récemment aux 40 000 internautes qui ont vu la vidéo jusqu'à maintenant.


En décembre, la première vidéo dans laquelle il exprimait toute sa joie d'avoir été admis au CFTR avait aussi été visionnée plusieurs dizaines de milliers de fois.

Rien en attente, affirme la SAAQ

À la SAAQ, la réponse est surprenante: «Nous avons fait des vérifications et aucun dossier n'est en suspens ou en attente de signature à la Société sur ce cas», assure Sophie Roy, relationniste auprès des médias à la SAAQ.

«Je suis mêlé, rétorque Simon Desmeules. Le CFTR m'aide beaucoup depuis le début. Ils m'ont permis récemment d'être le premier Québécois paraplégique à obtenir mon permis d'apprenti classe 1, mais ce n'est pas fini, car moi je veux conduire des camions-remorques sur de longues distances. Et voilà que la SAAQ dit que l'école peut aller de l'avant, et l'école dit attendre un papier de la SAAQ. Démêlez-moi quelqu'un.»

Je veux terminer mon cours [de conduite] en même temps que les autres élèves pour pouvoir faire mes stages en mai. Je veux aller travailler rapidement pour ne plus vivre du bien-être social.Simon Desmeules

M. Desmeules possède une Attestation d'études collégiales en logistique du transport obtenue en 2014, deux ans après l'accident de VTT qui a fait basculer sa vie.

«Je veux terminer mon cours [de conduite] en même temps que les autres élèves pour pouvoir faire mes stages en mai. Je veux aller travailler rapidement pour ne plus vivre du bien-être social. Je n'ai pas eu un sou de la SAAQ parce que mon accident s'est produit dans un sentier hors route. J'aurais été indemnisé si j'avais été saoul au volant d'une voiture qui frappe un mur de béton, mais ça, c'est un autre débat.»

Dans le but de démontrer sa grande ouverture, le CFTR a décidé de lui réserver un enseignant qui sera seul avec lui pour les cours pratiques dès que l'on pourra utiliser le camion. «Habituellement, la formation prévoit un enseignant pour quatre étudiants», précise M. Ficorilli, qui se dit étonné par la réponse de la SAAQ.

Un exemple de persévérance

Simon Desmeules n'en est pas à ses premières complications avec la SAAQ. Après avoir essuyé un refus, il explique avoir obtenu le feu vert pour s'inscrire à la formation subventionnée par Emploi-Québec en dénichant des articles du Code de la sécurité routière qui stipulent que:

«La perte anatomique ou fonctionnel d'un membre ou d'une articulation d'un membre ou l'immobilisation d'un membre est essentiellement incompatible avec la conduite d'un véhicule routier (...) un permis peut toutefois être assorti de conditions comme celle de prévoir pour le titulaire du permis, en tenant compte de son état fonctionnel, une assistance immédiate par une autre personne dans la conduite d'un véhicule routier.»

«Je sais que je devrai travailler avec un partenaire. Je ne veux pas d'un préposé au bénéficiaire, mais d'un confrère camionneur qui pourra s'occuper notamment de faire la ronde de sécurité (une dizaine de points que tous les camionneurs doivent vérifier avant de prendre la route) comme ouvrir le capot, vérifier les lames maîtresses de suspension en se penchant sous le camion ou en montant sur le camion pour s'assurer que les câbles qui permettent d'attacher la remorque au camion sont bien en place. Moi, je vais m'occuper de 95% du travail, soit de conduire le camion-remorque pendant de longues heures.»

Droit devant

Depuis qu'il est devenu paraplégique en 2012, Simon Desmeules a parcouru un chemin parsemé d'embûches. Une semaine d'hospitalisation aux soins intensifs et quatre mois en réadaptation forgent un caractère.

«Que la SAAQ le sache, je vais me tenir debout et je n'abandonnerai pas, surtout que j'ai rencontré de futurs employeurs et certains ont démontré de l'intérêt pour adapter l'un de leurs camions, étant rassurés que je serai en poste pour plusieurs années», affirme-t-il.

Simon Desmeules encourage d'autres personnes en fauteuil roulant à suivre ses traces. «Nous sommes condamnés à vivre et à mourir assis. Pourquoi ne pas choisir de travailler dans le plus beau bureau du monde, celui qui te permet de voir des paysages à couper le souffle aux quatre coins de la planète?»