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22/01/2019 16:15 EST | Actualisé 22/01/2019 17:51 EST

Le nouveau Guide alimentaire canadien : «une petite révolution»

Un guide complètement revampé, qui fait le bonheur des nutritionnistes.

Le fameux arc-en-ciel qui vous dictait quelle quantité de viande, de produits laitiers, de fruits et légumes et de produits céréaliers il fallait manger en une journée n'est plus. En fait, le concept même de groupe alimentaire est mis de côté dans le nouveau Guide alimentaire canadien. Et tant mieux, disent les nutritionnistes!

«C'est le premier guide qui adopte une vision plus holistique de l'alimentation, lance d'emblée Jean-Claude Moubarac, professeur adjoint au département de nutrition de l'Université de Montréal. On fait un lien entre l'alimentation et l'environnement, on tient compte de la transformation des aliments et de son impact sur la qualité. C'est une petite révolution!»

Exit les portions, donc, et bienvenue aux proportions. L'image qui représente le guide est maintenant celle d'une assiette, dont la moitié est composée de fruits et légumes. Un autre quart est représenté par des produits protéinés (des noix, des légumineuses, de la viande, du poisson et du yogourt). Et le dernier est composé d'aliments à grains entiers (du pain, des pâtes, du riz).

Santé Canada
Le nouveau Guide alimentaire canadien

Une très bonne idée, selon la nutritionniste Isabelle Huot. «Moi, je dis toujours : ''mangez équilibré, et vous n'avez pas besoin de calculer''. Le message est très simple: c'est la variété.»

Beaucoup de Canadiens étaient d'ailleurs confus, quant au calcul des portions que prônait auparavant le guide, ajoute-t-elle.

La présidente de l'Ordre professionnel des diététiciens du Québec, Paule Bernier, se réjouit de l'attention qui est portée aux aliments frais, dans le guide (que vous pouvez consulter ici).

«Je crois que c'est un excellent moment pour la population de faire une réflexion sur notre mode d'alimentation : manger moins d'aliments transformés, de sorte à vieillir en santé, indique-t-elle. Nous voyons dans les hôpitaux les ravages que font le diabète, l'hypertension et les maladies cardiovasculaires.»

Les produits laitiers au second plan

Autre grand changement: les produits laitiers et les viandes ne sont plus des groupes alimentaires, ils font désormais partie de la famille des aliments protéinés, au même titre que les légumineuses. Cela confirme donc la nouvelle qui avait fait beaucoup réagir, au début du mois.

«C'est cohérent avec l'évolution de la science, affirme Jean-Claude Moubarac. Les produits laitiers peuvent faire partie d'une saine alimentation, mais ne sont pas essentiels. C'est ce message que Santé Canada veut refléter.»

Paule Bernier ajoute que la nutrition a beaucoup évolué depuis 1942, l'année de la première parution du fameux Guide alimentaire canadien. «On essayait de prévenir les carences alimentaires, mais on n'en a plus autant besoin, aujourd'hui.»

«C'est surtout une bonne idée de ne pas avoir consulté l'industrie agro-alimentaire pour l'élaboration de ce guide», ajoute Isabelle Huot, comme c'était le cas pour les précédentes versions.

Les Producteurs de lait du Canada (PLC) accueillent cette nouvelle avec prudence.

«On constate que les produits laitiers font toujours partie du guide, souligne Isabelle Neiderer, directrice nutrition et recherche pour les PLC. C'est une nouvelle approche, une nouvelle façon de présenter les aliments.»

«En tant que diététiste, je dois avouer que ça me préoccupe, de mettre tous les aliments protéinés dans le même panier, parce qu'ils n'ont pas le même profil nutritionnel», ajoute-t-elle.

Une inquiétude que partage Isabelle Huot, puisque les produits laitiers contiennent par exemple de la vitamine D et du calcium, des nutriments que d'autres aliments protéinés ne renferment pas.

«Ce sont des nutriments qui sont déficients dans l'alimentation des Canadiens et des Québécois, note Isabelle Neiderer. Il va falloir être vigilant et faire plus d'éducation, pour que les gens comprennent bien l'apport nutritionnel de ces produits, et qu'ils aient une alimentation adéquate.»

Santé Canada
Quelques conseils qu'on peut lire dans le nouveau Guide alimentaire canadien

Et maintenant?

Globalement, Jean-Claude Moubarac est très satisfait de cette nouvelle mouture du guide, dont la précédente version remontait à 2007.

«Ce n'est pas parfait, mais ça se rapproche beaucoup plus d'une alimentation humaine, qui tient compte des éléments socio-culturels», soutient-il.

Il espère maintenant que des politiques de santé publique suivront.

«On parle beaucoup du plaisir de cuisiner en famille, de l'importance des aliments frais... Il va falloir l'enseigner à nos enfants, maintenant, et ramener les cours de cuisine dans nos écoles», illustre-t-il.

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