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22/01/2019 19:41 EST | Actualisé 22/01/2019 19:46 EST

Marc Emery a donné du LSD et de l'ecstasy à des mineures

«Avec le recul, c’est vraiment dérangeant», a témoigné un ex-employé.

Ben Nelms/Canadian Press

TORONTO — Selon d'anciens employés du «prince du pot» du Canada, Marc Emery a donné des drogues illégales comme l'ecstasy et le LSD à des filles mineures lors de soirées organisées dans son lounge de Vancouver.

Les affirmations, qu'Emery nie, interviennent quelques jours après que le HuffPost Canada eut révélé de nombreuses allégations de harcèlement sexuel et de comportement inapproprié sur 12 ans à l'encontre du militant des droits du cannabis et entrepreneur.

En 2008, Melinda Adams était une adolescente timide, satisfaite de s'asseoir dans un coin lors de ces fêtes. À 17 ans, elle a travaillé pour Emery, alors au début de la cinquantaine, au siège de Culture Cannabis. Au lieu d'aller à l'école secondaire, elle a été payée comptant pour nettoyer les toilettes et sortir les poubelles.

Elle se souvient de quatre soirées différentes, organisées au lounge de la rue West Hastings du centre-ville de Vancouver, entre juillet 2008 et juillet 2009. Adams avance qu'Emery lui a donné de la MDMA, aussi connue comme de l'ecstasy - et dit l'avoir vu en donner également à six autres filles de moins de 18 ans.

«Marc nous disait que ça (la MDMA) nous ferait du bien, et nous sommes tombées dans le panneau», a déclaré Adams, maintenant âgée de 27 ans, en entrevue au HuffPost Canada. Les fêtes étaient pour le personnel, les clients réguliers et les amis d'Emery.

«Nous avons tout vu, mais nous n'avons rien dit; nous n'avons rien fait», a-t-elle raconté. «Nous nous sommes dit: "C'est ça Cannabis Culture, c'est ça la famille. Jouons le jeu."»

Facebook
Marc Emery prend la pose pour une photo avec Melinda Adams en 2009. Adams a demandé à ce que son visage soit flou, car elle craint des répercussions au travail.

Au Canada, toute personne qui fournit une substance contrôlée à une autre personne peut être accusée de trafic de drogue, conformément à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Une condamnation pour trafic de MDMA, par exemple, peut entraîner une peine maximale de prison à vie. Les juges peuvent prendre en compte des facteurs aggravants tels que des incidents impliquant un mineur.

Il profitait de gens trop jeunes pour prendre des décisions importantes pour eux-mêmes.Anthony Olive, ancien employé

Anthony Olive a travaillé pour Adams et a occupé différents postes, dont celui de directeur adjoint, pendant près de 15 ans au sein de Cannabis Culture. Il a dit avoir non seulement vu Emery fournir de la MDMA à Adams, mais l'a également vu donner de la MDMA - et une fois, la drogue psychédélique diméthyltryptamine - à des filles âgées de 16 ou 17 ans lors de quatre fêtes auxquelles il avait assisté entre avril 2008 et août 2009.

"Avec le recul, c'est vraiment dérangeant", a déclaré Olive, maintenant âgé de 32 ans. "Il profitait de gens trop jeunes pour prendre des décisions importantes pour eux-mêmes."

Olive a déclaré qu'il avait été congédié en 2009 pour ne pas avoir couvert le quart de travail d'un autre gérant.

Ces affirmations sont «totalement fausses», selon Marc Emery

Emery a rétorqué lundi au HuffPost Canada qu'il était «totalement faux» de croire qu'il avait donné «des drogues autres que du cannabis à toute personne de moins de 18 ans».

Dans une déclaration sur Facebook la semaine dernière, il a évoqué la consommation de marijuana avec des adolescents dans les années qui ont suivi Adams et Olive au sein de Cannabis Culture: «J'avais entre cinq et huit amis de 17 ans en 2014 et 2015 avec lesquels je fumais du pot après être sorti de prison. Je n'ai jamais fourni à personne des "drogues" autres que fumer du pot avec elles.»

Activiste de la légalisation de la marijuana, Emery a été emprisonné aux États-Unis de 2010 à 2014 pour avoir vendu des graines de marijuana à des clients américains.

L'article continue après la vidéo de Jodie et Marc Emery parlant de l'activisme après la légalisation de la marijuana:

Adams fait partie des 10 anciens employés et clients réguliers de Cannabis Culture interrogés par le HuffPost Canada, qui ont certifié avoir été témoins ou avoir subi des attouchements et des commentaires sexuels inappropriés d'Emery, de 2005 à 2017.

«J'ai employé plus de 400 hommes et femmes depuis 1975, et peut-être 10 à 20 d'entre eux regrettent-ils cette expérience. La plupart de ceux qui ont travaillé pour moi ont connu un grand succès et une carrière heureuse. Certaines des personnes exprimant un regret ont été renvoyées de leur emploi et sont/étaient amers à ce sujet», a écrit Emery dans un message publié sur Facebook vendredi.

"Je ne peux rien faire contre les gens qui ont apprécié leur expérience au moment où ils se sont produits mais qui veulent maintenant me dénigrer parce qu'ils ont découvert une interprétation moderne et contemporaine de cette même expérience."

Une «job de rêve»

Adams a rencontré Emery à Toronto lors de la Marche mondiale de la marijuana en 2008. Ils ont gardé contact sur Facebook. «Certains des messages étaient vulgaires, mais étant une adolescente timide, je m'en suis un peu moquée et je l'ai laissé faire", a-t-elle conté.

Quelques mois plus tard, Emery l'a convaincue de monter dans un bus pour travailler pour lui à Vancouver. Elle est arrivée après un voyage de trois jours, a pris un taxi pour se rendre à son appartement, s'est douchée, a fumé de l'herbe et est sortie déjeuner avec Emery près du magasin Cannabis Culture.

Ensuite, elle a commencé ce qu'elle considérait comme une "job de rêve".

Darryl Dyck/Canadian Press
Un agent de police se tient devant le magasin Cannabis Culture lors d'une descente à Vancouver le 9 mars 2017.

Adams a fait savoir qu'elle avait rapidement compris que travailler pour Emery signifiait tolérer ses caresses, ses frottements à l'épaule et ses commentaires sur ses seins, ses fesses et sa garde-robe. Il lui arrivait parfois de lui «crier» après parce qu'elle ne répondait pas à ses attentes, et lui rappelait souvent qu'il pouvait la virer à tout moment.

«J'ai développé de l'anxiété et me suis réveillée souvent les matins en pleurant», a-t-elle raconté. «J'avais toujours des maux d'estomac parce que j'avais peur de le décevoir.»

Heather Bryant, qui travaillait également pour Emery, était chez Cannabis Culture le jour où Adams est arrivée de Toronto.

"Marc était dans son bureau, se vantant qu'il était son maître et seigneur - qu'il pouvait lui faire faire tout ce qu'il voulait", a déclaré Bryant.

Il s'est vanté d'être une figure paternelle.Melinda Adams

Durant l'été 2008, Adams a également vécu dans l'appartement de Emery et de son épouse, Jodie, pendant deux mois. Elle a dit que son patron se promenait nu et lui donnait des détails explicites sur sa vie sexuelle.

«J'étais dans une mauvaise passe dans ma vie, vivant de maison en maison. Je vivais seule depuis l'âge de 15 ans. Marc le savait. Il se vantait d'être une figure paternelle», a soutenu Adams.

«C'était un homme âgé qui allait essayer de m'enseigner des choses et de me donner une vie. C'est pourquoi j'ai tout enduré, mais je savais au fond de moi que ce n'était pas bien."

Jonathan Hayward/Canadian Press
Marc Emery s'adresse aux journalistes en dehors de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, à Vancouver, le 10 mai 2010, avant de se soumettre à une extradition vers les États-Unis, son épouse Jodie se tenant derrière lui.

Olive, qui décrit Adams comme "une fille très douce et super innocente" à son arrivée à Vancouver en 2008, corrobore son récit de sa vie et de son travail avec Emery.

Elle a ensuite déménagé seule et a géré le dépanneur d'Emery. Adams a quitté son poste auprès d'Emery après un an et est retournée en Ontario pour se rapprocher de sa famille.

«J'ai toujours été poli, correct et décent envers Mel. Je n'ai jamais profité de Mel, je ne l'ai jamais touchée sexuellement», a déclaré Emery via Twitter lundi, en réponse aux détails communiqués par Adams au HuffPost Canada. Il a dit qu'elle n'était censée vivre avec les Emery que pendant deux semaines, qui se sont transformées en deux mois.

«Mel et moi étions toujours en bons termes, a-t-il assuré.

Jodie Emery, qui est séparée de Marc, n'a pas répondu aux demandes de commentaires du HuffPost Canada.

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Les partisans de Marc Emery disent qu'il ne cache rien. Loretta Nall, 44 ans, vit en Alabama et a décrit Emery comme son ami, son mentor, son ancien employeur et son amant occasionnel.

Elle a dit que bien qu'Emery puisse être «incroyablement sexuellement descriptif et tout au plus, inapproprié», il n'a pas commis de comportement criminel.

«Si vous savez quoi que ce soit sur Marc, alors vous savez que c'est un gars hypersexuel avec un énorme ego, un esprit brillant et un cœur bon. Il a également une tendance pour les femmes un peu plus jeunes que lui (mais très en âge de consentir) et il n'a pas caché cela», a déclaré Nall dans un courriel.

«Tu sais ce que Marc pense et si tu n'aimes pas ses pensées, tu peux l'éviter. C'est vraiment aussi simple que ça.»

Paul Chiasson/CANADIAN PRESS
Marc Emery, fondateur de la marque Cannabis Culture, en compagnie de son épouse Jodie Emery, lors de l'ouverture d'un de leurs magasins de pot, le 15 décembre 2016 à Montréal.

Emery avait déjà affirmé au HuffPost Canada qu'il avait «embrassé quelques employés, hommes et femmes», qui le souhaitaient.

«Je dis des choses scandaleuses, mais je crois sincèrement n'avoir jamais fait de mal à qui que ce soit, ni agressé sexuellement quiconque, de toute ma vie", a-t-il également écrit dans une publication sur Facebook.

Il y a quelques années, Adams a raconté qu'elle avait commencé à parler à d'autres femmes qui avaient vécu des expériences similaires avec Emery et qu'elle s'était sentie exploitée par lui. Elle avait aussi compris qu'elle avait été manipulée et traitée de manière inappropriée.

«Je défendais toujours Marc quand j'étais enfant, mais il nous a conditionnés de manière à nous faire croire que nous étions spéciaux et chanceux», a déclaré Adams. «Maintenant avec le recul, cela ressemble presque à une zone crépusculaire, et ce à quoi je croyais était un mensonge."

L'année dernière, elle s'est sentie à la fois interpellée et encouragée par le mouvement croissant #MeToo. Raconter son histoire signifiait peut-être sauver d'autres femmes de l'influence et des avances indésirables d'Emery.

«Si quelqu'un venait me voir aujourd'hui pour me dire que Marc Emery fait venir une jeune de 17 ans dans un bus pour travailler pour lui, je m'inquiéterais tellement pour cette fille.»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.