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21/01/2019 13:09 EST | Actualisé 21/01/2019 16:09 EST

Les jeux d'évasion, une activité sécuritaire?

Oui, vous pouvez continuer à payer pour vous échapper d'une pièce sans craindre le pire, à Montréal.

GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP/Getty Images

Cinq adolescentes mortes dans un incendie, coincées dans un jeu d'évasion, en Pologne. Cette nouvelle a fait le tour du monde, au début du mois. Les jeunes filles étaient prisonnières d'une pièce fermée à clé (un divertissement qui gagne en popularité partout sur la planète), et elles ont été intoxiquées au monoxyde de carbone.

Le HuffPost Québec s'est demandé s'il était sécuritaire de s'adonner à ce genre d'activité à Montréal. Notre conclusion : vous pouvez continuer à payer pour vous faire «enfermer» dans une pièce sans craindre d'y rester pour l'éternité. Mais... restez vigilants!

«Je peux dire avec pas mal de certitude que Montréal est rendue une des villes les plus sévères et les plus sécuritaires pour les jeux d'évasion», lance Jonathan Driscoll, propriétaire d'Escaparium (quatre succursales: Montréal, Laval, Saguenay et Sherbrooke), et d'Ezcapaz (une succursale à Montréal).

Selon l'entrepreneur, la situation tragique qui s'est produite en Pologne pourrait difficilement survenir ici.

À VOIR: Un jeu d'évasion fait cinq morts en Pologne. L'article se poursuit sous cette vidéo.

Il affirme que lorsqu'il a voulu ouvrir sa succursale de Dorval, en 2016, il a contacté le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) pour être certain de respecter les normes, avant d'investir beaucoup d'argent dans ce projet. À sa grande surprise, le SIM n'avait pas de normes précises pour ce type d'établissement.

«On a beaucoup discuté avec eux, on leur a donné des exemples de ce qui se faisait en Ontario», ajoute Jonathan Driscoll.

Le SIM affirme être «très proactif» dans ce dossier depuis octobre 2016.

«Depuis plus d'un an, des visites des installations connues de l'île de Montréal ont été réalisées par le SIM et se poursuivent, a écrit par courriel la relationniste Mélanie Gagné, en réponse à une demande d'entrevue du HuffPost. Ces installations sont de type jeu d'évasion, labyrinthe et restaurant à la noirceur.»

Jusqu'à maintenant, 18 installations ont été inspectées, et 16 avis de non-conformité ont été émis.

22

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) effectue son propre recensement de jeux d'évasion, de labyrinthe et de restaurants à la noirceur sur l'île. Jusqu'à maintenant, le SIM a répertorié 22 établissements de ce type. Au Québec, il en existerait une cinquantaine.

Il n'existe pas de normes de sécurité particulières pour les jeux d'évasion. Ceux-ci doivent respecter les règles d'usage du SIM, concernant la prévention des incendies, ainsi que le Code de construction du Québec, sous la juridiction de la Régie du bâtiment du Québec.

Toujours une porte ouverte

Mais selon Jonathan Driscoll, une règle d'or devrait être observée : la porte ne devrait jamais être verrouillée (oui, même si le concept est de réussir à sortir d'une pièce).

«Si vous allez dans un jeu d'évasion et que la porte est réellement barrée, refusez de jouer! Les gens devraient toujours pouvoir sortir quand ils veulent», insiste-t-il.

Mais selon lui, toutes les installations de Montréal répondent à ce critère, depuis que le SIM a commencé sa tournée des jeux d'évasion.

Petit guide pour s'échapper vivant (!)

Selon Jonathan Driscoll, propriétaire d'Escaparium et d'Ezcapaz, voici quelques aspects à vérifier en arrivant dans un jeu d'évasion. Si l'une de ces mesures ne semble pas être respectée, fuyez (de préférence, avant que la porte ne se verrouille)!

  1. Il devrait toujours y avoir une porte qui reste déverrouillée dans la pièce où vous vous trouvez, ou, à tout le moins, qui peut se déverrouiller sur-le-champ.
  2. Si vous êtes menotté, il doit absolument s'agir de menottes «jouet», c'est-à-dire que vous pouvez les enlever vous-même simplement, sans avoir besoin d'une clé.
  3. Comme c'est le cas pour tout bâtiment au Québec, il devrait toujours y avoir de l'éclairage dans la pièce, et une sortie d'urgence clairement indiquée à proximité.

Les pompiers de Montréal ont d'ailleurs tenu un atelier de sensibilisation et d'information sur les aspects de sécurité dans les jeux d'évasion, en novembre dernier, et tous les propriétaires de ce type d'établissement y ont été conviés.

D'ailleurs, les possibilités de situations d'urgence ne se limitent pas aux incendies. Il pourrait également s'agir d'un participant victime d'un malaise. C'est pourquoi la plupart des établissements sont munis de caméras, dans chacune des pièces.

«Quelqu'un qui aurait un malaise, on est capable de le sortir en 30 secondes. Et dans le cas d'un incendie, je dirais qu'en une minute et 15 secondes, on est à l'extérieur», explique Pascal Contamine, propriétaire de Mission Morphéus.

Comment ça marche?

Les scénarios dont le but est réellement d'ouvrir une porte se font plus rares, maintenant. L'industrie a évolué, selon M. Driscoll, et on crée davantage de scénarios d'immersion dans un univers précis. Les objectifs sont diversifiés : aller sauver une sorcière, ou aider à mettre un meurtrier derrière les barreaux, par exemple.

Mais dans les scénarios dont le but est toujours d'ouvrir une porte, Jonathan Driscoll insiste: la porte d'entrée est toujours déverrouillée, dans ses établissements. Le but est donc d'ouvrir la seconde porte, située à l'autre bout de la pièce.

Emmanuel de Gouvello, propriétaire d'Échappe-toi (deux succursales, à Montréal et à Laval), affirme que ses établissements fonctionnent de la même façon.

Échappe-toi
La prison, une des pièces d'Échappe-toi, à Montréal.

«On part toujours du principe que les gens doivent pouvoir sortir à tout moment», indique celui qui soutient avoir été le premier à créer un jeu d'évasion au Québec, en 2014.

Ainsi, soit la porte d'entrée n'est pas verrouillée, soit il y a une seule porte, mais elle comporte un gros bouton rouge, sur lequel on peut appuyer pour sortir immédiatement.

Les deux propriétaires mentionnent que dans certains scénarios, les clients sont menottés.

«Mais ce sont toujours des menottes pour enfants, qu'on peut ouvrir soi-même, précise Jonathan Driscoll. Les vraies menottes, qu'on peut seulement ouvrir avec une clé, c'est très dangereux.»

«En Amérique du Nord, c'est très rare qu'on voit des problèmes de ce genre-là, ajoute celui qui a visité des jeux d'évasion partout dans le monde. Mais il y a des pays d'Europe où c'est vraiment plus dangereux. Je me suis déjà retrouvé dans des endroits pas très sécuritaires!»

«Ça m'est déjà arrivé de visiter des jeux d'évasion et de me dire : ''s'il y a un incendie, je ne suis pas sûr de m'en sortir vivant!''» se rappelle Emmanuel de Gouvello.

Selon ce dernier, les clients sont plus sensibilisés à cet aspect de sécurité, maintenant.

L'entrepreneur affirme d'ailleurs qu'il est en train de créer un regroupement informel de tous les propriétaires de jeux d'évasion du Québec.

«On a une réunion prochainement, et il sera certainement question de sécurité, après ce qui s'est passé en Pologne. Ces pertes humaines auraient pu être évitées, et c'est intolérable. On veut s'assurer que les gens qui voudraient créer des jeux d'évasion soient conscients des mesures de sécurité à respecter, qu'ils n'attendent pas l'inspection des pompiers pour corriger le tir.»