POLITIQUE
20/01/2019 22:15 EST | Actualisé 20/01/2019 22:31 EST

«Tout le monde en parle»: «gouverner dans la dignité» pour le bien-être des victimes de violences sexuelles

«J'aimerais que la politique québécoise s'inspire de vous, mesdames!» a déclaré Guy A. Lepage.

Sonia LeBel (CAQ), Véronique Hivon (PQ), Hélène David (PLQ) et Christine Labrie (QS) ont mis la partisanerie de côté pour s'attaquer à un important problème de société. (Crédit: Radio-Canada)
Radio-Canada
Sonia LeBel (CAQ), Véronique Hivon (PQ), Hélène David (PLQ) et Christine Labrie (QS) ont mis la partisanerie de côté pour s'attaquer à un important problème de société. (Crédit: Radio-Canada)

Comme Dany Turcotte l'a si bien écrit dans sa carte à Tout le monde en parle, la ministre de la Justice et ministre responsable de la Condition féminine, Sonia LeBel, ainsi que ses collègues de l'opposition, la libérale Hélène David, la péquiste Véronique Hivon et la solidaire Christine Labrie ont démontré qu'il est possible de «gouverner dans la dignité».

Les quatre femmes se sont réunies la semaine dernière, pour une première fois, afin de discuter de la création d'un tribunal spécialisé pour les victimes de crimes sexuels et de violence conjugale.

«Bravo pour cette initiative transpartisane», a déclaré d'emblée l'animateur Guy A. Lepage, qui n'a pas manqué de souligner que la confiance du public dans le système de justice a été ébranlée en raison du faible nombre d'accusations retenues contre Gilbert Rozon, entre autres.

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La députée de Joliette, Véronique Hivon, qui a été la première à réclamer ce tribunal spécialisé, dit qu'il n'est pas question de bafouer la présomption d'innocence des accusés ou de réduire le fardeau de la preuve des victimes.

«Je pense que notre responsabilité, c'est de montrer qu'on va travailler toutes ensemble et tous ensemble pour faire en sorte que ce soit le système, enfin, qui s'adapte à la réalité très particulière, très complexe, très intime des victimes d'agressions sexuelles et de violence conjugale, et non pas l'inverse», a décrit Mme Hivon.

L'idée serait d'adapter les règles de pratique afin de permettre des témoignages séparés en cour, ou encore de créer des centres intégrés pour les victimes avec les ressources nécessaires pour entamer le processus de guérison dès le moment où elles décident de porter plainte.

Des délais judiciaires «problématiques»

«Les victimes nous l'ont dit et redit: souvent, c'est dans l'heure qui suit (le dépôt de leur plainte) qu'elles sont prêtes à s'ouvrir», fait valoir Hélène David, qui a tenu des consultations à ce sujet lorsqu'elle était ministre de la Condition féminine dans le précédent gouvernement.

Les Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), qui remplissent ce rôle d'aide à l'heure actuelle, sont débordés depuis les dénonciations dans la foulée du mouvement #MoiAussi, déplore Christine Labrie.

Le mouvement #MoiAussi en lui-même est un signe de bris de confiance complet à l'égard du système de justice.Véronique Hivon, députée de Joliette

Les délais judiciaires n'aident pas. La ministre LeBel admet que ceux-ci sont «problématiques» dans les cas très médiatisés de M. Rozon ou de l'animateur Éric Salvail, entre autres. Il a fallu attendre de nombreux mois avant que des accusations soient déposées.

Ce n'est pas pour rien que de nombreux internautes se sont tournés vers les réseaux sociaux pour dénoncer les actes dont ils ou elles ont été victimes, avance Mme Hivon.

«Le mouvement #MoiAussi en lui-même est un signe de désaffection et de bris de confiance complet à l'égard du système de justice, dit-elle. Pourquoi tout le monde dénonce publiquement? C'est parce qu'elles n'ont pas confiance.»

Possible bataille juridique pour la fin de vie

La ministre LeBel a également été questionnée sur les deux Québécois gravement malades, Nicole Gladu et Jean Truchon, qui contestent la loi fédérale sur l'aide médicale à mourir devant la Cour supérieure du Québec.

La loi fédérale exige une mort «raisonnablement prévisible» pour les personnes souhaitant mettre fin à leurs jours dans la dignité. Ce critère est considéré comme trop flou et sujet à interprétation.

«Moi, je trouve ça vraiment choquant de voir qu'aujourd'hui, ce sont deux personnes gravement malades, très souffrantes, qui portent tout ce débat de société sur leurs épaules et vont devant les tribunaux pour se battre pour contester une loi qui ne respecte pas le jugement de la Cour suprême», a déploré Mme Hivon à ce sujet.

La ministre LeBel va-t-elle aller devant la Cour d'appel pour contester la loi d'Ottawa? C'est une «avenue possible», dit-elle, mais n'a pas souhaité commenter un procès en cours.

Guy A. Lepage a fait remarquer que c'était la deuxième fois en quelques mois que le plateau de Tout le monde en parle réunissait quatre élues des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale. «J'aimerais que la politique québécoise s'inspire de vous, mesdames!» a-t-il dit.