NOUVELLES
19/01/2019 10:28 EST | Actualisé 19/01/2019 16:02 EST

France: encore des milliers de gilets jaunes dans la rue

Malgré le «grand débat» lancé cette semaine par le président Emmanuel Macron.

Des dizaines de milliers de "gilets jaunes" ont manifesté pour le dixième samedi consécutif à travers la France, avec quelques heurts parfois violents notamment à Bordeaux, malgré le lancement par le président Emmanuel Macron du "grand débat" qui peine à apaiser cette fronde populaire née il y a deux mois.

Quelque 84 000 "gilets jaunes" ont manifesté à travers le pays, comme la semaine précédente, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.

La mobilisation était en léger recul à Paris, avec 7 000 manifestants, contre 8 000 samedi dernier, selon la même source. Le décompte des autorités est contesté par les manifestants depuis le début de ce mouvement social inédit lancé le 17 novembre.

"Macron démission !" pouvait-on entendre dans le cortège à Paris. "Grand débat l'arnaque", accusait une pancarte de tête. La manifestation n'a donné lieu qu'à quelques heurts dans l'après-midi dans le quartiers des Invalides, la police recourant au canon à eau et aux gaz lacrymogènes avant le retour au calme.

ZAKARIA ABDELKAFI via Getty Images
Un manifestant tenant une pancarte d'Emmanuel Macron où il est écrit «Je ne suis pas arrogant!».

Des heurts plus sérieux ont eu lieu en province, notamment à Bordeaux, où en marge d'une manifestation de 4 000 personnes, les journalistes de l'AFP ont notamment vu de jeunes hommes masqués et très organisés utiliser disqueuses et marteaux pour déterrer, casser et transporter des pavés destinés à servir de projectiles.

Au moins cinq voitures ont été brûlées en centre-ville. Les forces de l'ordre ont procédé à 49 interpellations.

«Changer le système»

Des heurts plus ou moins violents ont aussi eu lieu notamment à Angers (ouest), Rennes (ouest), Rouen (nord-ouest), Caen (nord-ouest) Nancy (est), Lyon (centre-est), Toulouse (sud-ouest), où un record de 10 000 manifestants a été enregistré par la police.

"Le grand débat n'aboutira à rien. On fait parler les gens pour qu'ils se calment, mais c'est le système qu'il faut changer", a dit à l'AFP Paul Merluzzo, 56 ans, manifestant à Nancy.

PASCAL GUYOT via Getty Images
Des gilets jaunes protestent sur les rails à Béziers, dans le sud de la France.

Le nombre de manifestant, qui n'a pas reflué depuis le samedi précédent, n'augure pas d'un grand effet, sur les manifestants les plus déterminés, du "Grand débat national" lancé par le président Macron afin de juguler la crise sociale, la pire depuis son élection en 2017.

La journée de mobilisation du 12 janvier, avec plus de 80 000 manifestants recensés par les autorités, avait douché les espoirs du gouvernement qui misait sur l'essoufflement du mouvement observé lors des fêtes de fin d'année.

«Grand bluff»

Quelques centaines de milliers de "gilets jaunes" avaient manifesté les samedis de novembre et décembre, réclamant en particulier un allégement de la fiscalité et l'établissement d'un référendum d'initiative citoyenne. Des concessions du gouvernement visant à accroître le pouvoir d'achat des plus modestes, d'un coût de 10 milliards d'euros, n'avaient pas suffi à calmer la tempête.

Mais les heurts ce samedi n'avaient aucune commune mesure avec les scènes d'émeutes urbaines de certaines manifestation précédentes, dont les images ont écorné l'image de la France, première destination touristique mondiale.

Comme samedi dernier, environ 80 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés en France.

PHILIPPE LOPEZ via Getty Images
Des milliers de gilets jaunes défilent à Paris.

À Paris, certains manifestants arboraient une rose en hommage aux dix personnes mortes depuis novembre, pour la plupart lors d'accidents à des barrages organisés par les manifestants sur les routes. Plus de 2 000 personnes ont en outre été blessées, manifestants et forces de l'ordre confondus.

L'usage du lanceur de balles de défense (LBD) par les forces de l'ordre, que la France est un des rares pays européens à utiliser, fait l'objet d'une vive polémique, en raison des blessures graves subies par certains manifestants.

M. Macron poursuit pour sa part sa tournée à travers la France avec des débats marathons réunissant des centaines de maires. "Je vous mets en garde, monsieur le président: il ne faudra pas que ce débat devienne le grand bluff !" l'a averti un maire.

Des discussions doivent aussi être organisées entre citoyens sur les thèmes du pouvoir d'achat, de la fiscalité, de la démocratie et de l'environnement, et de leurs revendications enregistrées.

Le président promet d'entendre les doléances exprimées, mais nombre de "gilets jaunes" voient dans le grand débat le moyen d'enterrer leurs revendications.