POLITIQUE
16/01/2019 17:18 EST | Actualisé 16/01/2019 18:40 EST

Le projet Royalmount, une «bombe» lâchée sur le milieu culturel de Montréal

Les salles de spectacles du centre-ville pourraient perdre gros avec la concurrence provenant de ce projet controversé.

Courtoisie - Carbonleo

L'arrivée du méga-centre commercial Royalmount «cannibalisera» l'offre culturelle du centre-ville et fragilisera «l'écosystème culturel» de la métropole. Le président du Partenariat du Quartier des spectacles ne mâche pas ses mots et évoque l'idée d'un BAPE pour le milieu culturel.

Jacques Primeau, président du Partenariat du Quartier des spectacles, a lancé un vibrant plaidoyer contre le projet Royalmount mercredi, en marge d'une annonce sur les retombées économiques des salles de diffusion du centre-ville. Il craint des impacts majeurs, voire des fermetures, dans le milieu culturel montréalais ainsi que dans les bars et les restaurants qui en dépendent.

«Il se vend 3,5 millions de billets par année dans la grande région de Montréal et c'est stable depuis quelques années. Et là on arrive avec une offre de 800 000, 1 million, 1,5 million de billets de plus. C'est une bombe», lâche-t-il.

Courtoisie - Ville de Montréal/Fabrice Gaëtan
Le Monument National fait partie des importantes salles de diffusion du Quartier des spectacles qui risquent d'être affectées par le projet Royalmount.

Un BAPE culturel?

M. Primeau estime que l'arrivée d'un joueur comme le Royalmount aurait un impact majeur sur «l'écosystème culturel» de Montréal. Il déplore que la Ville et les différents acteurs du milieu n'aient pas accès à un système semblable au Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) pour avoir un portrait plus complet de cet impact.

«En environnement, quand quelqu'un a un projet privé, souvent on va demander un BAPE pour savoir quel impact ça a sur l'écosystème. Eh bien, quand on ouvre 5000 places de ventes de billets, qu'est-ce que ça va faire dans l'écosystème culturel de Montréal? Il n'y en a pas de BAPE culturel!», lance-t-il.

M. Primeau prédit une «cannibalisation» de l'offre culturelle actuellement présente au Quartier des spectacles ainsi qu'ailleurs à Montréal et dans les couronnes nord.

Christine Gosselin, responsable de la culture pour l'administration Plante, ajoute que plusieurs lieux de diffusion suscitent un attachement profond qui dépasse l'offre culturelle.

«Il y a des salles qui sont là depuis très longtemps. Elles ont vraiment une présence identitaire, des fois patrimoniales, dans leur quartier. Elles ne peuvent pas être remplacées par quelque chose d'autre», souligne-t-elle.

Olivier Robichaud
Christine Gosselin, responsable de la culture au sein de l'administration de Valérie Plante, à Montréal.

Grossir la tarte

Carbonleo, l'entreprise derrière le Royalmount, affirme plutôt que l'offre culturelle sera «complémentaire» à ce qui existe déjà. Le promoteur souhaite profiter de la hausse de l'achalandage des salles de spectacles de Montréal et du Québec depuis quelques années.

D'ailleurs, selon l'Institut de la statistique du Québec, les lieux de diffusion de Montréal ont vendu presque 4 millions de billets en 2017. Il y a donc une augmentation par rapport aux 3,5 millions mentionnés par M. Primeau.

Contacté par le HuffPost Québec, Carbonleo affirme que la réussite de ses salles repose, entre autres, sur l'augmentation continue du tourisme à Montréal.

L'entreprise souhaite grossir la «tarte» de l'offre culturelle plutôt que découper de nouvelles parts.

Les profits des restos siphonnés?

Les données dévoilées mercredi montrent que les spectateurs du Quartier des spectacles dépensent presque autant dans les bars, les restaurants et les boutiques du secteur que pour le show qu'ils vont voir. À l'automne 2017, sur l'ensemble des 64,5 M$ dépensés dans ce quartier névralgique par les acheteurs de billets, environ 25,9 M$ se sont retrouvés ailleurs que dans les salles de spectacles. Principalement dans les restaurants et les bars.

Le portrait est semblable près du Cinéma Beaubien et du Théâtre Corona.

Courtoisie - Ville de Montréal
Le Cinéma Beaubien, à Rosemont, fait partie des salles de diffusion qui amènent d'importantes retombées économiques dans les quartiers de Montréal, selon la Ville.

«L'offre culturelle qu'on a en ce moment, c'est presque du un pour un [en termes de retombées]. S'il y a 1$ qui est dépensé dans les salles du Royalmount, et bien ce sont 2$ qui sont perdus dans les pôles culturels qu'on a développés. Qui sont vivants. Qui sont sur notre territoire, mais aussi qui sont très bien coordonnés», explique Robert Beaudry, responsable du développement économique au sein de l'administration Plante.

M. Beaudry ajoute que les salles de spectacles du centre-ville sont beaucoup plus facilement accessibles sans voiture que les éventuelles salles du Royalmount.

Les sociétés de développement commercial (SDC), qui coordonnent l'offre sur les grandes artères commerciales, sont contre le projet Royalmount. La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) y est plutôt favorable.

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«Le projet soulève également l'enjeu de son incidence sur l'achalandage des artères commerciales du centre-ville. [...] Il faut cependant bien comprendre que le dynamisme retrouvé de la métropole se traduira inévitablement par des projets stratégiques susceptibles d'accroître les déplacements et de concurrencer les commerces existants. C'est la nature même du renouvellement de la base économique de proposer de nouveaux projets dont l'ambition est d'offrir une réponse actualisée aux besoins des citoyens», lit-on dans le mémoire déposé par la CCMM à la Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation de la Ville de Montréal, qui tient actuellement des audiences publiques sur le projet Royalmount.

Le projet Royalmount fait couler beaucoup d'encre depuis les derniers mois, notamment à cause de la congestion accrue prévue sur les autoroutes 15 et 40. Des audiences publiques se poursuivent les 16, 17 et 24 janvier devant la Commission sur le développement économique et urbain et l'habitation de la Ville de Montréal.

Plusieurs observateurs doutent toutefois des réels pouvoirs de Montréal de bloquer ou d'influencer le projet. Ces pouvoirs se trouveraient plutôt à Québec, mais le gouvernement caquiste n'a pas encore montré ses intentions.