POLITIQUE
10/01/2019 10:25 EST | Actualisé 10/01/2019 14:24 EST

Scott Brison remet sa démission

Justin Trudeau effectuera un remaniement ministériel lundi.

OTTAWA - Scott Brison a choisi de quitter une carrière politique qu'il aime afin de passer avec sa famille plus de temps que ce que la politique lui permettait.

Après avoir représenté la circonscription de Kings-Hants en Nouvelle-Écosse pendant 22 ans - initialement à titre de député progressiste-conservateur avant de se joindre aux libéraux en 2003 -, M. Brison a déclaré à La Presse canadienne qu'il était mûr pour du changement. Il a décidé de ne pas se représenter aux élections cet automne.

Il ne sait pas s'il restera député libéral jusqu'au vote du 21 octobre, mais il démissionnera prochainement du cabinet du premier ministre Justin Trudeau, où il est président du Conseil du Trésor.

"J'ai informé le premier ministre que je ne me représenterais pas, mais je lui ai également dit que je souhaitais abandonner rapidement mes responsabilités au cabinet et soutenir la transition vers un nouveau ministre, a expliqué M. Brison lors d'un entretien. Mon opinion personnelle est que le premier ministre et le gouvernement seront mieux servis par des ministres qui se présenteront aux prochaines élections."

Il a indiqué qu'il annonçait sa décision maintenant afin de donner aux libéraux de sa circonscription le temps d'organiser une course à l'investiture pour choisir qui portera les couleurs du parti lors du prochain scrutin.

Remaniement en vue

Le départ de Scott Brison entraînera au moins un petit remaniement ministériel, mais des rumeurs permettent de croire que M. Trudeau apportera plusieurs modifications à son cabinet. Le bureau du premier ministre a confirmé que le remaniement aurait lieu lundi.

À une époque de cynisme croissant envers la politique, M. Brison se dit passionné par la possibilité de faire une différence dans la vie des gens. "Je crois maintenant, plus que jamais auparavant, que le gouvernement est important, que les députés sont importants et que la politique est importante. Il n'y a pas de domaine d'activité dans lequel vous pouvez autant améliorer la vie des gens", a-t-il déclaré.

Alors, pourquoi se retirer de la vie politique qu'il aime tant? Il a offert trois raisons. "

On dit que la vie commence à 50 ans. Eh bien, j'ai 51 ans et je suis prêt à relever de nouveaux défis.Scott Brison

Il a ajouté qu'il irait probablement vers le milieu des affaires. Il a aussi dit qu'il voulait partir pendant qu'il était "au sommet" de sa carrière politique.

Mais avant tout, il a déclaré que la décision avait été prise pour sa famille, son mari Maxime St-Pierre et leurs jumelles Rose et Claire, âgées de quatre ans. "Je pense que Max, Rose et Claire, ce sont des miracles pour moi."

L'affaire Norman

M. Brison a par ailleurs nié, jeudi, que son départ soit en aucune façon lié à la controverse entourant son rôle dans la suspension du vice-amiral Mark Norman, commandant en second de l'armée, accusé d'avoir divulgué des secrets du cabinet. Les avocats de la défense devraient faire de M. Brison un témoin-clé au procès en août, quelques semaines à peine avant le début de la campagne électorale.

"J'aurais pris la même décision même si cette affaire ne s'était jamais produite", a-t-il déclaré, refusant de discuter davantage de questions qui sont actuellement devant les tribunaux.

Certains croient que M. Brison a fait pression sur le gouvernement Trudeau nouvellement élu, en 2015, afin qu'il suspende le contrat de 700 millions $ pour la construction d'un nouveau navire de ravitaillement de la Marine. Ce report aurait incité le vice-amiral Norman à divulguer des secrets aux chantiers maritimes Davie, de Lévis, afin de pousser les libéraux à maintenir en vie le projet.

M. Brison a expliqué en Chambre qu'il avait simplement fait son travail, à titre de président du Conseil du Trésor, afin de s'assurer que les contribuables obtenaient un bon rapport qualité-prix pour le contrat. Il a également démenti les allégations portées par les avocats de M. Norman et des députés de l'opposition, qui lui reprochent d'avoir oeuvré en faveur des chantiers maritimes d'Irving, à Halifax _ dans sa province.

Deux pages d'histoire

Scott Brison est entré dans l'histoire en tant que premier ministre fédéral du Canada ouvertement homosexuel et à nouveau en tant que premier homme politique fédéral à épouser son partenaire de même sexe.

Pourtant, l'homosexualité n'a été décriminalisée au Canada que deux ans après sa naissance.

"J'ai passé les deux premières années de mon existence destiné à une vie dans la criminalité", a-t-il plaisanté.

Mais M. Brison est devenu ému en parlant de la transformation des droits des homosexuels depuis que la Charte des droits et libertés a été inscrite dans la Constitution canadienne en 1982 et des débats ultérieurs qui ont abouti à l'égalité des couples de même sexe.

"Quand j'ai réalisé que j'étais gai, quand j'ai totalement accepté de l'être, je me suis dit que ma vie allait être très compromise", a déclaré le politicien, des larmes dans la voix.

"Je croyais qu'accepter le fait que j'étais gai signifiait entre autres que je n'allais jamais pouvoir entrer dans la vie publique ou accomplir les choses que je souhaitais faire. Je croyais que ça signifierait que je ne pourrais jamais me marier ou avoir d'enfants."

"Je me sens vraiment très chanceux de pouvoir faire partie de ce changement dans l'histoire (...) à un moment où ces décisions ont été prises qui ont réellement fait une différence, non seulement dans la vie des Canadiens en général, mais aussi dans ma propre vie."

Justin Trudeau a réagi au départ de M. Brison dans un message publié sur Twitter.

"Pendant 22 ans, il a défendu sans relâche les intérêts des citoyens de la N.-É. et du reste du Canada, tout en restant l'une des personnes les plus aimables du milieu. ?scottbrison, votre dévouement a fait du Canada un pays meilleur. Un immense merci à vous, Max et les filles."

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