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10/01/2019 13:22 EST | Actualisé 10/01/2019 15:50 EST

Aborder la sexualité avec les enfants, une façon de prévenir les violences sexuelles

Un ouvrage encourageant les parents catholiques à retirer leur enfant des cours d'éducation sexuelle a provoqué une levée de boucliers.

dolgachov via Getty Images
Les cours d'éducation sexuelle font un retour dans les écoles primaires et secondaires de la province depuis septembre.

Le livret qui encourage les parents catholiques à retirer leur enfant des cours d'éducation sexuelle, relayé par l'archevêché de Montréal, inquiète la Fondation Marie-Vincent, un organisme qui oeuvre auprès d'enfants victimes de violences sexuelles.

«C'est important de faire l'éducation à la sexualité et aux relations égalitaires pour prévenir les violences sexuelles, ç'a été démontré que c'est un moyen efficace de prévention», affirme la sexologue et psychothérapeute Annie Fournier, directrice des services professionnels à la Fondation Marie-Vincent.

Mme Fournier rappelle qu'au Québec, une fille sur cinq et un garçon sur dix sont victimes de violence sexuelle avant l'âge de 18 ans.

Le fait d'expliquer les choses aux enfants, de leur donner du vocabulaire, ça leur donne aussi la possibilité de dévoiler.Annie Fournier, Fondation Marie-Vincent

Et quand on ne répond pas aux questions d'un enfant sur la sexualité... on répond quand même, illustre-t-elle: «Les enfants ne sont pas fous, ils comprennent que c'est tabou. Et s'ils sont abusés par la suite, ils auront moins tendance à le dénoncer, parce qu'ils penseront qu'il ne faut pas parler de ça. Le fait d'expliquer les choses aux enfants, de leur donner du vocabulaire, ça leur donne aussi la possibilité de dévoiler.»

Malheureusement, c'est encore moins de 20 % des agressions qui sont dénoncées en général, au Québec, souligne Annie Fournier.

Le diocèse se distancie

L'outil pédagogique en question est rédigé par un membre du clergé et un médecin cardiologue. On y retrouve notamment un contrat à faire signer par l'enseignant, qui prévoit que l'enfant sorte de la salle de classe pendant la tenue des cours d'éducation sexuelle, redevenus obligatoires dans toutes les écoles primaires et secondaires de la province depuis l'automne (quoique, dans la réalité, plusieurs écoles ne les dispensent pas encore).

Jeudi après-midi, l'archevêché de Montréal s'est toutefois dissocié de cette initiative, même s'il reconnaît avoir relayé l'information, au départ.

Des extraits inquiétants

Le guide pédagogique écrit par l'abbé Robert Gendreau (qui est par ailleurs directeur du service de pastorale liturgique au Diocèse de Montréal) et le cardiologue Raouf Ayas comprend aussi plusieurs citations problématiques, selon la sexologue.

Dans leur guide, les deux hommes se basent sur le principe de «latence» chez les enfants de 6 à 12 ans, qui sont «sexuellement endormis».

«Il sera donc toujours préjudiciable au sain développement de l'enfant de forcer sa pudeur naturelle. L'action gouvernementale en ce sens pourrait être considérée comme une agression, alors que c'est exactement ce qu'elle prétend vouloir prévenir», peut-on lire dans l'ouvrage vendu au coût de 10$ sur Amazon.

«On utilise des mots très forts qui sont dangereux, lance Annie Fournier. On confond totalement ce qu'est une agression. Ce qui est problématique, c'est de ne rien dire.»

Mme Fournier note également que la notion de relation égalitaire ne semble pas abordée dans le document relayé par l'archevêché de Montréal.

«Les filles seront toujours plus portées à jouer avec des poupées que les garçons», peut-on y lire.

Annie Fournier ajoute que la sexualité et la notion de relation égalitaire doivent être abordées même pendant la petite enfance. La Fondation Marie-Vincent a d'ailleurs lancé le programme Lanterne, destiné aux enfants de 0 à 5 ans. Ce projet-pilote vise à donner des outils aux parents et aux éducateurs pour répondre aux questions des enfants et savoir distinguer des comportements sexuels normaux (parce que oui, les jeunes enfants en ont!) de situations où ils devraient intervenir.

Pas d'exemptions

Par ailleurs, le ministre de l'Éducation a spécifié jeudi matin que Québec n'accordera pas d'exemptions concernant les cours d'éducation sexuelle.

Un projet mal ficelé

Pour la Fédération autonome de l'Enseignement, la publication de cet outil pédagogique démontre que le projet de ramener les cours d'éducation sexuelle dans les écoles est mal ficelé.

Selon son président, Sylvain Mallette, les ressources et le matériel pour ces enseignements insérés dans le cursus régulier (et non des cours d'éducation sexuelle à proprement parler) ne sont pas au rendez-vous, et toute la pression est présentement sur les enseignants.

«Le ministre doit prendre un pas de recul par rapport à ce projet instauré par le gouvernement libéral et lancer un véritable débat sur la question, avec tous les gens concernés, affirme-t-il. Sinon, dans deux semaines, quel autre groupe va tirer profit de la situation?»