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10/01/2019 10:51 EST | Actualisé 10/01/2019 10:51 EST

France: le cardinal Barbarin, accusé d'avoir protégé un prêtre pédophile, sera probablement exonéré

Il aurait couvert des gestes avoués par le père Bertrand Preynat pendant des années.

LYON, France — Le plus important procès jamais organisé en France concernant des agressions sexuelles par des membres du clergé aboutira probablement à l'acquittement d'un cardinal et d'autres hauts responsables catholiques accusés d'avoir protégé un prêtre pédophile, en dépit des années d'efforts de ses victimes pour obtenir justice.

Le père Bernard Preynat a avoué avoir maltraité des scouts et ses victimes ont expliqué que la hiérarchie de l'Église l'a couvert pendant des années, ce qui lui a permis de travailler avec des enfants jusqu'à sa retraite de 2015.

Mais au moment où le procès a finalement débuté devant un tribunal de Lyon cette semaine, le délai de prescription avait expiré pour certaines accusations. Et même la procureure a plaidé mercredi contre la condamnation du cardinal Philippe Barbarin et d'autres responsables de l'Église, avouant qu'il n'y avait aucune manière de prouver que des actes illicites avaient été commis.

Les avocats des victimes semblaient avoir peu d'espoir d'obtenir une condamnation, malgré un procès émotionnel au cours duquel des hommes adultes ont raconté la peur et la honte de leur enfance après avoir été victimes d'agressions présumées.

«Ce n'était pas une surprise», a déclaré l'avocat Yves Sauvayre à la suite de cette demande inhabituelle de la procureure.

Néanmoins, les victimes espèrent que le procès débouchera sur une plus large prise en compte par le public des agressions sexuelles perpétrées par des membres du clergé en France, qui est principalement catholique.

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Le procès s'est terminé jeudi et le juge décidera de la suite. Le verdict est attendu le 7 mars, et le cardinal Barbarin risque jusqu'à trois ans de prison et 45 000 euros d'amende s'il est reconnu coupable.

Le père Preynat sera jugé séparément pour violences sexuelles sur plusieurs enfants. Jusqu'à présent, 13 victimes sont impliquées dans cette affaire, mais il est accusé d'avoir maltraité jusqu'à 70 enfants. Le père Preynat n'a pas publiquement parlé des accusations portées contre lui, mais il a écrit des lettres à certaines familles dans lesquelles il avouait des agressions perpétrées dans les années 1970 et 1980.

Le procès de cette semaine à Lyon a toutefois été plus significatif, car il a impliqué certains des plus puissants dirigeants catholiques de France — et a même éclaboussé le Vatican. Le cardinal Luis Ladaria, le haut responsable du Vatican dans les affaires d'agressions sexuelles, figurait parmi les accusés, mais il a évité de comparaître devant le tribunal en raison de son immunité diplomatique.

Déclarant qu'elle «ne soutenait personne» dans cette affaire, la procureure Charlotte Trabaut a affirmé que le délai de prescription était expiré pour non-assistance à une personne en danger et qu'il n'existait pas suffisamment de preuves pour inculper des responsables de l'Église de ne pas avoir signalé des actes de violence sexuelle contre un mineur.

Le bureau du procureur avait recommandé en 2016 que l'affaire soit classée pour les mêmes raisons. Les victimes ont néanmoins utilisé une procédure spéciale pour porter l'affaire devant les tribunaux.

Monseigneur Barbarin, 68 ans, a témoigné qu'il avait été accusé injustement, en disant: «Je ne vois pas de quoi je suis coupable».

France: le cardinal Barbarin, accusé d'avoir protégé un prêtre pédophile, sera probablement

Le diocèse de Lyon a décidé de garder le père Preynat comme prêtre même après que les parents d'un scout eurent écrit une lettre au cardinal de l'époque en 1991, décrivant les mauvais traitements. Le diocèse l'a retiré des scouts et transféré vers une autre paroisse.

Les victimes ont accusé le cardinal Barbarin, devenu archevêque de Lyon en 2002, d'avoir permis au père Preynat de continuer à servir en tant que prêtre ayant des contacts avec les enfants, malgré des années de rumeurs concernant ses actions.

François Devaux, l'enfant qui a parlé de cette agression à ses parents, a maintenant 38 ans et est marié et père de trois enfants. M. Devaux et Alexandre Hezez, un autre ancien scout, ont créé une association pour retrouver d'autres victimes présumées.

Parmi eux, Christian Burdet, aujourd'hui âgé de 53 ans.

Dans un témoignage ponctué de pauses poignantes, M. Burdet a expliqué avoir été contraint de se rendre en pyjama à la tente du père Preynat dans un camp de scouts à la fin des années 1970. «Preynat venait souvent à la maison, il passait inaperçu, il faisait partie de la famille», a-t-il déclaré.

«Je crois en Dieu, mais je ne crois plus en ces hommes d'Église, a déclaré M. Burdet. J'ai l'impression que plusieurs gens savaient (...) J'aimerais savoir pourquoi un tel pervers est resté si longtemps dans le giron de l'Église.»

«Je ne suis pas ici dans un esprit de vengeance, a-t-il insisté. Je suis ici pour exprimer les faits et pour que les hommes d'Église entendent ce que j'ai à dire.»

Le cardinal Barbarin a affirmé avoir interrogé le prêtre en 2010 et «demandé si les rumeurs étaient vraies. Il a confirmé de nombreux faits, mais il m'a juré que cela ne s'était pas passé depuis 1990. Je m'en tiens à ce qu'il m'a dit».

Monseigneur Barbarin a ajouté qu'il avait demandé conseil au Vatican et qu'il «avait fait exactement ce que Rome m'avait demandé de faire». Le cardinal Ladaria lui aurait conseillé de punir le père Preynat, mais d'éviter le scandale.

Les autres accusés avaient une attitude similaire. Au début, le cardinal Barbarin et les cinq autres accusés ont refusé de répondre aux questions du juge, provoquant sa colère.

L'affaire est surveillée de près par le Vatican. Le pape François, dont l'attitude envers les agressions sexuelles commises par le clergé menace l'héritage de son pontificat et a torpillé la crédibilité de la hiérarchie catholique, a félicité monseigneur Barbarin pour son courage et déclaré que la justice française devait suivre son cours.