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09/01/2019 15:19 EST | Actualisé 09/01/2019 15:23 EST

«The Upside»: Bryan Cranston critiqué pour «avoir pris» le rôle d'une personne handicapée

Une controverse à laquelle François Cluzet n’avait pas eu à faire face au moment de la sortie du film «Intouchables», en 2011...

STX Film

Alors que sort en fin de semaine The Upside (Sous un autre jour) sur les écrans nord-américains, le remake américain de la comédie française à succès Intouchables, l'acteur Bryan Cranston s'est défendu de jouer le rôle d'un handicapé au grand écran.

Dans cette adaptation du film d'Olivier Nakache et Éric Toledano, Bryan Cranston et Kevin Hart reprennent les rôles de François Cluzet et Omar Sy. Mais de l'autre côté de l'Atlantique, huit ans après la version originale, ce remake soulève la question de la représentation des personnes handicapées devant et derrière la caméra dans le milieu du cinéma.

Bryan Cranston, célèbre pour son rôle dans Breaking Bad, a évoqué ce sujet devant la British Press Association, ce mardi 8 janvier. «En tant qu'acteur, on nous demande de jouer d'autres gens, a d'abord expliqué celui qui incarne Philip, un riche tétraplégique dans ce film. Si je suis une personne âgée hétérosexuelle et que je suis riche, je suis très chanceuse, mais cela signifie-t-il que je ne peux pas jouer une personne qui n'est pas riche? Est-ce que cela signifie que je ne peux pas jouer un homosexuel?», s'est questionné Bryan Cranston.

Par cette réponse, l'acteur s'est défendu des éventuelles critiques sur le choix de ne pas faire jouer une personne réellement handicapée. Mais il a tout de même reconnu que les acteurs handicapés devraient avoir «plus d'opportunités» au cinéma, déclarant également: «Je ne sais pas où la restriction s'applique, où est la limite? Je pense qu'il est utile de débattre de ces questions».

Mais c'est surtout une phrase, prononcée par Cranston qui a suscité le plus de réactions et provoqué le débat qu'il appelait lui-même de ses vœux: "Je pense qu'avoir été choisi pour ce rôle d'un tétraplégique a vraiment été une décision professionnelle", a-t-il déclaré, comme le rapporte SkyNews.

Condamnable au même titre que le white-washing?

Suite aux propos de l'acteur, c'est sur Twitter que les principales critiques ont émergé. Selon la plupart des commentateurs, ne pas choisir un acteur handicapé pour le rôle est une décision très dommageable pour les acteurs handicapés, dont le nombre de rôles au cinéma reste infime.

D'autres ont également rapproché cette «décision professionnelle» d'autres cas similaires ayant provoqué de vives réactions ces derniers mois. Les cas de Scarlett Johansson et Emma Stone (pour un rôle de personnage transgenre et pour celui d'une femme asiatique) ont été souvent cités en référence. Pour ces internautes, le même genre de discriminations serait en œuvre dans ce remake du film Intouchables.

«Il y a des acteurs handicapés, mais pas de stars handicapées et les studios ne veulent pas parier sur un inconnu. Leur crainte rend cela plus difficile pour les acteurs marginalisés de se faire une place dans l'industrie du spectacle et voilà pourquoi nous avons Scarlett Johansson pour jouer une Asiatique et une transgenre.»

«En tant qu'utilisateur de fauteuil roulant, je ne pourrais jamais jouer Bryan Cranston, alors pourquoi diable peut-il jouer quelqu'un comme moi?! C'est ce que les gens ne comprennent pas... Les acteurs handicapés ne sont pas autorisés à jouer des personnages qui ne sont pas handicapés et, dans certains cas, nous ne pourrons jamais jouer quelqu'un qui n'est pas handicapé.»

«Bryan Cranston fait parler de lui pour avoir été choisi pour le rôle d'un homme tétraplégique. Je vois beaucoup de gens le défendre, en disant que c'est son travail en tant qu'acteur. En tant qu'acteur handicapé moi-même, permettez-moi de souligner que de tels rôles sont les seuls rôles pour lesquels des acteurs handicapés seraient considérés... Mais nous ne le sommes toujours pas.»

«Alors oui, c'est de la merde que Bryan Cranston ait obtenu ce rôle. Vous ne pouvez pas simplement dire qu'on manque de célèbres acteurs handicapés, il faut prendre en compte le système qui perpétue cela.»

«Pour quelqu'un avec de l'influence dans l'industrie du cinéma et qui est clairement sensible à la cause du handicap, peut-être que Bryan Cranston pourrait insister pour qu'il y ait un casting et une équipe composés de personnes handicapées dans la clause d'inclusion de ses prochaines productions, mais vous savez, c'est juste une décision professionnelle.»

C'est pourtant un sujet sur lequel l'acteur est bien placé pour s'exprimer puisque pendant six ans, il a donné la réplique à RJ Mitte dans Breaking Bad. Acteur atteint d'une infirmité motrice cérébrale, il s'est fait une place à Hollywood grâce à son rôle de Walter Junior, le fils de Walter White dans la série.

Ursula Coyote/AMC
RJ Mitte et Bryan Cranston dans la série "Breaking Bad".

Notons qu'en France, le rôle de François Cluzet dans le film Intouchables n'avait pas provoqué de telles réactions, ni même un simple questionnement sur l'intérêt de choisir un acteur handicapé plutôt qu'un acteur célèbre pour un rôle de ce type. Même cas de figure pour De rouilles et d'os de Jacques Audiard sorti l'année suivante, dans lequel Marion Cotillard incarnait une femme amputée des deux jambes à la suite d'un accident avec une orque.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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