POLITIQUE
09/01/2019 11:03 EST | Actualisé 09/01/2019 11:03 EST

Le gouvernement Trudeau devrait créer un système de garderie universel, dit une spécialiste

Cela stimulerait la participation des femmes au marché du travail, croit Kate Bezanson.

Adrian Wyld/La Presse canadienne
Photo d'archives.

OTTAWA — Le «gouvernement féministe» de Justin Trudeau devrait en faire plus pour créer un système de garderie universel et éviter que le financement ne se noie dans la politique électorale, plaide une spécialiste.

Le Trésor fédéral devrait dépenser 7,5 milliards $ sur dix ans pour financer des places en garderie partout au pays.

Le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, doit se rendre à Hamilton mercredi pour parler de l'engagement des libéraux en matière de garde d'enfants, qui coûtera 1,3 milliard $ au cours des trois premières années et qui pourrait créer ou maintenir 40 000 places subventionnées à l'échelle nationale.

Kate Bezanson, de l'Université Brock, souligne dans un article publié dans le dernier numéro du «Journal of Law and Equality», qu'un «gouvernement féministe» autoproclamé devrait envisager l'avenue d'un système universel, afin de stimuler la participation des femmes au marché du travail.

Mme Bezanson, une experte sur les politiques féministes et la présidente du département de sociologie de l'Université Brock, a déclaré en entrevue qu'il existait un décalage entre les politiques des libéraux, en particulier en ce qui concerne les dépenses de garde d'enfants et les nouvelles politiques de congé parental, et leur discours sur l'égalité des sexes.

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Dans certains cas, les politiques du gouvernement semblent reproduire celles du précédent gouvernement conservateur, que les libéraux critiquent fréquemment.

«Cette déconnexion (...) est remarquable pour un gouvernement qui prend de nombreuses mesures féministes très importantes», a souligné Mme Bezanson.

Un investissement onéreux

La garde d'enfants et les congés parentaux peuvent coûter cher, a-t-elle reconnu. «(Mais ils) génèrent également les résultats les plus importants et ce sont ceux qui ont été les moins promus que nous l'aurions imaginé pour un gouvernement qui se décrit comme comme un gouvernement féministe», a-t-elle ajouté.

Son article évoque également l'inquiétude que le financement à long terme des frais de garde d'enfants puisse être annulé après les élections de cet automne si les libéraux n'inscrivent pas les dépenses dans la loi — ce qu'ils prévoient faire avec l'argent pour le logement abordable.

Les promesses de transferts aux provinces ne sont valables que pour trois ans, après quoi de nouveaux accords de financement doivent être signés.

Cette année électorale a déjà commencé avec des questions sur les perspectives à long terme des finances au fédéral. Selon les projections du ministère des Finances, les chiffres resteront déficitaires pendant environ 21 ans, sans aucune nouvelle dépense. Cela complique les démarches des libéraux qui ne voudront pas annoncer de nouvelles dépenses, a indiqué Mme Bezanson.

Les groupes de service de garde souhaitant voir les libéraux augmenter leurs engagements en matière de dépenses sont sortis des discussions avec l'idée que le gouvernement ne dévoilera aucune nouvelle mesure dans le budget de 2019.

Les documents internes du gouvernement permettent de mieux comprendre comment les libéraux comptent faire pour défendre leur discours féministe, le système universel de garderies étant considéré comme une pratique exemplaire aux niveaux international et national pour un gouvernement féministe.

Des présentations de l'automne 2017 ont permis de former un groupe de fonctionnaires responsables de superviser les travaux sur les politiques féministes déployées notamment en Suède et en Norvège, ainsi qu'au Québec, en tant que principaux contributeurs à la croissance du nombre de femmes dans la population active et à l'égalité des sexes en général. La Presse canadienne a obtenu les documents en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Au Québec, le taux d'activité des parents ayant de jeunes enfants a augmenté plus rapidement que dans le reste du pays depuis l'introduction de son système subventionné en 1997.

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