DIVERTISSEMENT
09/01/2019 00:23 EST | Actualisé 09/01/2019 00:26 EST

Le «Mononcle» tel que vu par Fabien Cloutier

«Me faire appeler mononcle ne m'insulte pas du tout...»

Facebook/Télé-Québec

Traitez Fabien Cloutier de mononcle et il vous gratifiera d'un... sourire! Parole de ce comédien humoriste devenu documentariste le temps de pousser un peu plus loin la réflexion suivante : qui sont ces gens que l'on qualifie de mononcles et que veut-on dire exactement lorsqu'on leur appose une telle étiquette? Un questionnement ludique donnant vie à Mononcle, le premier documentaire tout aussi ludique du sympathique comédien.

De vrais mononcles

«Me faire appeler mononcle ne m'insulte pas du tout, affirme Fabien Cloutier. Je n'ai aucun problème avec cela.» Celui qui appuie ses dires en expliquant qu'il «s'apprête à faire réparer une vieille chemise de bois d'au moins 25 ans qu'il persiste et signe à conserver» explique d'ailleurs avoir eu beaucoup de plaisir à se questionner sur le comique sujet du mononcle.

«À la base, c'est le scénariste Hugues Bélanger qui est venu me rencontrer avec cette idée d'un documentaire sur l'image du mononcle. On discutait de cette idée-là: est-ce qu'on est des mononcles? Est-ce qu'on est en train d'en devenir? Pourquoi est-ce un terme si négatif? C'est vraiment le travail d'Hugues qui est l'idée de base du documentaire et comme je ne crois pas qu'il ait d'intérêt pour l'animation, il semblait chercher quelqu'un pour aller «au combat». Connaissant son humour et son regard sur le monde, je sentais le match assez naturel entre nous.»

Le comédien l'avoue d'emblée : la prémisse de Mononcle selon laquelle il se serait personnellement fait traité de mononcle n'est qu'une image servant à lancer le documentaire et la discussion.

«C'est un filon qui est très le fun à explorer. Dans ma pratique, le documentaire m'a toujours inspiré. Je pense aux films de Pierre Perrault et au cinéma réalité qui nous ramène à la vraie vie. J'aime ça, entendre parler les gens en vrai. Habituellement, j'observe et j'en fais de la fiction. Là, l'idée était d'aller sur le terrain et non pas de faire parler les gens pour en faire des personnages, mais de les amener à l'écran de la façon la plus réaliste possible.»

Ce terrain québécois l'a mené dans divers coins de la province, à la rencontre de différents «types de mononcles». L'élégant, le bizouneux, le travaillant de la campagne, l'ambitieux, le raconteur, le mononcle 2.0, comme autant de visages parfois connus (Jacques Duval propriétaire de l'école de danse Jacques Duval, ou encore l'entrepreneur Denis Desharnais) ou inconnus, démystifiants (ou pas) les idées préconçues que l'on s'est faites du mononcle à travers le temps.

«Je sais qu'il existe une image publique du terme mononcle, ajoute Fabien Cloutier. C'est une image qui m'a toujours un peu agacée. Personnellement, je trouve que les mononcles sont peut-être plutôt des résistants. En cette époque de surconsommation, un monsieur qui va dans son cabanon réparer sa tondeuse au lieu d'en acheter une nouvelle est peut-être quelqu'un qui, en fait, était en avance sur son temps. Il porte du vieux linge oui, mais peut-être que la chemise qu'il porte depuis 15 ans est encore bonne et lui permet de résister au courant lui disant qu'il devrait donc s'acheter autre chose. D'ailleurs, en ce moment, il y a tout un courant faisant la promotion de cette idée de récupération. Les mononcles sont des gens qui font cela à la maison depuis des années et qui n'ont pas eu besoin de se créer une page Facebook pour se féliciter de le faire.»

Lancer la discussion

Avec Mononcle, Fabien Cloutier souhaitait s'interroger sur l'origine et le moment où l'on a commencé à utiliser «le monsieur d'un certain âge comme une espèce de symbole qui vient avec la comédie ou avec une part d'image négative». Sur l'évolution de cette image à travers le temps aussi. Pour ce faire, il a rencontré sociologue, auteur, journaliste, professeur et ethnologue.

«Quand tu n'arrives pas avec le jugement, mais plutôt dans l'ouverture, et que tu as envie d'en connaître plus sur quelqu'un, il est rare que les gens se braquent», dit-il lorsqu'on lui demande comment les gens rencontrés ont réagi à la mention d'une telle étiquette.

«Nous ne sommes pas arrivés en les accusant d'être des mononcles : on leur a parlé de leur vie, de leur passion et, tout à coup, par la bande, on a abordé cette notion de mononcles. La plupart sont des gens extrêmement sympathiques et ouverts. Je pense à monsieur Desharnais, pour qui le futur de l'entreprise est assuré par sa fille et sa nièce. Jamais il ne nous a dit des trucs du genre ''j'aurais aimé avoir un fils'', jamais. On le sait que ça existe encore, mais je crois qu'il y a un bon bout de chemin qui a été fait et c'est en cela que c'est encourageant.»

Créer des discussions en entrant chez les gens; voilà le souhait de Fabien Cloutier le documentariste. «Ce documentaire est notre réponse à nous, ajoute celui qui a assez aimé son expérience pour penser développer un jour un autre documentaire. Après cela, il va y en avoir plein d'autres et tant mieux si on discute et on se questionne sur cette image-là. À partir de ce moment-là, on aura un bon bout de chemin de fait.»

Le documentaire Mononcle est présenté ce mercredi 9 janvier à 20h, sur les ondes de Télé-Québec