POLITIQUE
21/12/2018 06:59 EST | Actualisé 15/01/2019 21:13 EST

#MoiAussi: des allégations d'agression sexuelle et d'intimidation portées contre le maire d'Anjou, Luis Miranda

Une ex-employée demande l'aide de Valérie Plante pour s'attaquer à une «situation très grave» qui prévaudrait dans Anjou.

Mario Beauregard/PC
Luis Miranda, maire de l'arrondissement d'Anjou, à Montréal.

Le phénomène #MoiAussi touche désormais l'hôtel de ville de Montréal. Le maire de l'arrondissement d'Anjou, Luis Miranda, est visé par des allégations d'agression sexuelle et d'intimidation. Une des accusatrices, Sandra Boursiquot, réclame l'aide de Valérie Plante.

Mme Boursiquot, une ex-bénévole du parti de M. Miranda, s'est rendue mardi à la séance publique du conseil municipal afin d'étaler publiquement ses allégations à l'égard de l'élu. Elle affirme avoir été agressée sexuellement.

«Je me présente aujourd'hui concernant une situation très grave que nous vivons comme citoyens à Anjou, d'agressions sexuelles du maire d'Anjou. [...] Je vous demande aujourd'hui, vous les hommes et les femmes qui sont ici, de vous mettre debout avec nous», a-t-elle imploré.

C'est la seconde fois que Mme Boursiquot accuse M. Miranda dans une tribune publique. Au début du mois, le quotidien La Presse a rapporté une sortie semblable pendant la dernière séance du conseil d'arrondissement.

Mme Boursiquot a aussi envoyé une lettre à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, demandant son aide.

Capture d'écran - Ville de Montréal
Sandra Boursiquot, une ex-employée de l'arrondissement d'Anjou, est intervenue pendant une séance du conseil municipal pour accuser le maire d'arrondissement Luis Miranda d'agression sexuelle et d'intimidation.

L'intervention de Mme Boursiquot au conseil municipal peut être visionnée ici. Sous l'intertitre «Séance du conseil ordinaire du 18 décembre 2018», le premier lien mène aux questions du public. Mme Boursiquot intervient à partir de 8:30.

Réaction à venir pour Luis Miranda

M. Miranda n'était pas présent mardi pour la séance du conseil municipal. Contacté par le HuffPost, son cabinet indique qu'il attendra le retour des Fêtes pour commenter l'affaire.

Selon La Presse, M. Miranda affirme avoir eu une relation consentante avec Sandra Boursiquot. Il rejette toute accusation d'agression sexuelle et entend poursuivre son accusatrice.

M. Miranda n'est pas visé par des accusations criminelles et l'allégation de Mme Boursiquot n'a pas été prouvée en cour.

HuffPost Québec n'est pas en mesure de vérifier les allégations formulées par Mme Boursiquot. Deux personnes ont toutefois confirmé qu'elles ont été mises au courant de l'histoire bien avant que l'affaire n'éclate au conseil d'arrondissement.

«Je connais personnellement Mme Boursiquot, c'est une personne de confiance. [...] On s'est parlé pour savoir quel était le vécu de l'autre», affirme Yannick Mondion, qui a eu affaire au maire comme bénévole pour le baseball mineur.

Les autres intervenants contactés par le HuffPost ont souhaité conserver leur anonymat, de peur de représailles de la part de Luis Miranda.

«Le problème, c'est le régime de la peur envers les organismes communautaires»- Yannick Mondion

Intimidation dans le milieu communautaire

Lors de son intervention devant les élus, Mme Boursiquot a aussi accusé M. Miranda d'instaurer un climat de terreur dans le milieu communautaire. M. Mondion précise qu'il aurait fait preuve d'intimidation à l'égard de certains organismes qui s'opposent à ses politiques.

«Le problème, c'est le régime de la peur envers les organismes communautaires. Je vous parle, et là il va y avoir des répercussions sur l'Association de baseball mineur d'Anjou. Avec M. Miranda, c'est "tu fais ce que je dis, sinon il va t'arriver du tort"», affirme M. Mondion.

M. Mondion affirme avoir été victime d'intimidation à titre de représentant de Baseball Québec pour la région de Montréal. Il dit avoir été invectivé par le maire pour avoir réclamé un terrain de balle plus propre.

À LIRE AUSSI:

» Commerçants, citoyens et diffuseurs disent «non» au mégaprojet Royalmount

» Le PLQ commence sa lente reconstruction à l'abri des regards

» François Legault nommé «personnalité de l'année» par les rédactions francophones

«On se plaignait de cacas de chien sur un des terrains. Durant la période de questions du public, le maire et la conseillère Andrée Hénault m'ont envoyé des invectives personnelles devant tout le monde. À un point tel que j'ai quitté la salle», dit-il.

Contrairement au conseil de ville et à certains autres arrondissements, les séances du conseil d'arrondissement d'Anjou ne sont pas webdiffusées.

Les enfants qui «jouent dans la merde»

Selon M. Mondion et une seconde personne qui ne souhaite pas être nommée, l'Association de baseball mineur d'Anjou serait reconnue pour les problèmes de salubrité à cause de la présence trop nombreuse de chiens dans le terrain de balle du parc Peterborough. Jusqu'à tout récemment, le terrain était utilisé comme parc canin lorsque les groupes sportifs n'y étaient pas.

Olivier Robichaud
De 2016 à 2018, les terrains de baseball d'Anjou, à Montréal, étaient aussi utilisés comme parcs à chiens.

«Les enfants jouent dans la pisse et la merde. C'est régulier, les gens parlent d'Anjou comme étant l'association où les enfants jouent dans la merde. Il y a des associations qui ne veulent plus jouer ici à cause de ça», nous indique-t-on.

L'Association de baseball mineur souhaitait que l'arrondissement construise un nouveau parc à chien. Selon les deux intervenants, le maire aurait menacé de leur retirer un des trois terrains de balle auxquels ils avaient accès s'ils étalaient leur revendication sur la place publique.

La menace a été mise à exécution, après le dépôt d'une pétition l'été dernier. Selon ce que rapporte l'hebdomadaire de quartier Le Flambeau, le terrain du parc Peterborough deviendra un parc canin et les chiens ne seront plus permis sur les deux terrains du parc Roger-Rousseau.

Olivier Robichaud
Le terrain de baseball du parc Peterborough, dans l'arrondissement montréalais d'Anjou, deviendra un parc à chiens l'été prochain.

La tête d'un directeur réclamée

Selon nos informations, le groupe communautaire Concertation Anjou aurait aussi subi les foudres du maire d'arrondissement.

En mai dernier, le groupe a signé une lettre ouverte dans Le Devoir s'opposant au développement commercial et industriel prôné par le maire sur une partie du Golf métropolitain d'Anjou. Concertation Anjou appuyait alors la création d'un grand parc-nature, alors que M. Miranda favorisait d'abord un centre commercial, puis l'usine de panneaux solaires de Solargise.

La ville-centre a finalement opté pour le parc-nature.

«Depuis cette lettre, c'est comme si le maire tient Concertation Anjou comme étant responsable de la perte du projet. M. Miranda a demandé la tête du directeur de l'organisme», affirme une source qui a souhaité garder l'anonymat.

Capture d'écran - Google Maps
Le Golf métropolitain d'Anjou.

L'arrondissement aurait retiré un espace offert à Concertation Anjou dans le cadre de la «Grande semaine des tout petits» organisée annuellement par l'organisme.

Selon M. Mondion et les deux intervenants anonymes, M. Miranda aurait aussi retiré les invitations de Concertation Anjou et de l'Association de baseball mineur d'Anjou lors du souper organisé pour les bénévoles des différents groupes communautaires de l'arrondissement.

Le directeur de Concertation Anjou aurait pris la décision de démissionner à la suite des pressions exercées par l'administration de M. Miranda. Il doit quitter ses fonctions cet hiver.

D'autres démarches?

Mardi, la responsable de la condition féminine à la Ville de Montréal, Rosannie Filato, a promis d'aider Mme Boursiquot à poursuivre ses démarches auprès des ressources appropriées.

Olivier Robichaud
Rosannie Filato, responsable de la condition féminine à la Ville de Montréal.

«Les recours, souvent avec les connexions et les contacts, ça ne débloque pas. Parce que quelqu'un qui est là ça fait très longtemps, il a des contacts et il fait des menaces pour te dire de te taire», a répliqué la principale intéressée.

M. Miranda est maire d'Anjou depuis 1997, avant même que l'ancienne ville ne devienne un arrondissement de Montréal. Son parti, Équipe Anjou, contrôle la totalité des sièges au conseil d'arrondissement.

Une version précédente de ce texte indiquait que Mme Boursiquot était une ex-employée de l'arrondissement d'Anjou. Elle était plutôt bénévole pour le parti politique de M. Miranda.