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16/12/2018 22:38 EST | Actualisé 16/12/2018 22:40 EST

«Où es-tu?»: Marie-Claude Barrette part sur les traces de personnes disparues

On pleure, on serre les dents, on se questionne, on prie le ciel de ne jamais vivre un tel drame...

Courtoisie/Canal Vie

Comment survit-on à la disparition d'un être cher? Quel est l'impact sur chacun des membres de la famille? Comment trouve-t-on le courage de continuer à vivre? Que peut en dire le corps de police? Jusqu'à quand se donne-t-on le droit de continuer à espérer? Autant de questions auxquelles tente de répondre l'équipe derrière Où es-tu?, une nouvelle série documentaire composée de six épisodes bouleversants menés de main de maître par Marie-Claude Barrette.

Dans la douloureuse réalité des familles

On ne saurait imaginer animatrice mieux choisie que Marie-Claude Barrette pour entrer dans les maisons, les vies et les souvenirs des familles éprouvées par la disparition de ces êtres chers. Douce, emphatique, déterminée et pourvue d'une belle et grande écoute, on sent dès le premier épisode son implication professionnelle, mais surtout émotive dans ce qu'on imagine avoir été un exercice fort difficile pour tous.

«On est allé sur le terrain à la rencontre de ces familles, explique celle qui est reconnue pour aimer faire de la «télé utile». Où es-tu? offre une vision périphérique de la disparition, contrairement à ce qu'on voit généralement dans les bulletins de nouvelles, qui proposent une vision journalistique. On est allés plus loin. On est vraiment dans l'émotion à travers le regard des familles qui ont une partie de cette vision-là et qui ne peuvent être entièrement satisfaites de ce qui s'est fait, la personne étant à ce jour toujours disparue.»

Cette série de six épisodes d'une heure relate des cas de disparitions fort différents - dont quatre impliquent des enfants - s'étalant entre 1978 et 2017. Six petits films en soi, tirés d'enquêtes toujours ouvertes et rendant hommage à ces personnes disparues à différents âges et à divers moments dans le temps. Des cas présentant tous, précise-t-on, des éléments étranges, voire douteux.

Le tout présenté sous le regard de Marie-Claude Barrette qui, en plus d'entrer dans les foyers, prend le temps de s'asseoir pour discuter avec les parents, les frères et les sœurs, et de se faire présenter cette personne chère disparue.

«Partout où nous sommes allés, il y a quelque chose de spécial qui s'est passé entre nous et la famille, ajoute l'animatrice, car on entre dans une intimité, dans une blessure. On a bien fait attention à la façon dont on les a quittées d'ailleurs, on a laissé les familles alors qu'elles étaient bien.»

Courtoisie/Canal Vie
Une scène de la série documentaire «Où es-tu?»

Un travail d'équipe pour que jamais on n'oublie

C'est le souhait que cette série se révèle utile pour les familles de ces gens disparus qui a guidé la réalisatrice Patricia Beaulieu et son équipe. L'envie de faire réfléchir, de toucher les gens et de générer de l'empathie envers ces familles à jamais brisées. Le besoin de regarder partout, de creuser chacun de ces cas afin de savoir comment ont été menées les recherches, ce qui s'est réellement passé. L'espoir aussi – aussi minime soit-il – de voir possiblement se délier des langues suite à la diffusion des émissions et, ultimement, de retrouver l'une de ces six personnes.

«L'équipe est fondamentale, dit Marie-Claude Barrette. Il fallait que toute l'équipe soit au diapason et tout en sensibilité en entrant dans ces maisons. Il fallait que ce soit tout en rondeur, en souplesse et qu'on prenne le rythme de chacune d'entre elles. Je ne pense pas qu'on puisse faire ce genre d'émission en début de carrière d'intervieweur. Je connaissais les cas et comme les gens me connaissaient un peu, ils n'étaient pas méfiants.»

De Montréal à Québec en passant par Alma, Farnham, Louiseville et Los Angeles, chaque documentaire se teinte de la couleur de la ville ou de la région ayant vécu cette disparition comme une véritable onde de choc, photos, documents et vidéos d'archives à l'appui. Puis, les points de vue alternés de différents membres de la famille sont livrés, comme autant de témoignages portés par la douleur, l'incompréhension, l'espoir et l'amour inconditionnel.

On pleure en regardant Où es-tu?, on serre les dents, on se questionne, on prie le ciel de ne jamais vivre un tel drame, on a le cœur brisé, on compatit. On fait tout cela dès le troublant premier épisode où l'on rencontre les parents et la sœur de Marilyn Bergeron, portée disparue en février 2008 à l'âge de 24 ans. On a le cœur en miettes lorsque sa maman étale les dix cadeaux de Noël toujours emballés de ces dix dernières années passées sans sa fille. On voudrait prendre son père dans nos bras quand on apprend qu'il a effectué, lui-même et en solitaire, une battue dans les boisés entourant le café où Marilyn a ultimement été vue. On admire la détermination de sa sœur, le colossal travail de recherche et de documentation ayant meublé 4 années complètes de sa mère et la force de ce couple qui continue, chaque jour, de survivre à l'inimaginable.

On sent qu'il en sera de même pour les cinq autres histoires dévoilées. Celle de David, victime d'intimidation et disparu à l'âge 14 ans. Celle de Sébastien, disparu à 8 ans, il y a 34 ans de cela. Celle de Mélissa, 34 ans, disparue il y a tout juste un an. Celle de Mélina, 13 ans, et de Yohanna disparue en 1978 à l'âge de 18 mois et dont l'enquête est toujours truffée de rebondissements.

«On avait envie de poser des questions, de faire un portrait à 360 degrés de chaque cas. Est-ce qu'on est toujours satisfaits des réponses que nous avons obtenues? C'est aux téléspectateurs de se faire leur propre idée... On apprend aussi des choses plus concrètes dans la série, comme cette idée préconçue qu'il faille attendre 24 heures avant d'appeler la police dans un cas de disparition; cela n'a jamais existé. On se penche sur les tests d'ADN, on fait une simulation de battue, on suit des plongeurs dans une rivière... Je trouve que ce volet est important pour tout le monde. Et puis, c'était une autre façon d'entrer dans le cœur et le quotidien des familles.»

Où es-tu sera présentée dès le 8 janvier à 22h, sur les ondes de MOI ET CIE.