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12/12/2018 20:31 EST | Actualisé 12/12/2018 20:33 EST

«Les Honorables»: Patrick Huard, Macha Grenon et les limites de la justice

«On prend ces gens qui sont censés être les sages et les remparts de la société et on les casse pour les faire aller dans leur zone d'ombre...»

TVA

Une jeune athlète de 18 ans qui se fait assassiner, une famille déchirée à la recherche de réponses et possiblement de vengeance, un couple de juges brisés qui tente de ne pas perdre foi en la justice, un présumé meurtrier qui rôde, des secrets qui font lentement surface et un étau qui se resserre : la série Les Honorables promet un mois de janvier plus que chargé en émotions. D'autant plus que le drame urbain sur fond de thriller réunit au petit écran deux acteurs québécois de renom : Patrick Huard et Macha Grenon.

Macha et Patrick

Des thrillers présentant le point de vue de l'accusé ou du tueur, il y en a des tonnes. Des suspenses braquant les projecteurs sur la victime et sa famille, il y en a peu et c'est là l'une des belles qualités retrouvées dans Les Honorables par le comédien Patrick Huard (qui, en, prêtant ses traits au juge Ludovic Dessureaux, marque son grand retour dans une série télévisée).

«Je souhaite que les gens aient beaucoup de plaisir à regarder la série et qu'ils s'identifient aux personnages et à leurs dilemmes, explique l'acteur, qui se décrit comme quelqu'un croyant beaucoup à notre système de justice. J'espère aussi que cela fera changer les perceptions que de nombreuses personnes ont de ce genre de situations que l'on peut lancer comme un fantasme autour d'une table en disant : ''Moi, si quelqu'un faisait quelque chose à mes enfants, je ferais ceci ou cela''. Selon moi, ce sont des phrases qui méritent réflexion avant d'être lancées et je trouve que la série Les Honorables permet cela : confronter ta morale avec la vraie affaire que tu as soudainement devant les yeux. Je trouve fort intéressante cette montagne russe d'émotions.»

Cette montagne russe d'émotions, tous les membres de la famille Dessureaux s'y verront confinés, cherchant chacun à leur manière à faire face à l'atroce et l'impensable.

«Avant d'être un juge, Ludovic est un père complètement désemparé et perdu dans toute cette histoire, poursuit-il en parlant de son personnage qui «essaie d'être». J'ai beaucoup d'empathie pour le combat moral entre sa tête et ses tripes, le fait qu'il ne croit plus aux choses. Je m'identifie forcément beaucoup à ce personnage à cause de sa paternité, de sa perte, de son déchirement, du fait que ça ne marche plus avec son ex, que c'est un père qui essaie d'être correct, mais qui n'est pas si bon avec ses enfants, dont un en particulier qu'il a complètement échappé. Tout cela me touche, car il n'y a personne de parfait dans la vie et la paternité, la famille, ce n'est pas tout le temps un compte Instagram où on se retrouve sur une plage avec le petit vent du bon bord. J'aime quand on a la chance, dans une série ou un film, de glorifier l'imperfection et l'humanité des personnages. Les personnages qui ne sont pas toujours beaux, je les trouve plus jolis.»

TVA
Patrick Huard dans la série «Les honorables».

«Les gens qui font le métier de juge portent une responsabilité que peu de gens portent, renchérie Macha Grenon. Ici, on prend ces gens qui sont censés être les sages et les remparts de la société et on les casse pour les faire aller dans leurs zones d'ombre. C'est extrêmement intéressant dramatiquement.»

«Lucie, mon personnage, est de prime abord une femme qui a une certaine réserve, une façade, poursuit-elle. Elle possède un sens moral très fort et, sous sa façon d'être très cartésienne, elle porte en elle une grande empathie. Elle bouillonne à l'intérieur et dès les premiers épisodes, on sent que quelque chose va émerger de cet être cassé. Une transformation va découler de cette cassure en elle. En fait, ce sont les deux personnages qui vont se transformer.»

Pour l'actrice, le travail de recherche effectué en amont (rencontre avec des juges, recherches, discussions avec toute l'équipe sur ces grandes questions de société) fut aussi important que celui fait sur le plateau, avec sa nouvelle famille composée d'acteurs, qu'elle décrit comme de véritables forces vives.

«De Mylène à Kevin en passant par Patrick et Olivier, j'avais l'impression qu'on était dans la jungle et qu'il y avait des bêtes autour de moi, lance la comédienne que l'on verra prochainement sur les planches du Théâtre Prospero. La grande force de Patrick, par exemple, c'est qu'il est un être aux instincts redoutables, autant dans son interprétation que dans ses réflexions. Cela m'a beaucoup inspiré et cela servait aussi les deux personnages. Lorsque Lucie – dont l'arme est plutôt son intellect – se retrouve avec lui, il y a quelque chose qui devient plus viscéral. C'est un mariage assez intéressant.»

Un thriller proche de la réalité

Procureur de la couronne dans la vraie vie, l'auteur Jacques Diamant est fréquemment témoin de la souffrance des familles des victimes. Il confie avoir trouvé l'inspiration pour Les Honorables dans une situation similaire réelle où il n'y avait, par contre, aucun accusé.

«J'avais envie de montrer que la justice n'appartient pas aux juges, explique-t-il. Comme citoyens, ce sont des gens à qui la justice s'applique. Le tout est encore plus frappant du fait de faire arriver cela à des juges. J'avais envie de souligner la dureté du système de justice, car il y a toujours un perdant dans un procès, et je me suis fait un point d'honneur que les faits présentés soient juridiquement impeccables.»

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Une scène de la série «Les honorables».

Le réalisateur Louis Choquette ajoute que c'est tout le processus de se faire justice soi-même ainsi que les conséquences venant avec ce choix qu'il désirait montrer dans cette série «non judiciaire, plutôt basée sur les émotions, peut-être à l'origine d'une reconstruction familiale...»

Une chose est sûre, pour Myriam Gaboury, qui joue la jeune victime et qui en est à son premier rôle à la télévision, comme pour Kevin Houle, qui interprète le vilain de l'histoire, Les Honorables fut un défi aussi intense que son sujet principal.

«Gabrielle est complexe, même si elle a l'air simple, dit celle qui s'est entraînée physiquement pour jouer Gabrielle, jeune athlète de haut niveau. Elle a sa part d'ombre qu'elle cache derrière une grande force. C'est une fille aimante qui est dans la performance : physique, mais aussi dans sa famille composée de juges et de sa sœur avocate. Elle me touche beaucoup.»

«Jouer avec des acteurs établis m'a inspiré. On allait tous dans la même direction : donner le meilleur de nous-mêmes. J'ai beaucoup appris à regarder jouer et travailler Patrick, qui est super spontané et Macha, qui est si intérieure. C'était beau à voir.»

«Tous les acteurs qui sortent de l'école de théâtre rêvent de jouer un vilain, ajoute Kevin Houle, que l'on se plait sincèrement à détester dès sa première apparition. On découvre au fil des épisodes ce qui lie Tristan Rabeau – ce pervers narcissique sans empathie qui observe le drame de la famille Dessureaux comme on fait une étude anthropologique - à Gabrielle Dessureaux. Et il y a beaucoup plus de liens qu'on le pense. J'ai lu le scénario comme on lit un bon thriller en lançant des ''Oh mon Dieu!''»

Les 10 épisodes de la série Les Honorables seront offerts dès le 10 janvier sur Club illico.