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10/12/2018 09:10 EST | Actualisé 10/12/2018 13:56 EST

Theresa May annonce le report du vote sur le Brexit

Le vote était prévu pour mardi.

La première ministre britannique Theresa May a reporté lundi le vote du Parlement sur l'accord de divorce négocié avec l'Union européenne, reconnaissant que les législateurs l'auraient rejeté avec une "marge importante".

Cette décision a permis d'éviter une défaite humiliante pour le gouvernement lors d'un vote initialement prévu mardi. Mais cette décision plonge dans la tourmente les plans britanniques en vue du Brexit, le Royaume-Uni devant quitter l'UE dans un peu plus de trois mois, le 29 mars.

Lors d'une déclaration d'urgence à la Chambre des communes, Mme May a admis que les parlementaires britanniques étaient "profondément préoccupés" par certains aspects de l'accord conclu le mois dernier avec les dirigeants de l'UE.

"En conséquence, si nous allions de l'avant et tenions le vote demain, l'accord serait rejeté par une marge importante, a-t-elle déclaré. Nous allons donc reporter le vote."

Mme May a expliqué qu'elle demanderait des "assurances" à l'UE et qu'elle présenterait de nouveau l'accord sur le Brexit au Parlement, sans toutefois fixer de nouvelle date pour le vote.

De nombreux députés ont été cinglants dans leurs commentaires, à la fois sur les actions de Mme May et sur l'accord sur le Brexit. Des éclats de rire moqueurs ont éclaté lorsque Mme May a affirmé qu'il y avait un "large soutien" sur de nombreux aspects du plan.

"Le gouvernement a perdu le contrôle de la situation et est en plein désarroi", a estimé le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn.

TOLGA AKMEN via Getty Images
Des manifestants anti-Brexit demandent un deuxième vote sur le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Mme May a insisté sur le fait que son accord sur le Brexit était toujours "le meilleur accord négociable" et a prévenu que le rejet de cet accord augmenterait les risques que le Royaume-Uni se sépare de l'UE sans aucun accord. Cela pourrait entraîner la paralysie des ports britanniques et plonger le pays dans sa récession la plus profonde depuis des décennies, selon des rapports du gouvernement et de la Banque d'Angleterre.

"Tant que nous ne parviendrons pas à un accord, le risque d'un "non-accord" accidentel augmentera", a déclaré Mme May, ajoutant que son gouvernement accélérerait les préparatifs en vue d'un tel résultat afin d'atténuer ses pires effets.

Un nouveau coup dur

La décision de retarder le vote sur le Brexit est un nouveau coup dur pour Theresa May, devenue première ministre après la décision du Royaume-Uni de quitter l'UE en 2016. Depuis lors, elle se bat pour en conclure un accord de divorce avec le bloc, puis pour le vendre aux parlementaires britanniques sceptiques.

Le gouvernement conservateur de Mme May n'est pas majoritaire à la Chambre des communes et les partis de l'opposition - ainsi que des dizaines d'élus conservateurs - ont annoncé qu'ils ne soutiendraient pas l'accord de divorce. La tourmente entourant le Brexit entraîne Mme May et son gouvernement sur un terrain instable.

Mme May a indiqué qu'elle s'entretiendrait avec les dirigeants européens avant le sommet qui se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles, dans le but d'obtenir "des assurances supplémentaires".

"Tout devrait être sur la table", a-t-elle dit.

Le Parti travailliste avait déclaré précédemment qu'il pourrait réclamer une motion de censure du gouvernement. La première ministre écossaise Nicola Sturgeon a prévenu que son Parti national écossais soutiendrait une tentative de renversement du gouvernement afin de déclencher de nouvelles élections.

"Ce chaos ne peut pas continuer - alors on y va?", a lancé Mme Sturgeon à M. Corbyn sur Twitter.

M. Corbyn n'a pas appelé à un vote de censure lundi, mais a déclaré que si Mme May était incapable renégocier avec l'UE, "elle devra céder sa place".

Les parlementaires pro-Brexit estiment que l'accord maintient des liens trop étroits entre le Royaume-Uni et l'UE, tandis que les élus pro-européens affirment qu'il crée des barrières entre le Royaume-Uni et son principal partenaire commercial et laisse de nombreux détails en suspens quant à la relation future.

Le point de blocage principal est une disposition qui vise à garantir une frontière ouverte entre l'Irlande, qui est membre de l'UE, et l'Irlande du Nord britannique après le Brexit. La mesure maintiendrait le Royaume-Uni sous la réglementation douanière de l'UE et durerait jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par de nouveaux accords commerciaux permanents.

Les détracteurs disent que le Royaume-Uni pourrait ainsi rester indéfiniment lié à l'Union européenne, incapable de conclure de nouveaux accords commerciaux dans le monde.

Les législateurs pro-Brexit ont déclaré qu'ils ne soutiendraient pas l'accord présenté par Mme May si elle ne le renégocie pas pour supprimer la disposition sur l'Irlande. Steve Baker, un des principaux élus conservateurs partisans du Brexit, a déclaré lundi que Mme May devrait "retourner à Bruxelles et exiger un meilleur accord".

Un nouvel accord?

Mais les dirigeants européens insistent sur le fait que l'accord de divorce ne peut être changé.

"L'accord est l'accord, a déclaré lundi le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney. Cela a pris deux ans pour en venir à bout. C'est un accord juste pour les deux parties."

L'UE est exaspérée par l'indécision britannique.

Guy Verhofstadt, coordonnateur du Brexit pour le Parlement européen, a lancé sur Twitter: "Je ne peux plus suivre. Après deux ans de négociations, le gouvernement conservateur veut retarder le vote. Gardez simplement à l'esprit que nous ne laisserons jamais tomber les Irlandais."

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Autre rebondissement dans cette histoire, le plus haut tribunal de l'UE a estimé que le Royaume-Uni pouvait changer d'avis sur le Brexit, renforçant l'espoir des Britanniques souhaitant rester dans l'UE que le processus puisse être inversé.

La Cour de justice européenne a jugé que lorsqu'un pays membre de l'UE a déjà informé le bloc de son intention de partir, "cet État membre est libre de révoquer unilatéralement cette notification".

Mme May a répété à plusieurs reprises que le gouvernement ne chercherait pas à retarder ou à inverser le Brexit. Elle a déclaré lundi que le Parlement avait le devoir "de concrétiser le Brexit et de le faire correctement".

"Est-ce que cette Chambre veut livrer le Brexit? a demandé Mme May. Si la réponse est oui, et je pense que c'est la réponse de la majorité de cette assemblée, nous devons tous nous demander si nous sommes prêts à faire un compromis."