POLITIQUE
10/12/2018 19:16 EST | Actualisé 10/12/2018 19:25 EST

Industrie pétrolière: Éric Girard réplique à son collègue albertain

Bien qu'il ait un surplus budgétaire, le Québec recevra la part du lion du transfert de péréquation en 2019-2020, soit plus de 13 milliards $.

PC/Adrian Wyld
Le ministre des Finances du Québec, Éric Girard.

OTTAWA — La situation de crise en Alberta n'a rien à voir avec le montant que le Québec reçoit en péréquation, selon le ministre des Finances québécois, Éric Girard, qui attribue à de la rhétorique électorale les critiques formulées par son collègue albertain lundi.

«C'est malheureux, c'est difficile et puis j'ai de la compassion pour ce qui se passe en Alberta», a-t-il dit en rappelant toutefois qu'il revenait au gouvernement de cette province de trouver des solutions avec l'aide d'Ottawa aux difficultés de son secteur pétrolier.

Bien qu'il ait un surplus budgétaire, le Québec recevra la part du lion du transfert de péréquation en 2019-2020, soit plus de 13 milliards $. Il s'agit d'une augmentation de près de 1,4 milliard $.

L'Alberta qui est considérée comme une province riche n'en reçoit pas. Elle demande maintenant que le programme soit revu.

J'ai de la compassion pour ce qui se passe en Alberta.Éric Girard, ministre des Finances du Québec

Son ministre des Finances, Joe Ceci, a affirmé en marge de la rencontre avec ses homologues que le premier ministre François Legault ne comprenait pas la situation de l'industrie pétrolière albertaine.

«Nous avons innové pour réduire l'empreinte carbone du baril de pétrole et nous allons continuer de le faire, avait-il expliqué plus tôt dans la journée. Il y a un marché pour ce que l'Alberta produit et ça profiterait au Canada si nous pouvions acheminer (le pétrole) sur les marchés internationaux.»

L'Alberta, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick veulent raviver le projet d'oléoduc Énergie Est, dont le tracé traverserait le Québec, mais François Legault a refusé cette «énergie sale» lors de la rencontre des premiers ministres vendredi, tout en soulignant que le Québec pouvait vendre de «l'énergie propre à un prix compétitif».

«Si les gens n'en veulent pas de pipeline — nous sommes élus pour représenter les gens — et il faut respecter la volonté populaire», a rappelé M. Girard en suggérant que TransCanada, le promoteur du projet à l'époque, n'avait pas réussi à convaincre les Québécois que l'oléoduc serait sécuritaire.

Le gouvernement Legault tente de convaincre l'Ontario d'abandonner son projet de rénovation de centrales nucléaires pour qu'elle achète son hydroélectricité. Les revenus tirés de la vente d'énergie propre permettraient ainsi au Québec de réduire le montant de péréquation qu'il reçoit annuellement.

Mais l'Ontario produit déjà plus d'électricité qu'elle n'en a besoin, a indiqué le ministre des Finances de cette province, Vic Fedeli.

Une première en dix ans

Pour la première fois depuis la récession de 2008, l'Ontario figure sur la liste des provinces riches et donc ne recevra pas de transfert de péréquation d'Ottawa. Cela a incité le ministre des Finances de la province à se joindre aux appels lancés pour que le gouvernement fédéral revoie la structure du programme.

«Nous donnons 12,9 milliards $ au gouvernement fédéral de plus que nous recevons», a fait valoir M. Fedeli tout en indiquant que l'ensemble des paiements du fédéral devraient être revus.

«La péréquation ne fonctionne pas pour l'Alberta», a renchéri Joe Ceci.

«Lorsque l'économie de certaines provinces se porte extrêmement bien, elles ne devraient pas recevoir de paiements plancher de péréquation», a-t-il ajouté.

La Saskatchewan et Terre-Neuve ont également demandé des modifications à la formule qui a déjà été renouvelée plus tôt cette année pour une période de cinq ans.

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Le gouvernement fédéral versera près de 20 milliards $ en péréquation à cinq provinces en 2019-2020: le Québec, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick.

«Je pense que certains de mes collègues font face à des difficultés économiques cycliques, a réagi le ministre québécois des Finances, Éric Girard. Il y a d'autres programmes fédéraux pour faire face à ça.»

Il a appelé ses collègues à faire preuve de patience puisque le Québec est la deuxième province la plus endettée et qu'elle connaît un retard dans les investissements et la productivité.

«Le Québec a moins de richesses et on travaille là-dessus, a-t-il ajouté. Nous ce qu'on veut vraiment, c'est améliorer l'investissement, l'innovation au Québec, que l'économie soit plus forte et ça, c'est au bénéfice des Québécois, mais aussi des Canadiens.»

Le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a rappelé, quant à lui, que les paiements de péréquation ne servent pas à éponger les déficits budgétaires des provinces.

«Le but est d'assurer qu'on a un niveau de service à travers le pays qui est plus ou moins égal, a-t-il affirmé. Ça c'est une approche pour le long terme. On a déjà eu une discussion sur le fonctionnement et ça a été renouvelé pour cinq ans.»

Il s'est dit ouvert à discuter davantage des changements qui pourraient être apportés éventuellement à la formule et au programme de stabilisation auquel l'Alberta peut faire appel à court terme.