NOUVELLES
10/12/2018 14:41 EST | Actualisé 10/12/2018 16:00 EST

Emmanuel Macron tente d'apaiser la colère des gilets jaunes avec des mesures économiques

Le président français s'est adressé à la nation, lundi.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi soir une série des gestes visant à relancer le pouvoir d'achat, afin de tenter d'apaiser les "gilets jaunes", tout en admettant ne pas avoir su bien comprendre immédiatement la crise.

Dans une allocation d'une quinzaine de minutes, très attendue, le président a promis une série de mesures allant dans le sens de la hausse du pouvoir d'achat exigée par les "gilets": hausse du salaire minimum de 100 euros dès 2019, sans qu'il en coûte un euro de plus aux entreprises; défiscalisation des heures supplémentaires dès 2018 et annulation de la hausse de taxes qui avait été imposée aux pensions des retraités, pour ceux qui touchent moins de 2.000 euros par mois.

Il a de plus demandé que les employeurs qui le peuvent "versent une prime de fin d'année" qui ne sera pas fiscalisée et n'induira aucune charge.

Disant comprendre la "colère" et la "détresse", le président a par ailleurs fait son mea culpa, après les nombreux appels à sa démission qui ont fusé dans les rangs des "gilets jaunes" au cours des multiples manifestations, parfois violentes, qui ont eu lieu en France depuis la mi-novembre, paralysant le pays et mettant en lumière une profonde fracture sociale entre et son gouvernement et les gilets jaunes, ces Français modestes en révolte contre sa politique fiscale et sociale.

«Part de responsabilité»

"Je prends ma part de responsabilité", a-t-il dit. Maintes fois considéré comme méprisant, voire arrogant, après des sorties contre les Français "réfractaires au changement", il a également reconnu avoir "pu donner le sentiment" que la colère des gilets "n'était pas (son) souci".

Disant décréter "l'état d'urgence économique et social", il a assuré que "c'est en pressentant cette crise" qu'il s'était présenté à l'élection présidentielle en 2017.

"Je n'ai pas oublié cet engagement", a-t-il affirmé, disant "vouloir une France où nous pouvons vivre dignement de son travail".

À LIRE AUSSI:


Il a aussi annoncé diverses réunions et consultations, laissant entendre notamment qu'il pourrait y avoir une réforme de la représentation politique.

"Nous ne reprendrons pas vraiment le cours normal de nos vies sans que rien n'ait été changé", a assuré le président, à la cote de popularité très faible, estimant que "nous sommes à un moment historique pour notre pays".

En revanche, il a exclu toute "indulgence" pour les auteurs des nombreuses violences et pillages qui ont émaillé les diverses manifestations des gilets jaunes, dont certaines ont fait le tour du monde, comme les scènes de guerilla sous l'Arc de triomphe.

"Aucune colère ne justifie qu'on s'attaque à un policier, à un gendarme... Quand la violence se déchaîne, la liberté cesse", a souligné M. Macron.

Il a aussi écarté un retour sur la suppression de l'ISF, l'impôt qui taxait les ménages les plus fortunés et dont l'abolition au début du mandat de M. Macron est vécue comme une injustice par les "gilets jaunes".

À VOIR: L'allocution d'Emmanuel Macron. (L'article continue sous cette vidéo.)

La transformation de l'ISF pour inciter à des investissements productifs a permis de créer des emplois, a assuré le président.

Cette crise des gilets jaunes est la plus grave traversée par le jeune président élu en 2017. Il était resté mutique ou presque depuis les violentes manifestations du 1er décembre et les scènes d'affrontements sous l'Arc de triomphe qui avaient fait le tour du monde.

Emmanuel Macron, au plus bas dans les sondages, avait déjà reculé la semaine dernière en acceptant d'annuler une taxe sur les carburants, et dénoncée par les "gilets jaunes". Il s'agissait alors du premier recul depuis son arrivée au pouvoir: en un an et demi, le président qui a dit vouloir transformer la France n'avait jamais plié malgré les nombreuses manifestations d'opposition contre son vaste projet de réformes.

Mais ce premier geste n'avait pas suffi à apaiser la colère des "gilets qui déchire le pays depuis plus de trois semaines.

Reste à savoir si ces gestes suffiront à calmer la fronde tant la fracture sociale semble profonde entre, d'une part, une France qui a le sentiment de glisser vers la pauvreté sans être écoutée, et d'autre part, le gouvernement d'Emmanuel Macron, régulièrement accusé d'être le "président des riches".

À voir également: