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09/12/2018 16:49 EST | Actualisé 09/12/2018 16:49 EST

«M’entends-tu?»: Christian Bégin dans le rôle d’une prostituée transsexuelle

«C’est un personnage pathétique et souffrant, mais nullement grotesque...»

Télé-Québec

En plus d'être percutante, drôle et bouleversante, la série M'entends-tu, qui sera présentée cet hiver sur les ondes de Télé-Québec, marque le grand retour de Christian Bégin dans une série télé. Près de dix ans après Trauma, l'acteur ne remerciera jamais assez Florence Longpré d'avoir créé pour lui le rôle de Pretzel, une prostituée transsexuelle toxicomane. Un défi que l'animateur et homme de théâtre relève avec adresse, sensibilité et extravagance.

Devenir Pretzel

On fait la connaissance de Pretzel dès le premier épisode de M'entends-tu?, cette série qui se dévoile comme la promesse d'une petite révolution dans le monde télévisuel québécois. En une scène seulement, on s'attache à celle que l'on devine perdue et malade, et on ne peut que saluer le talent, la justesse et l'audace de Christian Bégin, méconnaissable en prostituée transsexuelle.

«Un rôle comme celui-là est un cadeau, lance-t-il d'emblée. Pour nous, les comédiens, ce qui est le moins intéressant, c'est de se jouer soi-même ou de jouer quelque chose qui est trop près de nous. Pretzel, ce n'est complètement pas moi et même si c'est un personnage qui ne vient que de façon furtive dans la série, elle vient avec des apparitions-chocs. Chaque fois qu'on la voit, il y a quelque chose qui se dégrade et qui se déglingue dans ce personnage pathétique et souffrant, mais certainement pas grotesque.»

Surpris que Florence Longpré ait pensé à lui pour prendre les traits de Pretzel, l'acteur a choisi de plonger tête baissée et entièrement dans cette aventure - voire ce rôle - inespérée.

«Va savoir ce qui se passe dans la tête d'un auteur. J'imagine que Florence trouvait que j'avais cette sensibilité-là. Tant qu'à le faire, j'ai décidé de vivre la totale. Je me suis fait raser de manière intégrale, je me suis fait faire le bikini à la cire chaude», explique-t-il en riant.

Télé-Québec
Florence Longpré et Christian Bégin dans «M'entends-tu?».

«Le CCM (coiffure, costume, maquillage), c'est 90% du travail, poursuit-il. Une fois qu'on a trouvé comment Pretzel s'habillait, que je portais la perruque, du vernis à ongles, des bijoux et des chaussures à plateforme, soudainement je ne pouvais plus parler ni marcher de la même façon. On a trouvé le ton et on a gardé la proposition que j'avais faite au départ à Florence, qui n'était pas la sienne initialement, mais qui l'a séduite et l'a convaincue de modifier sa vision du personnage.»

Il insiste d'ailleurs sur le fait que son personnage de Pretzel n'est pas un travelo, mais bien une transsexuelle qui se voit comme une femme.

«C'est une prostituée toxicomane qui ne va pas bien et qui s'est composée une femme dans sa tête; une sorte de personnage d'elle-même qui lui évite d'être en contact avec sa propre souffrance. On part de quelque chose de drôle oui, mais on sent tout de suite que ce n'est pas si comique que cela. De cette drôlerie, on va sombrer dans quelque chose de moins drôle au fil du temps.»

Si, selon lui, le danger était de tomber dans la caricature et le grotesque, Christian Bégin confie avoir beaucoup observé ce que l'acteur américain Jared Leto avait fait dans le film Dallas Buyers Club pour s'inspirer. Une performance à la frontière entre le très féminin et le très imprévisible.

«J'aime l'idée que Pretzel est comme un peu toujours sur l'éther ou sur l'ecstasy. Elle est tout le temps gelée, mais pas toujours gelée le fun. Il y a quelque chose de très aérien et de très sensuel qui fait que lorsqu'elle tombe, elle tombe d'encore plus haut. Et elle va tomber solidement.»

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Christian Bégin

Du talent et des risques

Christian Bégin ne tarit pas d'éloges lorsque vient le temps de parler de Florence Longpré. Il louange d'abord le dosage parfait, l'équilibre entre la comédie et la tragédie dans son écriture; autant dans ses créations théâtrales que dans cette première expérience à la télévision.

«Ce qui me fascine avec ce que Florence a fait est que ce regard sur ce milieu n'a jamais été posé de cette façon-là. On l'a visité de façon humoristique et plus caricaturale avec Les Bougon où il y avait une volonté d'exagération, de pousser l'odieux. Ici, il y a plutôt un regard à la fois impitoyable et extrêmement compatissant et humain sur ce milieu. C'est comme si l'auteure trouve toujours le moyen de laisser la lumière s'infiltrer à travers cette laideur et cette dureté; même si cette lumière ne reste pas longtemps et se fait fugitive.»

«Je ne dirai jamais assez à quel point je trouve que Florence Longpré est une auteure de génie», ajoute celui qui évoque des projets collaboratifs – et secrets pour le moment - à venir.

«Je trouve qu'on commence à prendre plus de risques en fiction, poursuit-il. Si je regarde des émissions comme Faits divers et Plan B que j'ai adorées, ce sont des séries vraiment originales qui commencent à être capables de jouer un peu champ gauche. On était rendus là, j'avais personnellement besoin de cela.»

M'entends-tu? sera diffusée les mercredis à 22 h à compter du 16 janvier 2019, sur les ondes de Télé-Québec. Vous pourrez également visionner la série en primeur - et gratuitement - sur le site de Télé-Québec entre le 15 décembre et le 6 janvier.

Christian Bégin montera sur les planches du Théâtre de Quat'Sous dans la pièce Noir, du 22 janvier au 9 février 2019.