NOUVELLES
09/12/2018 08:50 EST | Actualisé 09/12/2018 08:59 EST

Gilets jaunes: Macron devra trouver une sortie de crise

Environ 136 000 personnes ont manifesté pour une quatrième fin de semaine consécutive.

Les appels pressants se multipliaient dimanche en France pour que le président Emmanuel Macron apporte une réponse à la crise des "gilets jaunes", au lendemain d'une journée de mobilisation toujours forte et qui a donné lieu à de nouvelles violences et un nombre record d'interpellations.

Une semaine après les images sidérantes d'émeutes en plein Paris qui avaient fait le tour du monde, et en dépit des nombreuses mises en garde des autorités, les manifestants de ce mouvement populaire et inédit n'ont pas renoncé à défiler dans la capitale française et dans plusieurs villes de province, éprouvées pour certaines par des débordements et dégradations importantes.

Au niveau national, la mobilisation de ces Français modestes, née sur les réseaux sociaux et qui se traduit par des manifestations, barrages filtrants et sit-in, entre dans sa quatrième semaine et a réuni 136 000 manifestants samedi, mobilisation qui ne faiblit pas.

Pour tenter d'éviter les scènes de guérilla urbaine du 1er décembre en plein coeur de la capitale, les forces de l'ordre ont procédé à un nombre record de près de 2 000 interpellations sur l'ensemble du territoire, dont une majorité à Paris, selon le ministère de l'Intérieur.

À lire aussi sur le HuffPost Québec:

Dans la capitale, barricadée de manière exceptionnelle dans plusieurs quartiers stratégiques, les violences ont été sans commune mesure avec les scènes du samedi précédent, mais elles sont malgré tout importantes: voitures brûlées, vitrines brisées, heurts entre manifestants et forces de l'ordre, tirs de gaz lacrymogène en particulier sur la célèbre avenue des Champs-Elysées.

Ces rassemblements ont fait "beaucoup plus de dégâts" matériels à Paris que ceux du 1er décembre, a déclaré dimanche Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire.

Et en province, notamment à Bordeaux et Toulouse (sud-ouest), mais aussi à Marseille (sud-est) et Nantes (ouest), heurts et dégradations ont été importants. Dans plusieurs villes, des voitures et du mobilier urbain ont été incendiés, des vitrines saccagées et des magasins attaqués et/ou pillés.

«Catastrophe pour l'économie»

"C'est une catastrophe pour le commerce, c'est une catastrophe pour notre économie", a déploré dimanche devant la presse le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, lors d'une visite aux commerçants près de la gare Saint-Lazare à Paris, non loin d'un foyer de troubles la veille.

En pleine préparation des fêtes de Noël, les commerçants ont été nombreux à baisser le rideau samedi à travers le pays.

Le ministre a diagnostiqué une crise à trois facettes: "une crise sociale" avec les sujets liés au pouvoir d'achat, "une crise démocratique" avec une représentativité politique insuffisante, et "une crise de la nation" face à des "fractures territoriales (...) importantes".

Les "gilets jaunes" sont issus majoritairement des classes populaires et moyenne. Cette France des fins de mois difficiles se dit excédée par la politique fiscale et sociale d'Emmanuel Macron. Leur mobilisation est devenue ces dernières semaines le creuset d'autres contestations françaises (lycéens et étudiants dénonçant des réformes, routiers, agriculteurs, ambulanciers, etc...).

À VOIR: Marine Le Pen demande de l'action. (L'article se poursuit sous cette vidéo.)

L'exécutif français, désormais très impopulaire et sous la pression de ce mouvement soutenu par une majorité de Français, n'arrive pas jusqu'ici à réduire cette fracture sociale.

Le recul du gouvernement sur la hausse des taxes sur le carburant, revendication première des "gilets jaunes", n'a pas permis d'apaiser un mouvement particulièrement défiant à l'égard des élites politiques et des partis traditionnels.

Les regards sont désormais braqués sur Emmanuel Macron, toujours à la recherche d'une sortie politique à cet engrenage de révolte qui n'a aucune raison de s'arrêter de lui-même.

Le président est muet sur cette crise depuis le 1er décembre. Il doit s'exprimer en début de semaine, et pourrait annoncer des mesures sociales.

«Ressaisissement»

"Le président de la République va parler (...) en début de semaine et je pense que son propos sera suffisamment fort pour que le mouvement puisse s'enrayer ou au moins que les casseurs puissent être dissuadés", a commenté dimanche le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

"Je sais, pour le constater dans certains pays, combien la démocratie est fragile; elle peut être aussi fragile chez nous et donc j'appelle au ressaisissement, par le dialogue, parce que c'est notre manière d'être", a poursuivi M. Le Drian.

Alain Juppé, le maire de droite de Bordeaux - théâtre de gros débordements samedi en fin de manifestation - a estimé qu'il fallait que le président "parle, parle vite, qu'il tienne un discours fort à l'attention des Françaises et des Français". Il a exhorté M. Macron à tenir "un discours d'autorité", mais aussi "de compréhension, d'empathie".

Pour le chef de file des députés UDI (centre), Jean-Christophe Lagarde, M. Macron tient l'occasion de "remettre son costume de président" et rétablir de la distance après avoir privilégié un contact "direct" avec les Français, a-t-il dit sur la chaîne BFMTV. "Le plus important pour le président, c'est après avoir blessé, humilié, montré une forme de mépris pour le peuple, d'être capable de s'excuser. Il n'y a pas de honte à faire des erreurs".

Les Français attendent "un mot de compassion de la part" d'Emmanuel Macron mais aussi "des annonces très concrètes sur le pouvoir d'achat", a jugé le porte-parole du parti d'extrême droite Rassemblement national (ex-FN) Jordan Bardella.