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08/12/2018 13:10 EST | Actualisé 08/12/2018 13:10 EST

Gilets jaunes: pas facile d'être touriste à Paris

Rues sans voitures, Tour Eiffel et musées fermés, boutiques et cafés barricadés...

ABDUL ABEISSA via Getty Images

Diamants et montres de luxe ont été escamotés des vitrines des joailliers, toutes masquées. Sur une place Vendôme déserte, Livio Forte, un touriste new-yorkais, tire sur son gros cigare, observant avec fatalisme la longue file de fourgons de police qui sécurise les lieux.

Ce long week-end dans la ville lumière devait être un anniversaire surprise pour les 59 ans de sa femme Carmela. "Il sera effectivement mémorable", commente cette dernière avec une pointe d'ironie.

Rues sans voitures, Tour Eiffel et musées fermés, boutiques et cafés barricadés: le coeur touristique de la capitale française avait samedi des airs de ville fantôme et bicolore, sillonée de manifestants en gilet jaune et de policiers en uniforme marine.

"Tout était fermé. Alors, on a fêté mon anniversaire au champagne dans le lobby de notre hôtel", le palace Westin, à quelques dizaines de mètres de là, sourit Carmela, sortie "prendre l'air" avec son mari au terme d'une journée confinée.

Galerie photoGilets jaunes: 31 000 manifestants en France, près de 1000 arrestations Voyez les images

Les scènes de guerilla urbaine survenues le weekend dernier, dont les images ont fait le tour du monde, n'avaient pas échappé à Livio.

Avant de prendre l'avion, il a passé un coup de fil à l'hôtel. "Ils nous ont dit que tout était fini, qu'il n'y aurait pas de problème. Un sacré mensonge", s'énerve cet Américain, qui vit à Long Island.

Arrivé jeudi, le couple, rejoint par deux amis, devait se rendre ce samedi sur les plages du débarquement de juin 1944 en Normandie. "Mon père s'est battu à Omaha Beach", confie Carmela.

L'excursion a été annulée en raison des barrages routiers dressés depuis plus de trois semaines sur de nombreuses routes du pays par des "gilets jaunes" en rebellion contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

«Dommage pour la Tour Eiffel»

Non loin de là, deux touristes autrichiens déambulent devant la pyramide du Louvre, beaucoup moins fréquentée qu'à l'ordinaire. Le plus grand musée de Paris a fermé ses portes, comme la quasi-totalité des attractions touristiques de la capitale.

Des détonations de lance grenades retentissent à distance: la police empêche les manifestants d'accéder à la place de la Concorde, toute proche du palais présidentiel de l'Assemblée nationale.

"Tout le monde semble un peu tendu. Mais nous nous faisons attention et nous nous déplaçons, si nécessaire", explique Michael Klemm, 36 ans, venu de Vienne avec sa fille Rafaela, 16 ans.

On savait que le Louvre était fermé. Mais on voulait au moins le voir de l'extérieur. C'est dommage pour la tour Eiffel, mais on verra si on peut y entrer demain matin.Michael Klemm, touriste

À deux pas des grands magasins du boulevard Haussmann, rideaux baissés, deux touristes belges sont penchés sur un plan de Paris, l'air perplexe. Ils tentent de se rendre Gare du Nord mais ni les métros ni les bus ne circulent.

Belinda De Cuyper, employée d'une entreprise américaine à Bruxelles, 46 ans, et son compagnon Franck van Poppel, 54 ans, qui travaille dans le tourisme sont arrivés jeudi matin à Paris pour un court séjour prévu de longue date. Ils doivent repartir dans la soirée pour la Belgique.

"On était dans un hôtel dans une petite rue adjacente aux Champs Elysées. Ils nous ont conseillé de partir très tôt pour éviter les manifestations", explique Belinda, qui tire une petite valise à roulettes.

"C'était un peu stressant depuis hier soir. On a reçu des messages des amis et de nos familles nous disant 'soyez prudents'", dit-elle.

À VOIR: Les images de la manifestation de samedi à Paris. (L'article continue sous cette vidéo.)

Mais le couple "comprend le mouvement. On est des travailleurs normaux. En Belgique aussi les impôts sont hauts et on s'inquiète pour le futur de nos enfants", alors que le mouvement des "gilets jaunes" commence à faire tâche d'huile en Belgique.

"Ce n'est pas la guerre, c'est une manif", relativise Franck qui espérait "pouvoir visiter Montmartre", au nord de la capitale, avant de repartir.

Quant à Carmela Forte, elle compte bien prendre sa revanche. "Demain c'est shopping", lance-t-elle dans un sourire.