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07/12/2018 12:48 EST | Actualisé 07/12/2018 12:48 EST

Les milieux financiers et économiques veulent accélérer la transition vers une économie verte

Ils interpellent le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux qui sont réunis ce vendredi à Montréal.

THE CANADIAN PRESS/Ryan Remiorz

Des joueurs importants des milieux économiques et financiers joignent leurs voix à celle des environnementalistes afin d'accélérer la transition vers une économie verte.

Une quinzaine d'organisations canadiennes, dont le Mouvement Desjardins, Énergir, l'Association de l'aluminium du Canada et Équiterre, réclament un leadership politique plus fort «afin de passer de la parole aux actes», en réponse à la crise climatique.

Ils interpellent le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux qui sont réunis ce vendredi à Montréal.

Les organisations membres de l'Alliance SWITCH exigent des premiers ministres qu'ils favorisent l'essor d'une économie sobre en carbone dans toutes les provinces et dans tous les secteurs économiques canadiens.

Selon Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l'Atlantique de la Fondation David Suzuki, «le consensus scientifique sur la nécessité d'agir rapidement nous oblige à passer en vitesse supérieure pour léguer aux générations futures une société propre, résiliente et équitable».

Le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, aborde dans le même sens.

«La réalité, c'est que la vague est partie. Et la vague ne s'arrêtera pas, lance le représentant d'employeurs. Alors on a le choix: ou on attend d'être dans le mur et ça va faire très mal et coûter cher, ou on commence tout de suite à mettre en oeuvre les bases avec une prévisibilité et l'on "walk the talk" (pose des gestes en fonction de nos paroles).»

Par exemple, «tous les investisseurs institutionnels sont en train de transférer leurs investissements dans des secteurs qui ne seront pas victimes de la transition énergétique», d'après M. Dorval.

«Plutôt que de se mettre la tête dans le sable et d'essayer de tout éviter et repousser ça, on va travailler ensemble à voir comment on pourrait saisir cette occasion pour faire du développement économique durable, ajoute Yves-Thomas Dorval lors d'une entrevue accordée à La Presse canadienne en compagnie de M. Mayrand. Cela ne doit pas être une menace au développement, mais une occasion de générer une plus-value économique, environnementale et sociale.»

Pour ce faire, l'écologiste souligne qu'une équité sur le prix du carbone sera notamment essentielle entre les provinces. Il explique qu'il y a fondamentalement inéquité s'il n'y a pas un prix sur la pollution à travers tout le pays et que cela a pour effet que certaines provinces vont annuler les progrès réalisés par d'autres.

M. Dorval convient qu'il doit y avoir une dimension économique à l'émission de gaz à effets de serre et que les joueurs doivent être traités de façon équitable.

Le directeur de la Fondation David Suzuki se dit même convaincu que la transition s'accélère.

«Il y a des gens qui vivent sur l'ancienne économie et qui souhaitent qu'elle dure le plus longtemps possible, explique-t-il. Il y en a d'autres qui vivent sur la nouvelle et qui vont aller chercher des parts de marché irrécupérables.»

L'environnementaliste cite en guise d'exemple l'industrie automobile américaine des années 1970, qui a été victime du choc pétrolier davantage que ses compétiteurs japonais qui offraient des véhicules plus petits et moins énergivores.

Karel Mayrand croit qu'il risque d'arriver la même chose avec l'électrification du transport: certains fabricants profitent actuellement de la grande popularité des VUS, tout en sachant que les voitures électriques s'en viennent.

Leviers gouvernementaux

Il y a un mois jour pour jour, plus de 500 artistes, scientifiques et leaders de différents secteurs ont invité les citoyens québécois à s'engager individuellement à réduire leur empreinte écologique en signant le Pacte pour la transition. À ce jour, plus de 250 000 personnes y ont adhéré.

Messieurs Dorval et Mayrand appuient l'initiative qui clame que la solution passe par la volonté politique.

L'écologiste rajoute que ce sont ultimement les gouvernements qui doivent rehausser leur leadership, car ils disposent des leviers fiscaux, réglementaires ainsi que d'un pouvoir énorme de dépenser. De plus, ce sont eux qui fixent les règles du marché.

Le PDG du Conseil du patronat renchérit en précisant que les gouvernements sont d'importants donneurs d'ouvrage et qu'ils doivent favoriser l'innovation.

Contexte particulier

La 24e Conférence des Nations Unies sur le climat se poursuit à Katowice, en Pologne, dans un contexte où les avis sur la question des émissions polluantes sont divisés.

Si les États-Unis et le Brésil menacent de se retirer de l'Accord de Paris sur le climat dès qu'ils en auront l'occasion, le contexte de polarisation autour des enjeux d'économie verte est aussi perceptible au Canada.

Karel Mayrand estime que «presque tout le monde maintenant est prêt à aller de l'avant, mais il y a un blocage politique». Selon l'environnementaliste, un éventuel déblocage transformerait la vague en faveur de la transition en une véritable marée.