POLITIQUE
07/12/2018 18:10 EST | Actualisé 08/12/2018 10:07 EST

Avec sa majorité, la CAQ impose son «idéologie conservatrice» au Québec, clament les partis d’opposition

«Quand on nous demande : "est-ce que vous vous sentez mal de respecter vos engagements", notre réponse est non», réplique la vice-première ministre.

Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, a tenu un point de presse pour faire le bilan de la session parlementaire, le 7 décembre 2018.
La Presse canadienne
Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, a tenu un point de presse pour faire le bilan de la session parlementaire, le 7 décembre 2018.

QUÉBEC – Les partis d'opposition reprochent au gouvernement Legault – qui est en place depuis deux mois et des poussières – de vouloir enfoncer une «idéologie» conservatrice et non-fondée sur des faits dans la gorge des Québécois.

La Coalition avenir Québec (CAQ), de son côté, soutient qu'elle ne fait que respecter ses nombreux engagements faits à la population.

C'était jour de bilan à Québec après une courte, mais intense session parlementaire de deux semaines, au cours de laquelle le gouvernement a déposé trois projets de loi – dont celui pour augmenter l'âge légal du cannabis à 21 ans, une mise à jour économique prudente pour le portefeuille de l'État et un plan pour réduire les quotas d'immigration dès 2019.

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Malgré les hauts cris de l'opposition, la vice-première ministre Geneviève Guilbault réplique que la seule idéologie que son gouvernement représente est la cohérence.

«On s'est fait élire avec un mandat très clair – avec 74 députés – on a toujours eu aussi des engagements qui étaient très clairs, a-t-elle dit. Je pense qu'à la fois les groupes d'opposition et les gens en général seraient plus enclins à nous reprocher l'inverse, c'est-à-dire de ne pas respecter nos engagements.»

«Alors quand on nous demande : "est-ce que vous vous sentez mal de respecter vos engagements", notre réponse est non.»

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La vice-première ministre Geneviève Guilbault entourée de plusieurs ministres et membres du gouvernement Legault.

Son collègue Simon Jolin-Barrette, le leader parlementaire du gouvernement et donc responsable de l'agenda législatif, admet que la CAQ a voulu déposer «le plus rapidement possible» des projets de loi qui respectaient les promesses caquistes.

«Ce sont des engagements clairs qui faisaient partie intégrante de la campagne électorale, alors je ne vois pas pourquoi les partis d'opposition nous reprochent de déposer des projets de loi qui répondent à ces engagements-là», estime M. Jolin-Barrette.

Sondages et marketing

Manon Massé, chef parlementaire de Québec solidaire (QS), compare le premier ministre François Legault aux chefs conservateurs Stephen Harper ou Andrew Scheer «en termes d'idéologie».

«Dans le dossier de l'immigration, dans le dossier du cannabis, dans le dossier du troisième lien, dans le dossier de l'environnement, M. Legault préfère être à l'écoute de son idéologie conservatrice plutôt que d'écouter la science et les experts», a-t-elle critiqué.

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Le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, entouré de membres de son caucus pour le bilan de la courte session parlementaire.

Le chef libéral par intérim, Pierre Arcand, ajoute que la CAQ a la fâcheuse habitude de se baser sur des sondages avant d'élaborer ses politiques publiques. Il note aussi que le parti «fait beaucoup de marketing», comme l'a prouvé l'immense drapeau du Québec installé derrière M. Legault lors de l'annonce de la mise à jour économique.

Cela dit, M. Arcand n'est pas prêt à dire que la CAQ est un «parti idéologue» pour le moment. «Vous savez, je vais voir de quelle façon ils vont gouverner, a-t-il dit. Mais je dois dire que depuis le début, je ne suis pas très impressionné.»

«On va les écouter», mais...

«Ils ont été élus par moins de 40% de la population, renchérit Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois (PQ). Alors c'est toujours bien de créer des consensus, de s'assurer que lorsqu'on dépose un projet de loi, qu'il soit la meilleure version possible.»

À son avis, il serait tout à fait «humain» que la CAQ recule sur certaines promesses ou fasse des compromis sur des projets de loi ou des politiques publiques après avoir consulté des experts, des études ou après avoir parlé aux partis d'opposition.

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Le chef par intérim du PQ, Pascal Bérubé, en compagnie de ses députés Lorraine Richard et Joël Arseneau.

M. Jolin-Barrette dit souhaiter que les partis d'opposition «collaborent» lors des études détaillées des projets de loi en commission parlementaire.

«Il y a des bonnes idées dans tous les partis, on va les écouter en commission parlementaire, mais chose certaine, on a été élus pour mettre en place ces réformes-là et on va les mettre de l'avant», a-t-il précisé.

La politique de la «main tendue»?

Mme Guilbault dit que le gouvernement a fait savoir dès son arrivée qu'il avait l'intention d'adopter une «attitude de collaboration». La preuve? La CAQ a reconnu le PQ et QS comme partis reconnus à l'Assemblée nationale et ce, même s'ils n'avaient pas les critères requis.

Elle dit aussi avoir invité des députés de l'opposition lors d'annonces gouvernementales dans les premières semaines du gouvernement. L'ex-péquiste François Gendron a notamment été invité à l'inauguration de la prison d'Amos. La députée solidaire Catherine Dorion était quant à elle présente pour une découverte archéologique dans le Vieux-Québec.

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«Alors je pense que cette attitude de la main tendue, on l'a adoptée d'entrée de jeu, estime Mme Guilbault. Maintenant, nous, on doit gouverner, on doit respecter nos engagements, donc j'invite les oppositions à eux aussi faire preuve de la même ouverture et de la même collaboration.»

Or, cette «attitude de la main tendue» n'a pas été appliquée en toutes circonstances.

Après l'importante tempête qui a coupé les Îles-de-la-Madeleine du reste du monde, l'équipe de Mme Guilbault a omis d'inviter le député péquiste Joël Arseneau aux séances de briefing et aux annonces gouvernementales, comme c'est l'habitude dans le cas d'une crise.

Au sein de l'équipe de la ministre de la Sécurité publique, on plaide l'erreur de bonne foi et les décisions prises à la dernière minute. Mais la gestion de crise n'a pas empêché la photographe officielle du premier ministre d'être sur place pour prendre des clichés.