POLITIQUE
06/12/2018 19:43 EST | Actualisé 06/12/2018 22:40 EST

Catherine Dorion a parlé de la solitude des temps modernes dans son premier discours

«On n'est pas contre l'argent, mais de l'argent pour quoi, si on n'a plus le temps de s'aimer, si on n'a plus le temps de prendre soin les uns des autres, si on passe notre vie sur le bord du burn-out?»

La députée de Taschereau, Catherine Dorion, a livré un discours sur la culture, la solitude et la lutte pour son premier discours au Salon bleu.
Capture d'écran/Assemblée nationale du Québec
La députée de Taschereau, Catherine Dorion, a livré un discours sur la culture, la solitude et la lutte pour son premier discours au Salon bleu.

QUÉBEC – Alors que tous les yeux étaient tournés vers son style vestimentaire, la députée solidaire Catherine Dorion a livré un touchant discours sur la solitude des temps modernes, entre un hommage au poète franco-ontarien Patrice Desbiens et un clin d'oeil au leader indépendantiste Pierre Bourgault.

Mme Dorion – qui a dit souhaiter qu'on ne la trouve pas trop «extraterrestre» - répondait au discours d'ouverture du premier ministre François Legault, à titre de porte-parole du troisième groupe d'opposition en matière de culture, de communications et de langue française.

Le nom de Patrice Desbiens était bien en vue sur son chandail, qu'elle avait auparavant caché avec un veston. Elle a commencé en citant l'un de ses poèmes : «Je suis d'un pays où le mot "engagé" veut dire que tu t'es trouvé une job».

La députée a partagé une vidéo de son allocution sur les réseaux sociaux, en prenant bien soin de répliquer aux médias qui s'attaquent à la forme et non au fond:

«Je vais commencer par vous parler du problème qui, d'après moi, est la pierre angulaire de tous les autres, et j'ai nommé la solitude, qu'on pourrait aussi appeler la désintégration de la culture», a commencé la nouvelle députée de Taschereau.

À son avis, il est «absurde» que le premier ministre Legault vante l'importance de la culture, alors que les Québécois vivent à un rythme effréné qui les laisse «dans un stress constant qui pollue l'ambiance sociale, et tout ça pour que supposément l'économie aille mieux et que les payeurs de taxes aient plus d'argent dans leurs poches».

«On n'est pas contre l'argent, mais de l'argent pour quoi, si on n'a plus le temps de s'aimer, si on n'a plus le temps de prendre soin les uns des autres, si on passe notre vie sur le bord du burn-out, si on est de plus en plus isolés, atomisés, désorientés? De l'argent, pourquoi?»

La dame seule à Noël

Après avoir cité des études qui clament que l'isolement est plus dommageable pour la santé que la sédentarité, le tabagisme ou l'alcoolisme, Dorion a noté que les prescriptions d'antidépresseurs ont augmenté de façon dramatique dans les dernières années chez les enfants, les adolescents, mais aussi les aînés.

D'ailleurs, une personne âgée de 65 ans et plus sur cinq déclare n'avoir aucun ami, ni connaissance sur qui compter, note-t-elle.

Un des résidents de sa circonscription, qui travaille pour une agence du gouvernement, lui a raconté avoir appelé une dame âgée pour lui signaler un oubli bureaucratique. Elle allait recevoir l'équivalent de 10 000$, donc il lui a dit : «Vous allez probablement passer un beau Noël».

La dame lui aurait répondu : «Si j'avais de l'amour, je passerais un beau Noël». Le travailleur dit qu'il aurait aimé lui parler plus longtemps, une heure peut-être, mais qu'il avait un quota d'appels à faire cette journée-là.

«Dans la vitesse, nous nous sommes déconnectés de nos aînés, et il en découle de part et d'autre une énorme souffrance», relate la députée Dorion, qui ajoute que le gouvernement conservateur au Royaume-Uni a créé un premier Ministère de la Solitude.

Le rêve de jeunesse de Legault

«Alors, pour en arriver au comment, comment faire, il ne s'agit pas que de programmes, il ne s'agit pas que de crédits d'impôt, dit-elle. Il s'agit de laisser aux Québécois le temps de se retrouver, il s'agit d'arrêter de leur pousser sans cesse dans le dos. (...) Et, si on n'accepte pas de redonner ce temps-là aux Québécois, alors ça va être aux Québécois de le reprendre.»

À son avis, les plus jeunes ont hérité de l'expérience de la lutte de leurs parents et de leurs grands-parents, qui ont lutté pour l'émancipation du Québec, contre la domination du clergé et qui «se sont presque libérés de la domination du gouvernement fédéral» au dernier référendum.

«Et je voudrais terminer avec un petit clin d'oeil au passé indépendantiste de notre premier ministre, dit-elle. Je voudrais m'adresser au rêveur en lui, en quelque sorte, et lui citer Pierre Bourgault, qui disait, en l'an 2000 : «...j'ai compris une chose à travers toutes ces années. Il faut rêver, il faut rêver toujours, il faut surtout rester fidèle à ses rêves de jeunesse : ce sont les seuls.»

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