POLITIQUE
06/12/2018 14:31 EST | Actualisé 06/12/2018 15:05 EST

Cannabis: l’opposition accuse la CAQ de pratiquer la «politique de l’autruche»

Ça a chauffé à la période des questions à Québec.

André Fortin, porte-parole de l'opposition officielle en matière de Santé, a voulu tourner au ridicule le projet de loi de la CAQ sur le cannabis.
La Presse canadienne
André Fortin, porte-parole de l'opposition officielle en matière de Santé, a voulu tourner au ridicule le projet de loi de la CAQ sur le cannabis.

QUÉBEC – Le gouvernement Legault se cache la tête dans le sable s'il croit que les jeunes de moins de 21 ans vont arrêter de consommer du cannabis lorsque l'âge légal sera haussé, selon l'opposition libérale à Québec.

«Les jeunes vont continuer de fumer, mais vous ne les verrez pas à la SQDC [Société québécoise du cannabis]. Ils vont continuer d'aller voir le dealer, ils vont continuer de fumer de la scrap. Ce que le ministre [Lionel Carmant] fait, c'est la politique de l'autruche», a critiqué André Fortin, porte-parole libéral en matière de Santé.

Ses propos reflètent sensiblement la même chose que le témoignage, devant la presse parlementaire, de deux jeunes de secondaire cinq de l'école secondaire Joseph-François-Perrault à Québec croisés quelques instants avant une conférence de presse du ministre Carmant mercredi.

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«C'est extrêmement facile d'en trouver [du cannabis]. J'en veux, j'en ai à la pause et ça finit là. C'est de même pour toutes les personnes dans tous les milieux», a déclaré l'un des deux jeunes hommes, qui précise qu'il n'est pas lui-même un consommateur de cette drogue.

Mais le ministre Carmant, qui a déposé ce projet ce loi pour restreindre l'usage du cannabis, persiste et signe : à son avis, le Québec s'est au contraire «sorti la tête du sable» en abordant de front l'enjeu de la santé mentale des adolescents et des jeunes adultes.

Il a réitéré que le gouvernement consacrera 25 millions d'investissements pour aider les jeunes qui ont des problèmes de dépendance au cannabis et qui pourraient développer des problèmes psychotiques. Il veut aussi déstigmatiser la psychiatrie chez les jeunes avec le programme Aire ouverte.

M. Carmant convient toutefois que l'éducation chez les jeunes aurait un effet non pas immédiat, mais «à long terme». «Notre but, c'est de repousser l'âge de la première consommation», dit-il.

Une «fournée de muffins» pour les locataires

En réaction à cet article du HuffPost Québec, M. Fortin a critiqué le fait que les locataires au Québec n'auront nulle part où fumer du cannabis et ce, même si la drogue est légale en principe.

Le projet de loi de la CAQ interdit la consommation de cannabis qui produit de la fumée dans tous les lieux publics. En clair, seuls les propriétaires pourront fumer sur leur terrain privé, mais la question se complique toutefois pour les locataires.

Le ministre Carmant a déclaré que ceux qui n'auront pas le droit de fumer, en raison d'une interdiction dans leur bail, pourront toujours consommer des produits dérivés ou de l'huile de cannabis.

La Presse Canadienne
Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, a présenté le deuxième projet de loi du gouvernement Legault mercredi, 5 décembre.

«Ça manque de sérieux, a déploré M. Fortin. 40% des Québécois sont locataires et, à tout ce monde-là, le ministre dit : "Faites-vous donc une petite fournée de muffins!" C'est vraiment ça, le compromis scientifique du ministre?»

M. Carmant a répondu que les Québécois s'étaient battus pendant des années pour diminuer le tabagisme dans les aires publiques et ont réussi à diminuer la consommation de cigarettes de façon importante.

«Pourquoi perdre nos efforts en rajoutant le cannabis dans les lieux publics? La consommation sera permise sous d'autres formes que la forme fumée et je crois que les locataires et propriétaires vont savoir que c'est une bonne décision que l'on prend.»

21 ans... pour l'alcool aussi?

Le nouveau ministre, qui est neurologue de formation, a causé une petite tempête médiatique tôt jeudi matin lorsqu'il a laissé entendre lors de deux entrevues qu'il était prêt à débattre du fait d'augmenter l'âge légal pour l'alcool à 21 ans.

«Si l'alcool était légalisé avec toute la science qu'on a aujourd'hui, je ne pense pas que 18 ans serait une bonne option», a-t-il dit à CBC News. «C'est un débat qu'on devrait avoir», a-t-il ajouté lorsque l'animateur lui a demandé s'il fallait modifier la loi.

Les propos de M. Carmant lui ont valu une varlopée de réactions de tous les partis d'opposition.

«Si pour la marijuana et pour l'alcool, ça devient 21 ans, c'est quoi la prochaine étape?» s'est questionné Pascal Bérubé, chef par intérim du Parti québécois.

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«Est-ce qu'on doit augmenter l'âge pour voter? Est-ce qu'on doit augmenter l'âge pour obtenir un permis de conduire? Est-ce qu'on doit augmenter l'âge pour servir les Forces armées canadiennes?» a demandé M. Fortin, du Parti libéral du Québec.

«C'est cohérent avec l'attitude générale du gouvernement sur la question du cannabis, qui est une approche idéologique, une approche conservatrice, une approche quasiment anti-scientifique», a opiné Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire.

Le premier ministre François Legault a par la suite fermé la porte complètement à cette option. Le ministre Carmant, lui, a rectifié le tir en précisant que la question aurait été pertinente à l'époque de la fin de la prohibition de l'alcool.

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