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05/12/2018 16:07 EST | Actualisé 05/12/2018 16:07 EST

Les anciens présidents prennent leurs distances de Trump aux funérailles de Bush

Les prédécesseurs de M. Trump ont tous fait connaître leur malaise de différentes manières.

AP Photo/Alex Brandon

Le club le plus exclusif des États-Unis — celui des présidents — s'est réuni mercredi pour rendre un dernier hommage à George H.W. Bush, affichant publiquement sa relation difficile avec le titulaire actuel du poste le plus puissant du monde.

Ce fut une réunion inconfortable entre le président Donald Trump et les anciens occupants de la Maison-Blanche qui ne cachent pas leur désapprobation à son endroit.

Avant le début de la cérémonie, mercredi à la cathédrale nationale de Washington, les ex-présidents Barack Obama, Bill Clinton et Jimmy Carter, accompagné de leur épouse, ont discuté amicalement entre eux, assis sur le banc de la première rangée. Bill Clinton et l'ancienne première dame Michelle Obama ont eu une conversation à voix basse.

Mais l'arrivée du couple Trump, quelques minutes avant le cortège funèbre de M. Bush, a semblé avoir l'effet d'une douche froide sur les «ex». La première dame Melania Trump s'est approchée la première, saluant le couple Obama et l'ancien président Clinton d'une poignée de main. Le président Trump a ensuite serré la main de M. et Mme Obama avant de s'asseoir. Hillary Clinton a regardé droit devant elle quand les Trump sont arrivés, tandis que les Carter ont semblé ne pas avoir remarqué leur présence.

Après cela, les conversations amicales le long de la rangée se sont arrêtées.

Est ensuite arrivé George W. Bush, qui a serré la main à toute la première rangée de dignitaires — et a même semblé partager un moment d'humour avec Michelle Obama, lui glissant quelque chose dans la main. M. Bush a pris place de l'autre côté de l'allée centrale, avec le reste de la famille Bush.

La poignée de main Trump-Obama était la première interaction directe entre le président actuel et son prédécesseur immédiat depuis le jour de l'investiture en 2017. M. Trump n'a pas parlé à Mme Clinton ou M. Obama, deux démocrates, depuis ce jour.

Ceux qui ont occupé la Maison-Blanche partagent une expérience rare qui engendre généralement une camaraderie spéciale transcendant souvent les lignes de parti. Mais les règles non écrites de ce club exclusif ont été perturbées par l'élection de M. Trump. Et depuis son assermentation, M. Trump a dédaigné la plupart des contacts avec ses prédécesseurs, qui lui ont bien rendu la pareille.

Un malaise partagé

Malgré la fraternité traditionnelle entre les présidents, les prédécesseurs de M. Trump ont tous fait connaître leur malaise de différentes manières.

«Il est inhabituel qu'une cabale d'anciens présidents des deux partis déteste un président en exercice, et c'est ce qui se passe actuellement», souligne Douglas Brinkley, professeur d'histoire à l'université Rice.

En raison de leur longévité et de leurs possibilités d'influence continue, les ex-présidents restent plus longtemps que jamais actifs et visibles dans l'oeil du public.

Occupés par diverses activités personnelles, par des œuvres de bienfaisance et, dans certains cas, par des discours rémunérés, les anciens présidents ne se rencontrent pas très souvent, ce qui fait de l'enterrement d'un des leurs une grande occasion de retrouvailles. Liés par la présidence, ils ont tendance à faire preuve de prudence dans leurs commentaires les uns concernant les autres. Néanmoins, tous les anciens présidents encore en vie ont déjà décoché des flèches en direction de Donald Trump, directement ou indirectement.

Dans un discours prononcé en septembre, M. Obama a critiqué les «trucs fous» qui sortent de la Maison-Blanche, sans nommer directement M. Trump. L'année dernière, George W. Bush a prononcé un discours sur de nombreux thèmes de la présidence Trump sans le nommer, soulignant que «le sectarisme semble enhardi» et que la politique américaine «semble plus vulnérable aux théories du complot et aux fabrications totales».

Au cours de l'été, M. Carter a déclaré au «Washington Post» que la présidence de M. Trump était un «désastre». Et M. Clinton, irrité par la défaite de sa femme Hillary à la présidentielle de 2016, a déclaré à un journal hebdomadaire de l'État de New York que M. Trump «ne sait pas grand-chose».

Même George H. W. Bush semblait avoir une opinion négative de M. Trump. Dans le livre «The Last Republicans» de Mark K. Updegrove, publié l'année dernière, M. Bush avait qualifié M. Trump de «fanfaron».

Le défunt président Bush a déclaré qu'il avait voté pour Hillary Clinton en 2016, tandis que son fils a dit n'avoir voté pour «aucun» des candidats.

Il y a eu d'autres moments où les ex-présidents ont semblé plus sympathiques envers M. Trump. Après la victoire surprise du milliardaire en 2016, M. Obama s'était présenté dans la roseraie à la Maison-Blanche pour déclarer qu'il «soutenait» le prochain président. M. Carter a dit au «New York Times» en 2017 que les médias avaient été plus durs envers M. Trump qu'envers les autres présidents. En juin, Mme Clinton avait affirmé que les États-Unis devraient espérer que les pourparlers de M. Trump avec la Corée du Nord soient couronnés de succès.

M. Brinkley a rappelé que les funérailles présidentielles avaient tendance à être des événements courtois, même après des tensions politiques.

Après tout, «Bill et Hillary étaient à l'enterrement de Nixon même si Hillary a travaillé pour le destituer», a-t-il rappelé.