POLITIQUE
04/12/2018 11:49 EST | Actualisé 04/12/2018 18:09 EST

Seuils d'immigration: Ottawa veut éviter une confrontation avec Québec

Le ministre québécois de l'Immigration Simon Jolin-Barrette a confirmé une baisse des seuils en 2019.

LILLIAN SUWANRUMPHA via Getty Images

Ottawa semble vouloir éviter à tout prix une confrontation avec Québec sur les seuils d'immigration même si le gouvernement caquiste prévoit une diminution en 2019 dans deux catégories d'immigrants qui relèvent du fédéral.

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a réagi mardi aux nouvelles cibles en immigration de Québec en pesant ses mots et en insistant sur la collaboration entre les deux gouvernements sur cette question.

"Nous ne sommes pas surpris (...), a-t-il dit. Nous sommes déçus cependant que le gouvernement, face à la pénurie de main-d'oeuvre, ait décidé de réduire le nombre d'immigrants.

"Nous croyons qu'un système d'immigration qui fonctionne bien fait partie de cette solution-là, cependant la collaboration sur les questions d'immigration avec le Québec est très importante pour nous", a-t-il ajouté.

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Le ministre québécois de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, a déposé mardi après-midi son plan pour l'année 2019. Le gouvernement caquiste prévoit recevoir environ 10 000 nouveaux arrivants de moins en 2019.

La Coalition avenir Québec (CAQ) avait promis en campagne électorale de réduire le nombre d'immigrants accueillis de 50 000 à 40 000 par année, avec des baisses dans les trois catégories, soit les immigrants économiques, les réfugiés et ceux issus du programme de réunification familiale.

Or, Québec n'a pas le pouvoir de limiter le nombre de réfugiés ni les immigrants acceptés pour rejoindre leur famille. Il peut seulement réduire le nombre d'immigrants économiques qui pourraient pourtant aider à atténuer la pénurie de main-d'oeuvre.

LeBlanc ne veut pas de chicane

Le ministre LeBlanc a insisté sur la "relation constructive" qui existe entre les deux gouvernement depuis la signature en 1991 de l'Accord Canada-Québec. Cette entente permet au gouvernement québécois de sélectionner les nouveaux arrivants qui s'installent sur son territoire.

"Vous me connaissez assez bien, moi je ne suis pas quelqu'un qui veut me chicaner, moi je suis toujours de bonne humeur", a-t-il affirmé sans préciser si le geste de Québec provoquerait la réouverture de l'entente.

Le plan québécois contraste avec la hausse des seuils d'immigration du gouvernement Trudeau dévoilée à la fin du mois d'octobre. Le plan fédéral prévoit une augmentation graduelle du nombre d'immigrants chaque année pour atteindre 350 000 en 2021 pour l'ensemble du pays. Cela correspond à près de 1 pour cent de la population canadienne.

Les ministres LeBlanc et Jolin-Barrette ont tous deux indiqué vouloir poursuivre les discussions déjà entamées sur cette question.

Trudeau trouve le moment mal choisi

Les propos de Dominic LeBlanc font écho à ceux prononcés plus tôt dans la journée par le premier ministre Justin Trudeau, selon qui le moment est mal choisi pour réduire les seuils d'immigration en raison de la pénurie de main-d'oeuvre qui sévit dans la province.

"On continue à être en discussion avec eux, mais moi ce que j'entends à travers le Québec, c'est les entrepreneurs, les entreprises préoccupés par la pénurie de main-d'oeuvre, a affirmé M. Trudeau avant la réunion de son conseil des ministres, mardi matin. Je ne suis pas sûr que c'est (sic) le meilleur moment pour réduire le nombre de gens qui viennent."

Ses paroles ont fait bondir le Bloc québécois et le Parti conservateur. Le chef conservateur Andrew Scheer s'est encore une fois dit ouvert à rehausser les compétences du Québec en immigration sans préciser s'il accepterait de lui céder le pouvoir de superviser la catégorie des réfugiés et des nouveaux arrivants issus du programme de réunification familiale.