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03/12/2018 21:30 EST | Actualisé 06/12/2018 12:51 EST

L'enfant autiste de 12 ans qui était «condamné» à vivre en CHSLD pourrait encore déménager

Sa mère lance un cri du coeur dans une vidéo remise au «HuffPost Québec».

Après avoir évité in extremis un placement en CHSLD il y a trois mois, Gabriel Morneau, un garçon autiste de 12 ans de Les Escoumins sur la Côte-Nord, pourrait de nouveau devoir faire ses valises.

Sa mère, Isabelle Poitras-Morneau, est en colère. «C'est inhumain de faire vivre ça à mon fils à quelques semaines de Noël», lance-t-elle en entrevue.

Découragée par cette décision qu'elle juge «irréfléchie», elle a remis au HuffPost Québec une vidéo dans laquelle elle exprime toute sa frustration et sa souffrance. (Voir la vidéo au haut de l'article.)

Dans cette touchante vidéo d'une durée de 15 minutes, la mère de 31 ans est incapable de retenir ses larmes alors qu'elle se sent seule dans sa bataille à la David contre Goliath. On y voit aussi son garçon lourdement handicapé hocher de la tête sans arrêt ne sachant plus ce qui se passe. «Je ne reconnais pas mon fils», dit Mme Poitras-Morneau.

La raison de ce déménagement? Le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) du Saguenay—Lac-Saint-Jean a déterminé que la chambre où vit Gabriel depuis trois mois, située au sous-sol d'une résidence de type familial, n'est pas sécuritaire.

«La fenêtre serait trop petite. C'est n'importe quoi comme raison», lance avec rage sa mère. «Les gens du CIUSSS veulent seulement nous mettre des bâtons dans les roues parce qu'ils n'aiment pas ça voir qu'à cet endroit, qui n'est pas leur choix, Gabriel a recommencé à manger, s'est fait de nouveaux amis et se comporte bien à l'école», croit-elle.

«La résidence doit répondre aux normes de sécurité incendie de la Ville de Saguenay», répond la porte-parole du CIUSSS Saguenay, Joëlle Savard.

«Si les mises à niveau sont effectuées, nous pourrions reconsidérer cette ressource», ajoute-t-elle.

«Ce sont juste de belles paroles pour bien paraître dans les médias, comme la journée de la publication du premier texte dans le HuffPost Québec, le Saguenay avait dit prendre en charge mon garçon à sa sortie de l'hôpital parce que la Côte-Nord n'avait pas d'autre endroit à offrir qu'un CHSLD avec des personnes âgées. Depuis trois mois, ils n'ont pas donné un sou. C'est moi qui se prive pour payer les 2500$ par mois pour héberger mon fils chez cette dame qui est une deuxième maman pour Gabriel», déplore la mère monoparentale.

Au CIUSSS, on souligne toutefois que la mère reçoit une allocation pour enfant handicapé et que le montant mensuel relié aux frais d'hébergement pour son fils sera versé dès que l'enfant demeurera dans une ressource accréditée. «L'endroit en question est accrédité pour un nombre x de personnes et la présence de ce petit garçon dépasse le nombre permis», explique Mme Savard.

HuffPost Québec
Gabriel Morneau est lourdement handicapé: autiste, épileptique, semi-paralysé et quasi-aveugle.

D'autres solutions?

Tenace, Isabelle Poitras-Morneau a donc proposé deux autres solutions. La première: «Pourquoi ne pas installer un second lit dans la chambre du petit gars qui joue toujours aux camions avec mon fils. Ils sont toujours ensemble?» La deuxième: «Pourquoi ne pas faire coucher mon fils dans la même chambre que la dame handicapée où se trouve déjà un lit de répit qui est régulièrement utilisé lorsque que des enfants ou adultes viennent passer quelques jours en répit dans la résidence en question?»

«Nous n'avons pas d'endroit parmi nos ressources où il y a deux personnes dans la même chambre. Ce n'est pas notre politique. Les seules fois où cela se produit, c'est pour des situations d'urgence et c'est temporaire», fait valoir la porte-parole du CIUSSS Saguenay.

Devant ces refus et surtout ayant «une peur bleue de la présence de la Direction de la protection de la jeunesse pour manque de collaboration», Isabelle dit avoir été obligée d'accepter le déménagement «forcé» de son fils vers une autre ressource située au Saguenay, soit à environ deux heures de route de Les Escoumins.

«Au départ, on m'a promis qu'il irait passer quelques après-midis, ensuite quelques dodos pour finalement faire suivre ses valises, raconte Mme Poitras-Morneau. Mais ce n'est pas ça qui s'est produit. Loin de là. Il est allé à la nouvelle ressource un après-midi, le lendemain on voulait que ce soit le dodo et le surlendemain le déménagement complet. On est loin d'un départ progressif. Ce sont des sans-coeur.»

Cette infirmière auxiliaire reproche aux décideurs de ne pas tenir compte de la santé fragile de son garçon. Gabriel Morneau est quasi-aveugle, autiste, épileptique et semi-paralysé du côté gauche avec une main et un pied plus petits.

Mon fils est mort-né. Les médecins ont voulu le débrancher. Il s'est battu pour vivre. Lui aussi a le droit d'être heureux. Arrêtez de penser avec votre tête, pensez avec votre coeur.Isabelle Poitras-Morneau

«Si mon fils n'avait pas subi deux crises d'épilepsie cet été en l'espace de deux mois, où il a perdu conscience chaque fois pendant 45 minutes, il serait encore avec moi et sa petite soeur de quatre ans à la maison. Depuis sa naissance, il a toujours vécu avec nous, mais là son cas est devenu trop dangereux. Je les ai informés que de le "barouetter" d'un bord pis de l'autre était stressant pour lui. La troisième crise pourrait être sa dernière», livre la mère, en sanglots.

«Soyez certains que nous travaillons à trouver une ressource à cet enfant qui sera acceptée de tous", assure Joëlle Savard, du CIUSSS du Saguenay.

Le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, qui était intervenu dès le départ, a obtenu l'assurance du CIUSSS que Gabriel sera placé sur une liste prioritaire advenant le départ d'un résident demeurant actuellement dans la même ressource que l'adolescent. Au moment d'écrire ses lignes, Gabriel n'a toujours pas plié bagages.

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