DIVERTISSEMENT
30/11/2018 19:53 EST | Actualisé 30/11/2018 19:55 EST

Les défis d’Isabelle Giroux

On a discuté avec cette actrice rieuse et douée de son parcours, ses rêves et ses projets.

Eva-Maude TC

Elle a été la femme atteinte de la SLA du personnage interprété par Guillaume Lemay-Thivierge dans Ruptures, une mère toxicomane dans District 31 et Crinoline, la ballerine qui rêvait de devenir princesse de Salmigondis. Isabelle Giroux fait son petit bonhomme de chemin dans le paysage artistique québécois depuis la fin de ses études de jeu à Los Angeles. On a discuté avec cette actrice rieuse et douée de son parcours, ses rêves et ses projets.

Ruptures et District 31

Il est aisé d'imaginer que le bonheur de discuter avec la comédienne Isabelle Giroux est partagé par ses comparses de jeu québécois et américains. Douce et généreuse, celle dont le chemin atypique a mené au jeu en dérivant d'abord vers le chant, la danse, voire le saxophone, est de plus en plus reconnue et abordée par le public.

Si les enfants la reconnaissent pour son personnage rose bonbon de la série Salmigondis, les plus grands ont du mal à oublier son interprétation touchante et juste d'Ève, une jeune femme atteinte de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) dans la série Ruptures.

«Je m'en fais autant parler de façon positive que de façon négative, explique-t-elle. Je me suis beaucoup fait dire "je ne devrais pas, mais j'ai hâte que tu meures". Je comprends, car c'est un rôle qui est imposant et triste. C'est aussi un rôle qu'on ne veut pas voir, qui est dérangeant.» Un rôle qu'elle a peaufiné à coups de recherches et de visionnements de vidéos portant sur la maladie.

«Je me suis groundé pour ce rôle. Tout était dans le visage, dans les yeux. Le reste du corps ne bougeait pas. Il y avait cette espèce de vide à recréer. J'ai ensuite rencontré des gens qui souffraient de la maladie en devenant porte-parole pour SLA Québec. Je me suis alors fait confirmer par plusieurs familles que je jouais bien mon rôle, qu'ils avaient été très touchés. »

Son personnage de Mélanie Giroux, mère toxicomane d'une petite fille muette qu'on forçait à faire de la pornographie juvénile, dans la populaire série District 31 n'était pas non plus de tout repos.

«On m'en a aussi beaucoup parlé. Je devais y être pendant une semaine et mon personnage est resté pendant environ deux mois. J'ai fait de super belles rencontres sur ces plateaux. Une quotidienne, entre autres, créer une discipline qui permet de montrer aux gens de l'industrie qu'on est capable d'opérer. J'avais deux chances de pleurer devant la caméra, puis on passait à autre chose. C'est formateur, c'est un bon entraînement. Cela m'a assurément rendue plus forte en tant qu'actrice.»

Assez forte pour rêver de rôles représentant d'autres grands défis; jouer un personnage vivant une déficience, un trouble intellectuel ou mental par exemple, ou encore un personnage en psychose, bipolaire, borderline ou accusant un léger retard psychologique. «Un rôle comme celui de Juliette Lewis dans TheOther Sister.»

Jouer et écrire

De son parcours, la Trifluvienne cite ses études en chant à Drummondville («on me disait que c'était mon interprétation sur scène qui était impressionnante, bien plus que ma voix. Cela m'a pris du temps à l'absorber»), son année sabbatique pour réfléchir après le cégep, puis ses études en interprétation à... Los Angeles!

«Cela a été parfait pour moi, dit-elle. J'avais besoin d'explorer, d'aller voir ailleurs. J'ai fait là-bas des rencontres incroyables et j'ai beaucoup appris le long de ces deux ans à étudier et de l'année supplémentaire à y travailler. À mon retour, mon démo et mon site Web en poche, j'ai réussi à me trouver un agent et à me faire voir assez rapidement.»

Entre les comédies musicales (Greace, Hairspray,Le Big Bazar, Le petit roi) et les rôles au petit écran (Prozac : son premier contrat à la télé, Trauma, Mensonges), la polyvalente actrice se joint à Kino: un mouvement encourageant la production et la diffusion d'œuvres cinématographiques indépendantes et originales qui la fait traverser derrière la caméra.

«J'aime écrire et réaliser, avoue-t-elle. Je ne joue pas dans mes films. C'est un autre côté de mon cerveau que je travaille. Je ne suis pas comédienne parce que j'ai besoin d'aller explorer d'autres facettes de moi-même ou comme thérapie. Je ne suis pas là. J'aime entrer dans la peau de quelqu'un d'autre oui, mais le trip est de construire quelque chose ensemble. Je crois que c'est la raison pour laquelle j'aime réaliser.»

Le dada de celle qui dit avoir participé à bon nombre de courts-métrages? Le cinéma. C'est sans doute ce qui explique ce prix d'interprétation raflé à Hollywood pour son tout premier rôle au grand écran dans le film Rosalie de Moussa Djigo.

«Ce qui me passionne le plus de mon métier, ce sont les voyages, et je ne parle pas des voyages qui font prendre l'avion, ajoute la comédienne qui est actuellement à l'écriture d'un court-métrage. Le voyage de plonger dans un projet : de partir avec une gang le temps de quelques semaines, quelques mois ou même d'une année et de vivre tout cela ensemble. Comme je ne suis pas vraiment une fille de quotidien, cela me permet d'avoir de petites routines pendant un certain temps, de me créer de petites habitudes et des connexions spéciales. »