BIEN-ÊTRE
30/11/2018 11:23 EST | Actualisé 10/05/2019 09:40 EDT

Et si être gentil nous garantissait la santé

Vos relations pourraient vous sauver des médicaments.

Luis Alvarez via Getty Images

On s'efforce tous les jours de manger cinq portions de fruits et légumes, de faire 30 minutes d'activité physique pour rester en santé. Et si on négligeait l'une des parties les plus importantes de l'équation? Selon plusieurs experts, vos relations interpersonnelles pourraient vous sauver la vie. Entretien avec Jasmin Roy qui fait le point dans son plus récent livre Éloge de la bienveillance.

On parle de plus en plus des saines habitudes émotionnelles. Vous le faites dans votre nouvel ouvrage. Quel est le but que vous poursuivez précisément avec l'Éloge de la bienveillance?

«Je veux éveiller les consciences. On nous a toujours dit qu'il fallait avoir de saines habitudes de consommation, faire du sport, mais pourquoi on ne nous a jamais dit que ce sont les relations avec les autres qui nous gardaient en vie. Je veux que ça fasse partie du spectre des "saines habitudes de vie".

Notre but, c'est de faire l'alphabétisation des besoins émotionnels dès la petite enfance. [...] On veut que les gens se posent la question le plus tôt possible : "C'est quoi mes besoins?" et apprennent à les gérer. T'es en colère, t'as le droit. Comment la gérer? Même chose pour la tristesse et la joie. On les exprime, mais toujours en essayant d'être bienveillant envers soi-même et les autres.»

Courtoisie
Jasmin Roy

On sait que l'intimidation ne fait de bien à personne, mais comment évaluez-vous que d'être gentil bienveillant peut influer sur notre bien-être personnel?

«Plusieurs recherches le prouvent, dont une de l'Université Havard sur le bonheur, [NDLR : qui montrait qu'être empathique envers autrui et entretenir de bonnes relations aidait à nous rendre non seulement plus heureux, mais aussi en meilleure santé].

Ça a été prouvé que ça aide à la persévérance scolaire, nous empêche de développer des problèmes de consommations, des dépressions, etc. [...] Ça nous apporte un sentiment de bonheur accru, une meilleure santé générale, une plus grande longévité. Les mauvais comportements, ça a tendance à nous isoler et la solitude, ça tue. Prenons le temps de développer des relations signifiantes.

Il faut parler d'intimidation, oui, mais il faut aller plus loin pour pousser le développement des compétences émotionnelles et relationnelles des jeunes. C'est l'avenir. Faut en parler dès l'école.»

Mais comment ça s'enseigne, la gentillesse?

«Ce n'est pas nécessairement la bienveillance qu'on enseigne. On mise sur l'apprentissage social et émotionnel. Ça commence à arriver dans nos écoles. Il faudrait idéalement qu'on prenne le pouls des classes pour savoir comment les élèves se sentent tous les jours, peut-être plusieurs fois par jour. Ça aide les intervenants à cibler leurs interventions psychosociales [NDLR : afin d'aider les jeunes à montrer à terme plus de bienveillance]. [...] On commence par parler des bonnes émotions. Le problème actuellement, c'est qu'on en parle juste quand ça va mal. Ça serait cool d'en parler quand on est fier.

On leur apprend ensuite comment gérer les bons comme les mauvais sentiments puis à se demander "qu'est-ce qu'ils ont comme besoin?". Chanter? Rire? Partager? C'est un peu comme choisir un exercice physique. Moi, quand je suis triste, je n'aime pas ça me faire prendre dans les bras. D'autres, oui. Faut le dire!

On dit qu'on laisse une empreinte écologique, on laisse aussi une empreinte émotionnelle.Jasmin Roy

L'important pour l'enseigner, c'est d'être des modèles positifs. Les jeunes font ce qu'on fait, pas ce qu'on leur dit de faire. On ne peut pas juste punir un enfant pour son mauvais comportement. En fait, ça risque de renforcer ce comportement. Si t'es mauvais en math, on ne te punit pas. On te donne de l'aide aux devoirs. Alors, si t'es méchant, t'as peut-être juste besoin d'aide, d'accompagnement. [...]

Pour être bienveillant, il faut faire des efforts. C'est pas vrai qu'on mange cinq fruits tous les jours facilement [NDLR : comme la santé publique le recommande]. Des fois, on enchaîne la poutine, mais après, on contrebalance avec une salade. C'est la même chose pour les comportements positifs. [...] C'est pas parce que t'envoies chier une serveuse que t'envoies chier tout le monde.

[Miser sur la bienveillance] n'enlèvera pas les conflits. Ça arrive à tout le monde d'être pas fin, d'être sec. Parfois c'est nécessaire d'être méchant. On n'accepte pas l'inacceptable. Moi, j'appelle ça de l'agressivité positive. Si on a été inadéquat, par contre, c'est bien de revenir sur ses comportements et de présenter des excuses. Ça devient un modèle positif»

Peut-on vraiment s'entraîner à être bienveillant?

«Il y en a qui y arrivent mieux que d'autres. Je n'y arrive pas tout le temps. Le but, ce n'est pas de devenir parfait, mais de s'améliorer.

On dit qu'on laisse une empreinte écologique, on laisse aussi une empreinte émotionnelle. Quand t'es stressé, tu stresses ton milieu. Les émotions sont contagieuses, surtout les négatives.

Dans le livre, on propose des trucs pour gérer ses émotions et rester "bienveillant". Chanter quand vous êtes stressé, boire de l'eau ou faire une promenade quand vous êtes en colère, par exemple. La méditation, c'est bon, mais on propose plus des trucs pour ici et maintenant parce qu'on ne sait jamais quand l'émotion peut survenir dans notre quotidien. Faut être armé pour y faire face.»

Mais au-delà des trucs pour le «ici et maintenant», inspirés d'une démarche cognitivo-comportementale, y a-t-il une recette, une démarche pour atteindre cette «bienveillance» si bénéfique?

«Faut d'abord s'autolire. On propose une démarche sur un mois. Tu te demandes tous les soirs pendant un mois : "ai-je répondu à mes besoins?" On fait des bilans, un portrait de situation. "Comment je me suis senti?", "quelles ont été mes solutions?" Tu peux provoquer toi-même tes propres émotions.

C'est quoi ton besoin? De te calmer?. T'es en colère? T'as besoin de quoi? Bon, ok, je me dis : "je suis en colère et j'ai besoin qu'on m'écoute". Après, tu pourras être bienveillant. T'accuseras pas l'autre d'avoir une émotion.

Tout commence par toi. Il faut prendre soin de soi pour mieux prendre soin des autres. Il faut que tu sois capable de te lire, toi, pour lire les autres et être capable de montrer de l'empathie.»

«S'autolire», c'est donné à tout le monde?

«Non. C'est pour ça qu'on parle d'alphabétisation. On veut développer la littératie émotionnelle. Le livre donne des pistes pour apprendre à s'autolire ou à aider quelqu'un à le faire. On peut par exemple faire des suggestions à un ami du genre : "as-tu pensé à ça?", lui demander ce qu'il a de besoin, pas lui dire : "tu devrais faire ci ou ça". Ce n'est pas de la bienveillance.

Il faut aussi se forcer pour y arriver. C'est comme le 30 minutes de sport par jour. Il faut se forcer pour le faire, prendre le temps de réfléchir dans l'auto, dans le métro, faire des petits trucs au quotidien, qui demandent aucun temps. Ça s'imbrique en plus mieux dans nos vies chargées qu'une heure de méditation.»

Éloge de la bienveillance, édition Michel Lafon, 26,95$

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