POLITIQUE
27/11/2018 15:21 EST | Actualisé 28/11/2018 10:58 EST

Signes religieux: François Legault confirme que les enseignantes qui refuseront de retirer leur voile perdront leur emploi

La CAQ estime avoir les «coudées franches» pour imposer la laïcité de l’État comme prévu.

QUÉBEC – Pour le premier ministre François Legault, il n'est pas question d'appliquer une «clause grand-père» qui protégerait les droits acquis des employés de l'État en situation d'autorité et des enseignants qui porteraient des signes religieux.

Les employés récalcitrants sous la gouverne de la Coalition avenir Québec (CAQ) pourraient donc perdre leur emploi, si la loi sur la laïcité de l'État va de l'avant comme prévu l'année prochaine.

M. Legault a fait ces commentaires à la suite de la publication d'un sondage CROP mené pour Radio-Canada qui confirme qu'une grande majorité de Québécois est d'accord pour interdire les signes religieux pour les juges (72%), les policiers (71%), les gardiens de prison (67%) et pour les enseignants (65%).

Or, 49% des répondants sont favorables au congédiement des employés qui refuseraient de retirer leurs signes religieux. Seulement 35% d'entre eux souhaitent une «clause grand-père» pour protéger les acquis de ces employés.

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Le futur projet de loi de la CAQ viserait les enseignants du primaire et du secondaire.

«J'ai toujours dit que je serais à l'écoute de ce que veulent les Québécois. Là, je vois que les Québécois veulent pas mal ce que la CAQ a proposé», s'est réjoui le premier ministre Legault.

Le ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette, estime qu'il est temps de mettre fin à une décennie de déchirements sur cette question depuis la publication du rapport Bouchard-Taylor.

La majorité parlementaire de la CAQ, à son avis, donnera les «coudées franches» au gouvernement pour faire avancer ce dossier.

«Alors il faut régler la situation. À partir du moment où les Québécois nous ont donné un appui majeur lors de la campagne électorale, on est légitimés d'aller de l'avant avec le projet de loi sur la laïcité», fait valoir M. Jolin-Barrette.

Des coups d'épée dans l'eau?

La CAQ risque tout de même de se heurter aux partis d'opposition dans ce domaine. Le Parti québécois (PQ) est d'accord avec la laïcité de l'État, mais a souhaité dans le passé une clause qui permettrait de garder les acquis des employés de l'État et des enseignants.

Manon Massé de Québec solidaire rappelle que le compromis Bouchard-Taylor n'incluait pas les enseignants et les éducateurs en service de garde. Elle souhaite également que la CAQ soit cohérente dans ses actions en retirant le crucifix de l'Assemblée nationale, par exemple.

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Même si un sondage donne raison à la CAQ, elle ne pense pas que cela donne le droit à M. Legault de faire comme bon lui semble. «C'est sûr qu'il a 74 députés, mais il n'a pas 74% de l'aval de la population du Québec. On va s'entendre là-dessus!»

Le Parti libéral du Québec (PLQ), de son côté, est resté plus prudent sur cette question. Le chef par intérim, Pierre Arcand, dit que son parti va «analyser et réagir» lorsque la CAQ présentera son plan. Le caucus aura des discussions sur la position à privilégier.

Confusion dans le passé

Quelques jours après l'élection du gouvernement majoritaire de la CAQ, M. Jolin-Barrette, qui agissait comme porte-parole de la transition gouvernementale, avait ouvert la porte à des assouplissements dans le futur projet de loi sur la laïcité.

«Notre position, ça a toujours été de dire : 'Écoutez, il n'y a pas de clause de droits acquis.' Cela étant dit, on est prêts à discuter avec les différents partis d'opposition», avait-il dit.

Quelques heures plus tard, M. Jolin-Barrette avait nié avoir «ouvert la porte» à cette éventualité et avait affirmé qu'il n'était pas question d'inclure une clause grand-père pour permettre aux employés de l'État et aux enseignants de porter des signes religieux.

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